10.1.06

Mardi 26 juillet - 2005

(En ce mois de janvier, plutôt que de prospecter sur la nouvelle année, je vous propose un petit épisode qui date de l’été dernier…)



Ci-dessous la vignette du 26 juillet de l’année dernière de l’éphéméride humoristique fixée sur la porte de mon frigidaire :





Dans ce qui semble tenir lieu de pharmacie, une femme s’adresse à ce qui semble donc être un pharmacien :

« La santé n’a pas de prix, revendique-t-elle.

- Peut-être, mais les médicaments ne sont pas donnés » fait remarquer l’homme en blouse blanche.



Ce qui pourrait passer pour un simple jeu de mot est en fait une remarque pleine de bon sens. La santé n’a évidemment pas de prix ; mais les moyens nécessaires pour la « garder » ont un coût. Les médicaments ont un coût, les hôpitaux ont un coût, les médecins qui diagnostiquent et opèrent ont un coût (leur salaire), former des personnes à de telles compétences a un coût, etc. Tout cela représente le fruit du travail d’hommes et de femmes, qui peuvent légitimement réclamer une contrepartie à leurs efforts.

De façon similaire, les alter-mondialistes clament que « La culture n’est pas une marchandise ! ». Or si la culture n’est pas une marchandise, ne peut être une marchandise, elle nécessite néanmoins pour sa réalisation l’usage de marchandises. Pour organiser un spectacle, il faut par exemple disposer d’une salle, de costumes, de machines techniques…et bien sûr des comédiens ! Ces comédiens qui voudraient que la culture soit « gratuite », mais qui eux-mêmes tiennent à être rémunérés pour leur prestation ! La culture et la santé ne sont pas des marchandises, précisément parce qu’elles sont en elles-mêmes des marchés : elles résultent de l’interaction de plusieurs agents qui produisent, échangent, consomment. Et c’est cette interaction qui détermine le prix à payer pour la culture, ou le coût des soins médicaux.


En réalité, ce que les alter-mondialistes attendent, en clamant que la culture n’est pas une marchandise, c’est de bénéficier de subventions illimitées. Seulement, les fonds ne sont pas illimités. L’Etat ne dispose pas d’un chapeau de magicien d’où jailleraient des millions et des millions chaque fois qu’il y en aurait besoin. L’argent que manipule et distribue l’Etat est en fait celui des contribuables, à qui il l’a prélevé – contribuables qui eux-mêmes génèrent cette richesse par leur travail.

Bien sûr, on peut souhaiter que tous les processus d’entraide et de solidarité soient mis en œuvre, afin de permettre à ceux qui n’ont pas les moyens d’assumer ces coûts de tout de même profiter des soins médicaux dont ils ont besoin. Néanmoins il ne faut pas oublier qu’à la base quelqu’un devra toujours payer. Comme le rappelle Jean-Louis Caccomo* : « Les économistes disent souvent "il n'y a pas de repas gratuit". C'est fondamentalement vrai. Il y a toujours quelqu'un qui paie. Ce que l'on vous donne "gratuitement" provient toujours d'autres personnes qui l'ont produit. »

Considérer que la santé « n’a pas de prix » ne veut donc pas dire que nous devrions avoir le droit de profiter de soins médicaux sans jamais se soucier de leur coût. Quand le malade dit que la santé n’a pas de prix, il ne dit pas que la santé ne vaut rien, mais au contraire qu’elle vaut tout : la santé n’a pas une valeur nulle mais une valeur infinie, et c’est en ce sens qu’elle ne peut être gratuite. On peut alors décider qu’il faut dépenser sans compter, certes, mais à force de dépenser il risque d’arriver un moment où il n’y aura plus d’argent.

Les Français pensent que leur système de santé est l’un des meilleurs du monde, si ce n’est le meilleur. Seulement, si nous tenons vraiment à le préserver, nous ne pouvons pas le plomber d’un déficit de plusieurs milliards d’euros. A force de dépenser, il n’y aura bientôt plus d’argent. Le système que les Français défendent est-il un système où l’on se permet de dépenser sans compter – et sans penser aux conséquences –, ou un système qui assure une sécurité sociale minimale de façon durable ? Opter pour le second choix implique de se plier à quelques lois économiques élémentaires, à commencer par une meilleure gestion des organismes de Sécurité sociale, une plus grande transparence, et surtout une responsabilisation des différents acteurs, tant du côté des prestataires que des usagers. Nous devons reconnaître et accepter que les soins médicaux ont un coût, que nous ne pouvons les consommer comme si ils étaient gratuits.



Comme quoi j’ai pu tomber, dans cette éphéméride soi-disant humoristique qui ne m’avait servi que des blagues vaseuses depuis le début de l’année, sur des remarques plutôt pertinentes… ;-)



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* J.-L. Caccomo, Les mensonges de l’Etat-providence, in Le Québécois Libre n°130

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