17.9.06

Diversions

Une fois pris la main dans le sac, les politiciens frauduleux ont pour habitude de pointer un index accusateur vers ceux qui ont divulgué leurs manigances, au motif que ces derniers écriraient sous pseudonyme. L’accusé se transforme en délateur, voire en procureur, comme jadis les communistes accusaient d’ "hitléro-titisme", ceux qui avaient le cran de jeter une lumière crue sur leur système criminel. L’inversion des rôles est le propre des délinquants manipulateurs, surtout lorsqu’ils se griment en chantres de l’intérêt général.


L’anonymat relatif de nombreux participants aux blogs libéraux est en réalité une protection contre les menaces et intimidations dont eux et leurs proches pourraient faire l’objet. N’oublions jamais que les politocards détiennent un pouvoir considérable, et quand ils pleurnichent contre leur supposée perte d’influence, c’est simplement parce que leur gourmandise n’est jamais rassasiée. Si vous êtes gentils avec eux, comme la plupart des journalistes subventionnés le sont, aucun problème pour vous, évidemment. Quel est le courage de signer de son vrai nom un papier invitant, par exemple, Di Rupo à développer son plan Potemkine ou de tremper sa plume dans le vitriol pour demander plus d’impôts et plus de moyens budgétaires ? En revanche, si vous dénoncez la corruption et le vol comme étant consubstantiels à l’idéologie socialiste, il y a des chances que votre prose ne paraisse guère dans la presse normale, et si d’aventure elle est imprimée, le Pouvoir sera enclin à ne pas vous oublier...


Rappelons à cet égard l’attitude ultracomplaisante envers le PS qu’afficha Didier Reynders, lorsque Destexhe fit paraître son étude sur la situation apocalyptique de la Wallonie. Le président du MR jugeait indispensable que les économistes ayant participé à cette étude sortissent de leur anonymat. Et d’avancer l’argument ultime : si ce qu’ils affirmaient était vrai, ceux-ci n’avaient rien à craindre... "Nous ne sommes pas dans un pays stalinien." se crut-il même obligé d’ajouter - montrant involontairement par cette prétérition lourde de menace que le doute était néanmoins permis. Admettons. Mais disons alors que nous vivons dans la situation que connut naguère le Mexique, avec son longtemps inamovible parti révolutionnaire institutionnel (membre, au demeurant, de l’Internationale socialiste...).


Pour la petite histoire, l’un des premiers articles consacrés à la démythification de la république mexicaine, et montrant sa nature profondément corrompue, parut en 1952 sous la plume d’un certain Jacques Séverin. Ce papier dévastateur - intitulé ironiquement " Démocratie mexicaine " - qui, aux dires du poète et diplomate Octavio Paz, constitua une sorte d’électro-choc mental chez plusieurs de ses compatriotes, était signé d’un pseudonyme... puisque son auteur n’était autre qu’un jeune professeur de philosophie en poste à Mexico : Jean-François Ricard, le futur Jean-François Revel. Vu la culture violente régnant dans ce pays, serait-il revenu indemne en France s’il avait signé de son identité civile ?


De même, en pays totalitaire, signer de son vrai nom un article contre le Parti revenait en réalité à résilier son acte de naissance. Nous n’en sommes peut-être pas encore là. Cependant, le pouvoir de nuisance des particrates n’en demeure pas moins immense, sinon absolu.


Au demeurant, ceux-ci tolèrent, voire encouragent l’anonymat le plus complet quand cela arrange leurs affaires : ainsi pour les dénonciations au fisc, mais surtout pour l’un des fondements officiels du système politique. Je veux parler du bulletin secret. Cet anonymat collectif, en plus de laisser croire que les mandataires émanent de la Nation - comme si cette dernière était une personne - permet d’ôter toute responsabilité aux électeurs - responsabilité déjà mise à mal par l’obligation de voter, caractéristique belge partagée en Europe par la Grèce, le Liechtenstein et le Luxembourg. De même, lorsque l’on dit que le Roi promulgue telle loi, c’est évidemment faux ; ce sont les chefs de parti de la majorité qui se sont mis d’accord sur tel texte après maint marchandage.


Entre celui qui opte pour un pseudonyme afin d’être à l’abri d’intimidations diverses, et ceux qui se cachent derrière un scrutin secret pour imposer leurs caprices au reste de la société, laquelle devra accepter de se faire rançonner pour financer ces mesures irresponsables, le lecteur honnête saura en conscience quelle est l’attitude la moins lâche.

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2 commentaires

Blogger Constantin a écrit...
Excellente chronique, sur un sujet qui touche beaucoup d'entre nous. Je ne trouve guère rassurant que nous soyons ainsi obligé par l'ambiance antilibérale qui règne dans notre belle "démocratie" de celer notre identité. Il est bon que quelqu'un le dise enfin tout haut.
à 9:49 AM
 
Blogger RonnieHayek a écrit...
Merci de ton commentaire, Constantin.

L'anonymat de nombreux bloggueurs libéraux apporte une preuve éclatante d'un fait trop ignoré, à savoir que nous sommes très loin de vivre dans cet univers "ultralibéral" tant honni par les politiciens, les faiseurs d'opinions, et leurs suiveurs psittaciques.
à 10:23 AM
 

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