11.10.04

Du neuf sur les neocons

Les habitués de ce blog ne l'ignorent pas, il est régulièrement question ici des néoconservateurs - critiqués sous un angle libéral. Un tout nouveau livre leur est consacré: L'Amérique messianique. Les guerres des néoconservateurs, par deux journalistes du "Monde": Alain Frachon et Daniel Vernet, paru au Seuil. Cet essai très documenté (qui n'est pas un pamphlet, je le précise) explique bien la teneur de leur idéologie: la révolution permanente pour exporter la lex americana par la force. Les deux auteurs évoquent l'itinéraire des fondateurs de ce courant: du trotskisme au néo-républicanisme en passant par l'aile gauche du parti démocrate. Ils relatent l'influence du philosophe Leo Strauss et du mathématicien et polémologue Albert Wohlstetter.

Ils insistent aussi sur leur technique de pénétration du pouvoir d'Etat, dont les instances officielles sont doublées par des commissions, des centres de recherche et de renseignement et autres organismes voués à offrir au gouvernement des propositions en matière de défense et de politique internationale. Point important: les journalistes ne confondent pas les neocons avec les libéraux - Reagan ou pas. A cet égard, ils rappellent l'article d'Irving Kristol ("The Neoconservative Persuasion") dans lequel celui-ci soulignait qu'il n'était pas scandalisé par l'extension de l'Etat, raillant comme un vulgaire alter-mondialeux le libéralisme d'un Spencer ou d'un Hayek.

En outre, l'évolution sensible de Bush et Rice - au départ, moins motivés par l'interventionnisme militaire que ne l'était un Clinton - est également soulignée. Enfin, les Français se montrent, à juste titre, critiques envers la perception neocon du Moyen-Orient sur lequel Wolfowitz et consorts ont plaqué leur idéologie de "coldwarriors". Frachon et Vernet évoquent rapidement le chaos irakien résultant notamment d'une "débaasisation" sans nuance: les neocons ont ainsi négligé que beaucoup d'Irakiens (médecins, avocats, dentistes, etc.) avaient leur carte de parti pour des raisons alimentaires. Le planisme guerrier de ces gauchistes recyclés en fantassins de think tanks apparaît aujourd'hui comme un échec flagrant. Mais il est douteux que, à l'exception notable d'un Fukuyama, ils le reconnaissent.

Pour ma part, je dirais, qu'en raisonnant continuellement en termes d' "eux contre nous" (héritage intellectuel de Trotsky, Leur Morale et la nôtre - 1937), ils n'empêchent pas les conflits mais les attisent. En érigeant en morale positive absolue leur vision d'une Amérique non seulement gendarme, mais guide inflexible d'un monde régi par la Démocratie sociale, ils élèvent en paradigme soi-disant universel des conceptions politiques éminemment relativistes. Derrière les mots de façade, il est bon de se rappeler les véritables buts des intellectuels autoproclamés "humanistes". Surtout lorsqu'ils participent de près au Pouvoir...


2 commentaires

Blogger Chitah a écrit...
Il est top ton texte, c'est exactement ça!
à 5:36 PM
 
Blogger RonnieHayek a écrit...
Merci beaucoup !
à 11:54 PM
 

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