17.6.04

Grand scoop : la torture est libérale !

Drieu Godefridi, juriste, philosophe et, accessoirement, co-directeur du très néo-conservateur Institut Hayek bruxellois, publie ces jours-ci sur son site un petit article en forme de question au Professeur Jacques Verhaegen. Le Professeur Verhaegen a en effet eu l'immense tort, du moins aux yeux de Godefridi, de déclarer dans un interview à La Libre Belgique que la torture est toujours illégale, quelles que soient les circonstances.

Ce qui fait sursauter le juriste libéral que je suis (mais pas "philosophe", je le reconnais volontiers), est notamment la petite phrase suivante :

Le Pr. Verhaegen appartient à cette famille intellectuelle d’universitaires qui veulent porter la Belgique à l’avant-garde de l’évolution du droit international. Pourquoi pas ? L’ennui est que les intéressés sont animés par une vision bien particulière du droit et des relations internationales, qui supporte difficilement les principes nourris de réalité du libéralisme, ou l’Amérique qui en est, jusqu’à plus ample informé, l’incarnation la plus aboutie.

Tiens donc !

Je m'en voudrais de ne pas rappeler à Godefridi que dans l'état actuel du droit positif international et belge (et il faut rappeler ici le positivisme juridique de Godefridi, déjà épinglé par le Professeur Frank Van Dun) la torture est tout simplement illégale. Cela n'a rien à voir avec "les relations internationales", le droit au respect de son intégrité physique est un droit naturel de chaque individu consacré par divers instruments légaux, dont notamment la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Le Professeur Verhaegen, loin de tirer des plans sur la comète, ne fait donc qu'énoncer un fait.

Plus fondamentalement, je suis soufflé de lire que, d'après Godefridi, un droit naturel, et plus généralement les garanties procédurales de l'état de droit, dont la consécration est pourtant une des grandes réalisations libérales du passé, passeraient soudainement à la trappe sous prétexte qu'aux Etats-Unis, des gouvernants de rencontre les foulent du pied.

Remarquons également que, de la même manière que le national-socialisme s'incarnait dans la personne du Führer, le "libéralisme" godefridien s'incarne dans le gouvernement américain, et se découvre par la diligente étude de ses faits et gestes.

A la question rhétorique de Godefridi, à savoir si la torture est autorisée si elle peut sauver des vies humaines, on pourra donc répondre deux choses: premièrement, que lorsqu'on veut noyer un chien, on l'accuse de la rage. Deuxièmement, que les nations civilisées qui ne pratiquent pas l'aventurisme militaire n'ont pas à résoudre ce type de (faux) dilemme.

Des "libéraux", qui justifient la torture, vraiment, c'était ce qui manquait encore à notre bonheur.

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10 commentaires

Blogger Turuk a écrit...
"Quid si des combattants islamistes cachent une bombe nucléaire dans un centre urbain" (D.Godefridi)

moi j'aimerais qu'il nous dise s'il y a une taille minimale pour ce centre urbain, taille à partir de laquelle on peut selon lui utiliser la torture.
à 12:02 PM
 
Blogger Octavius a écrit...
Je propose d'établir une norme :

- moins de 10 000 habitants :
casser un doigt ou arracher un ongle
- de 10 000 à 20 000 habitants :
la baignoire ou la gégène
- de 20 000 à 50 000 habitants :
casser les membres
- de 50 000 à 100 000 habitants :
faire bouffer les parties génitales par un pitt bull
- plus 100 000 habitants :
un strip-tease de Ségolaine Royal
à 1:53 PM
 
Blogger melodius a écrit...
J'imagine que vous avez trop bien compris ce qu'est "l'état de droit formel" cher à Godefridi !
à 6:09 PM
 
Blogger Carolus a écrit...
Godefridi déliré grave quand il postule que les USA sont aux libéraux ce que le Pape est aux catholiques.

Toutefois "L’article 31.1 du Statut de la CPI prévoit qu'une personne n'est pas responsable pénalement si, au moment du comportement en cause : "Elle a agi raisonnablement pour se défendre, pour défendre autrui ou, dans le cas des crimes de guerre, pour défendre des biens essentiels à sa survie ou à celle d'autrui ou essentiels à l'accomplissement d'une mission militaire, contre un recours imminent et illicite à la force, d'une manière proportionnée à l'ampleur du danger qu'elle courait ou que couraient l'autre personne ou les biens protégés. "

Melodius pourrait mettre sa mauvaise foi au placard et descendre dans la rue, celle des bidonvilles de Rio de Janeiro ou de Quito, par exemple.
http://br.news.yahoo.com/040617/5/kklr.html
Reto Franz Ullman, un professeur Suisse de 57 ans vivant à Rio à été jeté par la fenêtre de son appartement après avoir été torturé. Il a étét attaché ou pendu, ses doigts ont étét coupés et sont corps présente plusieurs coups de couteau.

Le Brésil ni la Suisse ne "pratiquent l'aventurisme militaire" et "la rage" n'a rien à faire ici.

En Amérique du Sud le kidnaping est chose courante. Si votre enfant était enlevé et un ravisseur capturé vous seriez bien entendu contre sa torture. Les ongles d'un criminel valent bien plus que la vie d'un innocent!
à 7:19 PM
 
Blogger melodius a écrit...
1. Je me demande bien ce qui te permet de dire que cet article des statuts du TPI, qui d'ailleurs n'est pas reconnu par les USA (moment de gêne) autoriserait la torture et a fortiori abolirait un article de la DUDH

2. Mon article traite de gouvernements de nations civilisées, pas de bandits sudaméricains...
à 7:26 PM
 
Blogger melodius a écrit...
Et j'oubliais presque, la foi catholique ne s'incarne pas dans le Pape, faut pas rigoler.

Le premier qui me sort le dogme de l'infaillibilité papale a intérêt à être bien renseigné, je le signale déjà !
à 7:28 PM
 
Blogger melodius a écrit...
Et un petit lien pour la route :

http://www.damocles.org/article.php3?id_article=4211
à 7:31 PM
 
Blogger Carolus a écrit...
1- les fous terroristes sont bien plus dangereux que les bandits sud-américains. On n'a pas affaire à des états civilisés mais à des malades mentaux qui se contrefichent de la vie des autres.

2- Si tu connais un moyen de faire parler un fou terroriste fanatique prêt à donner sa vie pour un idéal, je crois que ça intéresserait beaucoup de monde.

3- J'ai voulu dire qu'il était aussi délirant de prétendre que les USA sont l'incarnation du libéralisme que de dire que le Pape est l'incarnation du catholicisme, mais je vois que la satire n'est pas ton genre préféré.
Donc à ce sujet on est d'accord.

Que le droit n'est que ce qu'on veut bien lui accorder. Que le droit de vivre est au-dessus de tous les autres et que par conséquent le droit d'être ou ne pas être torturé ne peut prévaloir sur le droit de vivre où de préserver une vie.
à 9:45 PM
 
Blogger melodius a écrit...
Tu t'emmêles complètement les pinceaux au sujet de tes bandits. A moins évidemment que ton propos ne soit que le gouvernement américain se comporte comme un bandit, auquel cas nous sommes d'accord.

En ce qui concerne la torture, on ne te dira évidemment jamais qu'on torture tout qui a l'air un peu suspect pour voir ce qu'il y a moyen d'en tirer, non, il s'agit toujours de dangereux terroristes qui, s'ils parlent, pourront révéler où se trouve la bombe thermonucléaire qui va rayer Manhattan de la carte. C'est évidemment ce qui s'est passé à Abou Grhaïb.

Si les Etats-Unis ne se la jouaient pas grand empire présent partout dans le monde, ils n'auraient pas ce genre de problèmes. Que je sache, ils ne les avaient pas au 19ème et la Suisse ne les a pas aujourd'hui.
à 10:13 AM
 
Blogger Octavius a écrit...
Ah devenir soi-même un terroriste pour lutter contre les terroristes...
à 12:05 PM
 

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