19.1.07

L'enfer et pavé de bonnes intentions, surtout quand il s'agit d'enfants

Voir un enfant travailler dans une usine appartenant à une multinationale est une image qui pousse beaucoup de gens à rejeter le capitalisme. Si le libre marché permet ce genre de choses, la faute en revient, allège-t-on, aux entreprises sans scrupules et aux gouvernements qui laissent faire afin d'attirer des capitaux. Dans un monde darwiniste comme celui-ci, nous assurent-on également, les États se plient à la volonté de ces puissants groupes, alors que des millions d'être humains vivent avec à peine de quoi manger. Il est difficile de lutter contre ces croyances populaires. Il est encore plus difficile d'expliquer qu'il n'existe pas d'exploitation dès lors que l'on ne force pas les gens à travailler. D'un autre côté, on se fait traiter de démagogue quand on rappelle que si cette globalisation économique n'existait pas, ces mineurs d'âge - qui préoccupent tant les âmes charitables - seraient en train de labourer, de semer, de récolter, ou de surveiller du bétail, ou de servir eux-mêmes de bêtes de somme, ou de se livrer à la prostitution.

Cependant, les chiffres confirment que depuis 1980 le travail infantile n'a pas connu de croissance extraordinaire, comme veulent le laisser entendre les hérauts de l'antiglobalisation. Au contraire, un rapport de l'Organisation internationale du Travail indiquait que le nombre effectif d'enfants qui travaillent à travers le monde a encore chuté de 11% entre 2000 et 2004, en passant de 246 millions à 218 millions. Qui plus est, le nombre d'enfants et de jeunes, âgés de 5 à 17 ans, astreints à des travaux dangereux a diminué de 26%, pour atteindre 126 millions en 2004 contre 171 millions lors de la précédente estimation. Cette baisse est encore plus accentuée parmi les enfants les plus jeunes : elle atteint 33% dans la tranche d'âge 5-14 ans. L'Organisation internationale du Travail ajoute dans son rapport qu'à l'allure actuelle du déclin, le travail des enfants dans ses pires formes pourrait être éliminé en 10 ans. En effet, les enfants ne sont généralement pas poussés à aller travailler si leurs parents disposent de suffisamment de ressources pour maintenir la famille. De fait, le mieux qui puisse arriver aux parents d'un mineur qui travaille mais qu'ils voudraient plutôt voir aller à l'école c'est d'être embauchés par une entreprise multinationale, car, comme le rappelait The Economist, dans le Tiers-monde, ces entreprises paient jusqu'au double des entreprises locales.

Deux exemples pour illustrer ce phénomène. D'un côté, au Vietnam, 2,2 millions d'enfants cessèrent de travailler entre 1993 et 1998 pour aller à l'école. Et cela grâce à la libéralisation du commerce et à la globalisation économique. De l'autre, Nike et Reebok abandonnèrent le Pakistan après qu'en 1995 les zélateurs de l'antiglobalisation reprochèrent à ces entreprises d'employer des mineurs d'âge. L'effet domino déclenché par le départ de ces multinationales fut ravageur et provoqua une diminution du salaire moyen de 20%, et des milliers de Pakistanais se retrouvèrent sans travail. Des exemples comme ceux-ci montrent clairement que - bien que la conscience occidentale puisse se scandaliser de la situation vécue par des millions d'enfants dans le Tiers-monde - le pire que nous puissions faire est d'exporter notre législation vers ces pays qui, pour la plupart, n'ont pas encore connu leur révolution industrielle. Vouloir appliquer nos idées moulées par une culture et une société de bien-être, aussi généreuses soient-elles, à d'autres pays peut se révéler terrible de conséquences. C'est ainsi que des enfants du Tiers-monde offrent leurs corps en pâture pour quelques misérables dollars alors qu'ils préféreraient travailler dans une usine ; mais ils ne le peuvent pas en grande mesure à cause des bonnes âmes solidaires et conscientisées d'Occident.

Il est dangereux de croire que le monde est comme une petite communauté où l'on connaîtrait tous les tenants et aboutissants et où il serait possible de trouver une solution parfaite pour chaque problème. Or nous parlons ici de personnes. De personnes que beaucoup prétendent vouloir sauver mais qui voient fréquemment leur situation s'aggraver lors de cette tentative de sauvetage. Les idées, ne l'oublions jamais, ont des conséquences ; et parfois, véritablement mortifères.

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