3.9.06

Le Libéralisme Noureev

Technikart a publié un papier consacré à Alternative libérale (paru dans le numéro 105). La couverture, consacrée à la bisexualité inconsciente, me semble être une excellente métaphore des propos tenus par les quelques têtes pensantes du mouvement "libéral grand angle", étant donné l’absence totale de clarté idéologique qui s’y manifeste.


Cela commence déjà très fort. Alors que le bon Hayek s’est tué à répéter qu’accoler l’adjectif "social au substantif "justice" revenait à dénaturer le sens de cette dernière notion, les représentants d’AL se sentent obligés de chanter les louanges de la "justice sociââââle", à l’unisson avec Beigbeder Brother. Je serais hypocrite en confessant une quelconque surprise : dès la création d'AL, Fillias et Hérold avaient défendu une sornette que même le PCF n’oserait plus sortir : le revenu d’existence garanti. Welcome in the purple Matrix !


Quant à la question fiscale, les Shirley & Dino du "libéralisme grand angle" estimaient déjà naturel que l’impôt soit rentable (peut-être en privatisant le fisc ?) et que chacun témoigne de "son appartenance à la vie commune", i. e. de son allégeance à l’esclavage étatique, en payant des impôts. Position qui, à défaut de m’enthousiasmer, ne m’étonna guère, vu la couleur " libéralisme classique " du nouveau parti. Mais, à présent, "Mademoiselle Thatcher", revendiquant fièrement l’orientation humaniste d’AL, déclare de but en blanc qu’il n’est pas question de baisser les impôts. Voilà sans doute ce que l’on entend dans le monde des politocards par "maturité politique" : plus on a de chances de se faire tôt ou tard une place au soleil électoral, plus on se dit que ses concitoyens sont finalement de sales matérialistes casse-pieds, toujours à rouspéter contre l’Etat qui leur pique du fric.



Ensuite, une réponse a enfin été apportée à une question métaphysique que je me posais : pourquoi donc le violet fut-il choisi comme couleur emblématique ? Sabine avait-elle rencontré Edouard déguisé en Tinky-Winky lors d’un boudin-compote de l’UMP ? Non, la vérité est bien plus prosaïque, à en croire la réponse du responsable de la communication, David Poryngier : "On se sent plus proches de la Coalition violette (libéraux et socialistes - NDLR) en Belgique que des Libertarians américains (!!!). (Le violet) est le mélange du rouge de la gauche et du bleu de la droite." Sabine opine, ite missa est. Que l’animateur d’un site aussi puant que subversiv.com préfère d’autres idéologies politiques - dans son cas, aux tonalités plutôt rouge-brun remixées par Dantec - au libertarianisme, cela n’a rien de surprenant. Mais que le gouvernement le plus collectiviste de l’Histoire de Belgique, avec lequel le fidèle lecteur de CPS est désormais familiarisé, soit érigé en symbole libéral, voilà qui a de quoi nous convaincre du manque total de culture politique des dirigeants susnommés d’AL. Cela reste évidemment dans la grande lignée de la mémorable interview dans Reason au cours de laquelle Hérold avait qualifié Raffarin de "libertarian". On en rit encore dans la salle de rédaction du célèbre magazine.


Je n’ignorais évidemment pas que de nombreux libéraux français avaient tendance à croire l’herbe plus verte hors de leur prairie mitterrando-chiraquienne, mais ici cela dépasse l’entendement ! Bientôt, la Chine populaire passera aux yeux du couple médiatique pour un modèle de société libérale développée.


En conclusion, je laisserai le mot de la fin à un Fillias (que Technikart présente malicieusement comme une sorte de François Hollande alternatif) pour une fois bien inspiré : "Former un parti politique, c'est comme monter un groupe de rock. Il faut les bonnes personnes, sinon ça ne prend pas." J’appuie cette proposition, et j’ajoute : Aurel, reviens, ils sont devenus fous ! Le libéralisme grand angle oui ; le libéralisme grand écart non !

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15 commentaires

Blogger Jerome Morrow a écrit...
Excellent article ! AL bat tout les records de prévision libertarienne en matière de compromission des idées.
à 1:13 PM
 
Blogger Sous-Commandant Marco a écrit...
Effectivement, c'est consternant. J'ai bien eu raison de ne pas cotiser à AL pour l'instant.
à 1:25 PM
 
Blogger RonnieHayek a écrit...
Merci à toi, Jérôme !
à 1:26 PM
 
Blogger h16 a écrit...
Contacté il y a quelques mois pour cotiser et pour linker AL depuis mon blog, je m'étais abstenu ; j'attendais de voir sur pièce ce que valait le nouveau parti. Je crains d'avoir eu raison de m'abstenir et pense persévérer : l'option pêche à la ligne en mai 2007 devient de plus en plus probable.

Excellent article.
à 1:47 PM
 
Blogger RonnieHayek a écrit...
Erratum

En réalité, SH explique : Il n'est pas que question de baisser les impôts. Evidemment, si elle s'était exprimée de manière plus correcte et, surtout, si les journalistes avaient fait un effort de rédaction (ex : "il n'est pas uniquement question de..."), je n'aurais pas commis cette erreur.

Ensuite, sur le fond, il est clair que la question fiscale - qui devrait être l'un des thèmes moteurs d'un programme libéral digne de ce nom - n'intéresse guère la crème de ce parti.
à 1:51 PM
 
Blogger Nicolas Lobin a écrit...
Oui, excellent, j'avais raison d'émettre des doutes dès le début... Qu'est-ce que je disais quand je disais qu'AL deviendrait une sorte de UDF bis, un parti de notables... Je ne me suis pas planté finalement... Je vous parie que dans un an, ils feront une alliance avec un gouvernement Fillon.
à 6:09 PM
 
Blogger APlennevaux a écrit...
à propos de:

"Fillias et Hérold avaient défendu une sornette que même le PCF n’oserait plus sortir : le revenu d’existence garanti."

Ai-je tort de considérer que la quotité exemptée d'impôt de mon revenu est exactement cela: un revenu d'existence garanti?
Enfin, c le revenu qui est garanti, pas l'existence, puisque cela revient à 570 EUR par mois. Pour un père de famille à bruocsella, on peut rêver mieux...
à 10:06 PM
 
Blogger melodius a écrit...
Nous linkons vers AL parce qu'il s'y trouve un nombre important de gens valables.

Il me semble cependant que le couple SH-EF est trop à l'avant-plan.
à 11:27 AM
 
Blogger syd1980 a écrit...
Cet article confirme bien ce que je me dis de plus en plus : la seule action authentiquement libérale est la "sécession individuelle" c'est à dire la rupture du contrat tacite jamais signé avec l'Etat. L'objectif des libertariens devraient donc être non pas d'essayer d'embrigader par la force (politique) ceux qui veulent vivre dans une sociale démocratie mais de réclamer pour eux mêmes le divorce à l'Etat en renonçant à toutes les prestations étatiques (et D.. sait qu'elles sont nombreuses) en contrepartie de l'annulation du paiement des impôts et la soumission aux règles étatiques dans sa propriété. Pour éviter de coupler sécessionisme et géographie, il faudrait cependant définir une exception ie une cotisation permettant l'usage de la voirie (Rue, Routes...).
Reste à écrire une demande de divorce et à estimer la taille critique à l'échelle française (100 000; 1 Millions ?) permettant de défendre ce contrat face à la menace coercitive et confiscatoire des forces de polices / fisc.
Que pensez vous de cette idée ? Qui serait prêt à tenter l'aventure ?
à 11:39 AM
 
Blogger melodius a écrit...
Moi je pense que tu rêves. Un joli rêve, certes, mais un rêve.
à 2:29 PM
 
Blogger syd1980 a écrit...
Melodius,
Ce que je dis est en effet aujourd'hui du domaine du rêve : mais que peut on faire alors ? Attendre que l'ensemble de la société vote de manière démocratique pour l'abolition du rôle de l'Etat ? Alors la "minorité" des partisans de la sociale démocratie serait "forcée" de vivre sans les services de l'entité appelée Etat. Est ce très libertarien ?
Que proposes tu comme stratégie d'action au delà de la nécessaire dénonciation des perversités de l'Etat ?
La question vaut pour tous ceux intéressés par le débat.
à 11:16 PM
 
Blogger Nicolas Lobin a écrit...
En même temps, si on veut vraiment une société libertarienne, à part agir de la sorte ou racheter une île, je ne vois pas comment on peut faire...
à 12:14 AM
 
Blogger syd1980 a écrit...
En effet, Nicolas cela me paraît la seule solution.
Comme tu le soulignes la sécession a toujours été associée à la géographie : aujourd'hui, avec le développement d'Internet et autres, je pense que l'on peut viser une sécession individuelle sans changer de lieu de vie : en l'absence d'un propriétaire désigné des rues, la concession est le paiement d'une cotisation pour l'usage de ce bien et le respect des règles associées qui sont à négocier.

Ayant discuté avec des amis, je crois que le principale risque sur ce projet est la peur du vide, comme le drogué qui veut arrêter l'héroïne. Qui pour fournir une assurance maladie;une monnaie; un service d'éducation;un service de résolution/médiation/arbitrage des conflits ?
Cette approche a donc besoin de pionniers qui initie le mouvement et démontre par la réalité (et non par d'infinis conjectures de salles de fumettes) que cette vie extra étatique est possible.
Vous sentez vous prêt à quitter l'Etat ? Qui serait motivé pour populariser ce mouvement trans national ?
à 9:38 AM
 
Blogger Laure Allibert a écrit...
Il y a bien le Free State project (http://www.freestateproject.org/) mais il faut aimer le New Hempshire...
à 9:28 PM
 
Blogger syd1980 a écrit...
Exactement Laure, c'est le projet qui s'en rapproche le plus.
Mais (comme toi ?) je n'ai pas envie de quitter Paris où je travaille, j'ai mes amis...

D'où l'idée de pousser cette approche non géographique. Si je pars tout seul, j'irais en prison rattrapé par le fisc ou la police. Voilà pourquoi il faut être suffisemment nombreux pour rendre non viable l'intervention de l'Etat...Et convaincre les gens de sauter dans l'inconnu après X milliers d'années d'administration centralisée (surtout en France) n'est pas une mince à faire. Je me demande combien de personnes on pourrait regrouper en rassemblant les communautés libertariennes françaises et belges, lecteurs assidus des blogs comme chacun pour soi ?
à 10:46 AM
 

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