8.4.06

F for Freedom

Que serait un blog libertarien et libéral s’il ne consacrait pas une notice au film probablement le plus anti-étatiste jamais sorti sur les écrans ? Je veux évidemment parler de l’événement cinématographique que représente V for Vendetta.


N'ayant pas (encore) lu la bande dessinée originelle, je ne pourrais comparer les mérites et défauts de l'adaptation. Il semble quand même qu' Alan Moore ait partiellement désavoué le film parce qu'il trouvait que l'aspect "combat pour la liberté" prédominait, tandis que le programme spécifiquement anarchiste de V avait été gommé. Je relève que, dans le film en tout cas, le héros n'est pas du tout opposé à la propriété privée. Quand il fait visiter son musée personnel à Evey, l’héroïne malgré elle de l’histoire, celle-ci s’étonne d’y voir tant d’œuvres d’art. V lui apprend qu’il les a dérobées au Ministère de la Bonne pensée. "Mais c’est du vol, non ?" s’écrie la jeune femme. Et son hôte de lui répliquer : "Pour qu’il y ait vol, encore faut-il qu’il enfreigne le droit de propriété. Or je n'ai fait que porter préjudice au Censeur" Une réplique qui laisse d'ailleurs entendre que le mystérieux justicier n'est guère proudhonien sur ce chapitre...


Certains conservateurs américains ont glosé sur la diabolisation qui serait faite des chrétiens (puisque le parti unique au pouvoir prétend l'être). Or c'est un faux procès, me semble-t-il - du moins est-il instruit uniquement à charge. L'Eglise locale (dont seul un représentant particulièrement répugnant apparaît) semble surtout avoir été mise sous la tutelle de l'Etat (un peu comme le voulaient les presbytériens écossais au XVIIe siècle, par exemple). Surtout, il ne faut pas oublier que le Gunpowder Plot (la Conspiration des poudres) auquel se réfère positivement V était une conspiration catholique visant à renverser le monarque Jacques Ier, fanatique anticatholique et théoricien (en plus d'être praticien !) de l'absolutisme. En fait, le "Norsefire" - parti unique de cette Angleterre futuriste ( ?) - se sert de la religion comme d'un prétexte, d'une couverture rhétorique. Le contenu réel de son idéologie est en réalité l'instrumentalisation de la peur éprouvée par les citoyens. Le chancelier Sutler (hallucinant John Hurt !) hurle ainsi à ses subalternes qu'il faut que la population soit persuadée qu'elle a besoin du gouvernement. Et, pour ce faire, on s'aperçoit que les pires expédients sont bons...


Une autre critique exprimée par certains conservateurs est qu’il s’agit d’un film anti-américain. Or, comme le relève malicieusement Justin Raimondo, le régime totalitaire qui nous est présenté véhicule, au travers de la télévision et de sa propagande, un anti-américanisme virulent, présent dès le début de l'histoire (le Norsefire et sa RTBF locale prétendent opposer la " tranquillité " du pays qu’ils tiennent sous leur joug à la guerre civile qui déchire les USA - dont nous ne saurons jamais si elle est réelle ou pas, du reste). Une façon aussi de relativiser les critiques néoconservatrices qui y ont vu un "anti-americain hate-picture"...


Mais j'en reviens à la question de la peur comme assise du pouvoir. C’est, à mon sens, l’un des thèmes les plus importants du film. On voit ainsi la population gober tous les mensonges gouvernementaux, y compris les plus grossiers, simplement parce que cela lui permet de se sentir en sécurité. Et V ne manque d’ailleurs pas d’expliquer, lors de son show télévisé impromptu, que si le Norsefire dispose d’autant de pouvoir, c’est notamment parce que la plupart des citoyens ont paresseusement cherché la voie de la servitude volontaire au lieu de garder leur dignité d'hommes libres. L’histoire nous a montré ad nauseam que les gouvernements, sous tous les régimes, sont passés maîtres dans l’art de se servir de menace intérieures ou extérieures pour augmenter leur puissance (quand ils ne les inventent pas, ex : l’incendie du Reichtag en 1933, pour ne citer que l’exemple le plus célèbre.) A une époque où les Etats - démocratiques y compris - contrôlent davantage la vie de leurs concitoyens sous le prétexte de les protéger, et que tant se gens opinent du chef sous prétexte qu’ils n’ont-rien-à-cacher-parce-qu’ils-sont-honnêtes, ce film est à voir d’urgence.


Intéressante est aussi la réflexion sur l'articulation des moyens et des fins pour aboutir à faire triompher la liberté. Car, pour arriver à ses fins et éteindre la peur d’Evey, V n'hésite pas à lui faire croire qu’elle est détenue et torturée par les services secrets gouvernementaux.


Enfin, la clôture du film délivre un message d'espoir et montre en quoi tout pouvoir politique, si absolu se veuille-t-il, reste un colosse aux pieds d'argile. Il suffit de ne plus croire à la propagande officielle pour que les chances de la liberté augmentent et que se dissolve la coercition politique. N’est-ce pas Jean-Paul II qui, à l’entame de son pontificat, avait dit : "N’ayez pas peur !" ?


PS : afin de terminer sur une note d’humour, je signale aux amateurs un hilarant hommage à Benny Hill où Stephen Fry (qui apporte un peu de légèreté à cette sombre histoire, en dépit de sa surcharge pondérale et de la fin tragique de son personnage) et John Hurt s'en donnent à coeur joie !

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1 commentaires

Blogger Catastrophe a écrit...
Ton avis me rassure. J'avais peur que la version ciné soit baclée ou dénaturée. Cette B.D. est un chef d'oeuvre que je conseille à tous.
à 12:24 PM
 

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