4.6.06

Pôles de compétitivité et privatisations du 3ème type

Coup sur coup, en quelques jours, Les Echos nous gratifie de deux excellentes chroniques , l'une de Pascal Salin sur les privatisations du 3ème type, l'autre de Paul Fabra sur les pôles de "compétitivité".

Cette seconde chronique analyse ce que l'on appele les "pôles de compétitivité", instaurés par Raffarin au lendemain de sa cuisante défaite aux régionales de 2004. Paul Fabra explique à quel point les objectifs affichés (développement technologique, innovation) et les moyens déployés (mobilisation des sociétés du CAC 40 et de la bureaucratie française) sont en contradiction.

L'analyse de Salin, elle, s'emploie à démontrer l'inexorable défaite intellectuelle des partisans du tout-Etat, toujours prêts à sortir tel ou tel argument bidon pour éviter la perte d'un monopole d'Etat. Ces arguments tombent les uns après les autres :
Dans le processus de privatisation qui a commencé en 1986 en France, on constate en effet une évolution majeure. La doctrine initiale consistait à dire que seules les entreprises publiques du secteur concurrentiel devaient être privatisées ou voir leur capital ouvert à des intérêts privés. Dans une deuxième phase, on a découvert que les activités de réseau - souvent appelées « services publics » - pouvaient aussi être privatisées et que le consommateur bénéficiait ainsi de prix plus bas et de services meilleurs. On le constate aujourd'hui aussi bien dans les services de télécommunication que dans l'énergie ou le transport aérien.
Peut-on alors considérer que l'ouverture de capital d'Aéroports de Paris inaugure une troisième étape, celle de la privatisation d'activités censées constituer un « monopole naturel » ? Cette caractéristique est à la base de l'objection essentielle soulevée à l'encontre de cette opération. On fait valoir qu'il n'y a pas de place pour un nouvel aéroport dans la région parisienne, de telle sorte que les voyageurs qui désirent venir à Paris ou en partir sont obligés de passer par les conditions imposées par ADP sans que cette dernière soit freinée par la crainte de la concurrence.
Malheureusement, je ne partage pas cette vision optimiste : si ADP a été privatisé, soyons réaliste, ce n'est pas grâce à une prise de conscience des Hommes de l'Etat de leurs erreurs, ça n'est pas dû à un examen rigoureux de leurs arguments idiots qui leur a fait se dire "nous sommes dans l'erreur, il faut continuer dans cette direction et libéraliser, désetatiser".
Si les Hommes de l'Etat privatisent, c'est avant tout par besoin d'argent : d'habitude, une introduction en Bourse sert avant tout à lever de l'argent frais, par une augmentation de capital. Ici, sur les 1,217 Md€ levés, 617 millions iront dans les caisses de l'Etat, et 600 seulement dans les caisses d'ADP pour son développement.
Cela servira à renflouer le budget 2006, et présenter un déficit ric-rac en dessous des critères de Maastricht. Ca ne peut pas faire de mal juste avant des élections majeures, d'autant que ces manoeuvres à la petite semaine sont après tout très courantes, comme l'a fort justement noté la Cour des Comptes, lisez aussi cet article de Libération : va-et-vient comptable entre différents organismes d'Etat, exigence de versement anticipé de l'impôt sur les sociétés en décembre, en catastrophe, pour boucler un budget, demande de versement d'une soulte par EDF, que cette société paiera sur 25 ans mais qui sera comptée en une seule fois (sic) sur le budget 2005, etc...etc...etc....

En droit, cela s'appele de la manipulation comptable.

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