9.5.06

Dirigisme rétro

L’émission "Mots croisés" consacrait hier soir un débat à la présumée apocalypse pétrolière à venir. Rien de bien neuf, chaque participant venant y apporter sa petite dose d’étatisme en guise de camomille à faire avaler au spectateur vespéral. Je pense notamment aux aimables invitations écologogolistes à nous passer de l'énergie pétrolière au profit d’autres techniques, décrétées plus saines et moins périssables. En réalité, la seule pénurie qui me parut indiscutable fut celle d’arguments probants.


Mais l’intérêt de ce débat, aussi décroissant que les malthusiens ainsi qualifiés, remonta subitement quand l’animateur, Yves Calvi, diffusa une séquence consacrée aux réactions politiques à la crise pétrolière de 1973. À l’image, nulles rouflaquettes, ni pattes d’eph’, pas plus que de chemins à Katmandou ; mais plutôt la figure boursouflée de matou matois caractéristique du Georges Pompidou dernière manière. Le président annonçait de sa voix de graillon à ses compatriotes qu’il allait falloir se résigner à des sacrifices douloureux. Je dois avouer que le lyrisme pompidolien ressemblait davantage à un discours d’après-boire clôturant une fête de sous-préfecture qu’à la mélopée que l’on eût pu attendre de celui qui fut aussi l’auteur d’une célèbre anthologie de la poésie française.


Apparut ensuite à l’écran un saisissant sosie de Jean Gabin, la corpulence et la gouaille en moins : le Premier ministre millésime ’73, Pierre Messmer. D’un ton de sous-officier affrontant la dure adversité d’un mess dépourvu de desserts, le brave homme lançait un appel solennel aux Français pour combattre la crise énergétique avant de détailler la liste des mesures de restriction : limitation drastique de la vitesse automobile en ville et sur les autoroutes, diminution de la production - publique - d’électricité, couvre-feu télévisuel à 23 heures, etc. De retour en 2006, que vis-je alors ? Ce spectacle ahurissant : les catastrophistes d’aujourd’hui, l’air goguenard, riaient bruyamment des Cassandre dirigistes d’hier... avant de reprendre leurs jérémiades post-industrielles. Ces messieurs ont donc la mémoire courte, tant est inextinguible leur ardeur à gouverner nos vies.


Comme disait Bossuet : "Le Ciel se rit des prières qu’on lui fait pour détourner de soi des maux dont on persiste à vouloir les causes".

4 commentaires

Blogger jabial a écrit...
RH, ton style est superbe. Je te tire mon chapeau!
à 3:12 PM
 
Blogger RonnieHayek a écrit...
Merci beaucoup, jabial !
à 3:24 PM
 
Blogger marchange a écrit...
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
à 4:22 AM
 
Blogger marchange a écrit...
Allié ce style flamboyant et la finesse d'analyse est, définitivement, mon but !

Merci à toi Ronnie Hayek !
à 4:23 AM
 

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