26.8.06

Here comes the Flood

"Nous vivons dans un monde de plus en plus égoïste", "Les gens sont repliés sur eux-mêmes, sans souci pour les autres, et cela va aller en empirant". Ces déplorations sont devenues monnaie courante. Dans une large mesure, je suis d’accord avec elles, mais le problème est que la majorité des individus en tirent une conclusion fautive : "C’est la faute du capitalisme ‘ultralibéral’".


Alors que nous vivons dans des sociétés où l’Etat occupe une place chaque jour plus envahissante, que l’impôt confisque plus de la moitié de la richesse produite, que les actifs cotisent non pour leur retraite, mais au bénéfice des pensionnés actuels, nous vivrions dans un monde où règne l’économie libérale ? Alors donc que chacun se dit : "La solidarité, c’est à l’État de s’en occuper, pas à moi.", l’égoïsme sordide serait imputable à la "domination capitaliste" ?


Les hommes de l’État dépensent sans compter, versant allocations et rentes en quantités astronomiques, en se disant que les générations suivantes payeront de toute façon les dettes contractées puisqu’elles n’auront pas le choix de refuser - l’État étant le maître absolu. Se pose quand même cette question : qui bénéficie des faveurs de la puissance publique ? Des gens altruistes et soucieux du bien d’autrui ? Les victimes de la rage taxatoire seront soulagées de l’apprendre.


Comme l’avait admirablement montré le philosophe Michaël Polanyi, c’est le socialisme qui détruit tout lien social, isolant de la sorte chaque individu du reste de ses semblables : car il est subjugué par la puissance coercitive de l’État, face à laquelle il se retrouve tout seul. L’administration de l’économie par l’organisation étatique, ainsi que sa réglementation affolante, sont des phénomènes proprement déresponsabilisants, qui déshumanisent l’être humain.


La supériorité du capitalisme sur le socialisme et toute forme de dirigisme économique est qu’il connecte les individus les uns aux autres par la division du travail combinée à un système de prix et d’échanges, qui ne sont pas fonction de la volonté du Prince, mais simplement le résultat d’actions individuelles multiples et différenciées. Ce n’est pas seulement une supériorité en termes d’efficacité, mais plus essentiellement en termes de morale. En effet, une économie libre apporte aux individus ce qu’ils demandent sans contraindre des tiers à payer contre leur gré. Les services s’échangent contre d’autres services. C’est seulement dans ce cadre que l’on peut parler de véritable coopération, et non quand la spoliation étatique saigne le contribuable au nom du "service public" et de la "justice sociale". Car, à travers l’interventionnisme socialiste, aucun service honnête n’est rendu : ce ne sont qu’extorsions, menaces, intimidations, expropriations - tout cela pour engraisser les supporters du régime.


La liberté authentique est le moteur d’un ordre logique du monde ; le socialisme constitue, en revanche, un acte de sabotage contre cet ordre - pire : une tentative de dislocation du monde, atomisant la société en êtres égarés et esseulés, attendant tout de l’État. L’individu selon les socialistes est un isolat dans un bocal, objet d’expériences pseudo-scientifiques, servant à créer l’homme nouveau. Or il est évident que personne ne peut vivre à l’écart du reste de la société : il a besoin d’autrui... mais en apportant en retour sa propre coopération, à travers ses connaissances, son savoir-faire, etc. Nul besoin de diktat pour ce faire : c’est le fonctionnement normal d’une société. Et c’est comme résultante de ces milliards d’interactions individuelles que surgit ce "marché" tant décrié comme s’il s’agissait d’une organisation instituée sur décret un beau matin. Constatons que, bizarrement, la véritable organisation coercitive qu’est la puissance étatique est louangée comme si elle était notre Sauveur.

Le " Dieu mortel " ornant le frontispice du Léviathan de Hobbes est le symbole inquiétant du paganisme persistant de nos sociétés. Que la destruction des libertés publiques soit promulguée par ceux qui, simultanément, fêtent à coups de grasses subventions l’hédonisme le plus vulgaire devrait nous donner également à réfléchir.


Dans le fond, les socialistes - ces sculpteurs de ruines sociales et morales - aiment à reprendre ce mot que l’on prête à Louis XV : "Après nous, le déluge." N’est-ce pas là le signe incontestable d’un égoïsme ignoble, qui va croissant ?

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3 commentaires

Blogger Murdock a écrit...
Je me permets de citer un passage de Hayek qui met en relation la destruction du lien social que tu évoques et le centralisme politique :

"Restituer la gestion de la plupart des activités de service de l'Etat à des unités territoriales plus restreintes, provoquerait vraisemblablement une revitalisation de l'esprit communal qui a été en grande partie étouffé par la centralisation. L'inhumanité souvent ressentie de la société moderne n'est pas tant l'effet du caractère impersonnel du processus économique, où l'homme moderne travaille forcément pour des objectfs qu'il ignore, que du fait de la centralisation politique l'a largement privé de l'occasion d'avoir son mot à dire dans le modelage de l'environnement qui lui est familier. La société élargie est nécéssairement une société abstraite - un ordre économique dont l'individu profite en ce qu'il y trouve les moyens de toutes ces intentions, et auquel il doit apporter anonymement sa contribution. Cela ne satisfait pas ses besoins émotionnels, personnels. Pour l'individu ordinaire, il est bien plus important de participer à la direction de ses affaires locales; or celles-ci sont maintenant en majeur partie hors des mains des gens qu'il connaît, et dont il peut savoir s'ils sont dignes de confiance, ayant été transférées à une bureaucratie lointaine qui pour lui n'est qu'une machine inhumaine." - "Droit, Législation et Liberté" Tome III, p.175.
à 12:42 PM
 
Blogger patrice a écrit...
Excellent, j'en fait de la pub sur mon blog: http://blog.liberteavenir.fr/
Patrice
à 3:30 PM
 
Blogger RonnieHayek a écrit...
C'est très aimable, merci beaucoup Patrice !
à 3:27 PM
 

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