17.7.04

Vaine nostalgie

Devant la vacuité idéologique des partis libéraux belges (MR et VLD), la tentation est grande de regretter une époque où le libéralisme était mieux défendu. Mais il s'agit d'une erreur rétrospective. Les idées de liberté ont, en vérité, été rarement prônées par les politiciens se réclamant du libéralisme.  
 
Confirmation m'en a été donnée tout récemment en lisant la brochure publiée par le Centre Paul Hymans en l'honneur du truculent Roger Motz, qui aurait fêté en juillet 2004 ses cent ans. Motz présida le Parti libéral au sortir de la Seconde Guerre mondiale et, à ce titre, entreprit de refondre sa doctrine. Selon lui, il fallait rompre avec l'aspect "doctrinaire" hérité de Frère-Orban. Or ce dernier, qui fut plusieurs fois chef du gouvernement au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, fut tout sauf un libéral inflexible: il créa notamment le Crédit communal et la Caisse générale d'Epargne et de Retraites, sans oublier la Banque nationale. Autant d'intrusions dans la vie économique du pays!  
 
Près d'un siècle plus tard, Motz prétendait donc tirer un trait sur un passé libéral "dogmatique"... qui n'avait jamais vraiment pris forme. Dans la Déclaration de Bruxelles du 16 juin 1946, préambule à un manifeste commun signé par divers représentants de partis libéraux européens, R. Motz vanta ainsi l'insigne mérite du PL d'être la seule formation à avoir changé son programme depuis sa fondation, au contraire des socialistes et des chrétiens, avant de poursuivre: 
 
Ce que le public belge ne sait pas non plus - ou ignore presque totalement - c'est que la doctrine libérale a été complètement transformée et rénovée pendant les années de guerre de 1940 à 1944 par l'action politique constructive de ces deux grands penseurs et philosophes libéraux qui ont pour nom le président Franklin Roosevelt, aux Etats-Unis, et Lord Beveridge, en Grande-Bretagne. (...) Tout ce qui, au point de vue politique a été formulé d'original et de neuf au cours des dernières années est libéral; la définition des droits économiques et sociaux de l'homme est due au président Roosevelt et à ses collaborateurs immédiats; la notion de la sécurité sociale a été répandue et popularisée par Lord Beveridge; la solidarité économique et financière entre les Nations unies, telle qu'elle est organisée par les accords de Bretton Woods et le Fonds monétaire international, est due à un plan du grand économiste libéral (sic) anglais Lord Keynes.

Bref, s'égosille d'enthousiasme le père Motz, tout ce qui a été entrepris de plus socialiste, mercantilo-inflationniste et collectiviste dans les pays occidentaux le fut sous l'égide des partis "libéraux". Aujourd'hui, ce discours stato-providentialiste tient lieu d'idéologie officielle au MR. Pour citer L'Ecclésiaste: nihil novi sub sole. A noter que, tant par ignorance de l'héritage philosophique du libéralisme que par crainte de s'aliéner un électorat frileux, chaque président du parti libéral a cru bon de marteler que la sécurité sociale valait mieux que la lutte des classes, chère - selon eux - aux seuls marxistes. Motz, comme aujourd'hui la dynastie Michel, n'ont - à coup sûr - jamais pris le temps de s'intéresser aux libéraux de la Restauration... premiers théoriciens de ladite lutte (que Marx déforma plus tard).   
  
Les "libéraux" engagés en politique ont, somme toute, le plus souvent préféré le "Laissez faire l'Etat" au laissez-faire tout court.

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