15.10.04

Les malheurs de l'ultra-libéralisme

Il était une fois une entreprise qui cherchait à récolter 300 millions d'euros de plus sur le dos de ses clients, grâce à une augmentation de 10% du prix de son principal produit. Cette entreprise compte faire son augmentation de prix aux alentours de début 2005. Le but du jeu pour toi, lecteur, est de découvrir quelle est la société et quel est le produit dont je parle avant la fin de l'article.

Le client, un être pourtant doué de mémoire, a déjà oublié que 18 mois auparavant, à la mi-2003, le prix avait déjà augmenté de 9%. A ce stade, il faut préciser que ce genre d'augmentations revient à multiplier par 5 le prix du produit tous les 25 ans.
Mais, demanda le lecteur attentif de Chacun pour Soi, n'est-il pas naturel au contraire que, le progrès technique aidant, le prix des biens et services ait plutôt tendance à baisser?

Peut-être n'y-a-t-il pas suffisamment de concurrents, peut-être que le savoir-faire nécessaire à l'élaboration du produit est très rare!
Peut-être que nous parlons là d'un bien d'exception. Du vin, une oeuvre d'art, quelquechose d'unique.

Hé ben non! Il s'agit tout simplement du timbre, la société en question étant La Poste. Ainsi, alors même que la logistique et le transport sont des fonctions qui se sont considérablement sophistiquées depuis une trentaine d'année, apportant une compression dans les coûts très importante, La Poste en est encore à utiliser le timbre comme vache à lait en fixant arbitrairement un prix vraisemblablement plus élevé que dans un cas de marché libre non contrôlé par une seule et unique entreprise!

Vache à lait, précisons-le, destinée à financer l'énormissime endettement de la Poste et le prochain plan de réorganisation des 17 000 (dix-sept mille!) points de contacts de La Poste.

Merci à toi, citoyen. Le Service des Postes te remercie.

Ah oui, dernière chose: La Poste est un des plus grands exploiteurs de main d'oeuvre précaire de France, ci-dessous l'extrait sidérant d'une dépêche de l'AFP, je me demanderai presque si il n'y a pas une erreur typographique tellement les chiffres sont élevés!

345 contrats à durée déterminée en sept ans
La Poste vient d'être condamnée par les prud'hommes à verser 60 000 euros à une plaignante qui, en sept ans, avait signé 345 contrats à durée déterminée (CDD) avec l'entreprise. Michelle Rabier, âgée de 55 ans, avait effectué 345 CDD entre 1995 et 2002, pour des fonctions diverses (guichetière, préposée au courrier, femme de ménage) dans plusieurs bureaux de poste de la périphérie de Châteauroux (Indre).
La direction départementale de La Poste, contactée par l'AFP, a tenu à préciser qu'elle "propose des emplois permanents en contrat à durée indéterminée. Un CDI a d'ailleurs été proposé à Mme Rabier, proposition qu'elle a déclinée". "Le nombre peut paraître énorme, mais ce sont des CDD parfois d'une journée, d'une matinée, voire de quelques heures, en fonction du travail, de la nécessité de faire face aux absences imprévues, des saisons. Et ce afin d'assurer notre mission de service public", a conclu La Poste.

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15 commentaires

Blogger RonnieHayek a écrit...
Brillantissime article, comme toujours !
à 1:07 PM
 
Blogger jabial a écrit...
Bravo Chitah! A quand un article sur la façon dont José Bové traite ses propres salariés?
à 5:31 PM
 
Blogger n°3 a écrit...
Excellent article ! Et non je n'ai pas trouvé à temps de quelle entreprise il s'agissait...

La communication épistolaire deviendra bientôt une marque de grand luxe. A quand la mafia de la poste ? Des réseaux underground de redistribution du courrier, des dealers de shit et de coke qui font de l'intégration horizontale en embarquant avec eux des sacs de lettres quand ils passent voir leurs clients qui logent dans les p'tits bleds alentours de leur région...

A noter que le marché de la poste s'est tout de même libéralisé ces dernières années, mais seulement à destination des entreprises, pas des particuliers. Les gars font la poste eux-mêmes, avec leur caisse et sur leur région. Un gros boulot, c'est sûr : mais au final ils y gagnent et les entreprises aussi ! Mais ça fait des clients en moins à la poste... Quelle bande de sales capitalistes ! Ils foutent nos services publics en l'air parce qu'ils refusent de se soumettre à nos tarifs !
à 6:37 PM
 
Blogger Chitah a écrit...
Le remords me hante, je me dois d'être tout à fait complet: cela faisait environ 10 ou 12 ans que le prix du timbre n'avait pas augmenté.
Gardons cela à l'esprit pour ne pas nous faire contredire trop facilement.

Donc, si on récapitule:
1-augmentation brutale et importante du prix du timbre, au détriment du consommateur. Les augmentations ponctuelles sont vite oubliées, les longues périodes de stagnation des prix par contre restent plus longtemps dans les mémoires (l'inconvénient majeur étant le creusement des deficits comme on a pu l'observer).
2-les étatistes ont beau jeu de dire que dans un cadre libéralisé, les prix seraient plus élevés: c'est tout à fait possible, la différence fondamentale est que des concurrents moins chers (ou simplement différents!) pourraient apparaître: les exemples du transport aérien et des télécommunications montrent que si Air France et France Telecom pratiquent effectivement des prix élevés, c'est parce qu'ils ont choisis un certain positionnement qui n'est pas celui de leurs challlengers moins chers (comme Bouygues Telecom par exemple).
à 7:41 PM
 
Blogger BugMaster a écrit...
L'explication est encore pire.
Qui aujourd'hui peut choisir d'utiliser autre chose que La Poste ? Les entreprises. Qui ne peut pas ? Les particuliers.
Pour qui va-t-on augmenter les prix ? Les particuliers.
Voilà, nous allons financer La Poste afin qu'elle arrive à tenir les prix de ses concurrents.
Sur ce, je m'en vais acheter des timbres tant qu'ils sont encore à 0.50€ (car je suis un vil spéculateur).
à 7:04 PM
 
Blogger Adolphos a écrit...
En fait la situation est que la Poste n'a pas investi depuis les années 90 pour garder du personnel.
Maintenant elle investi enfin dans des trieuses automatiques. Celle que l'Allemagne à depuis 15 ans. Donc elle à besoin d'argent. Et comme elle est en situation de quasi monopole...

Bref, tout ceci est de la gestion normal en économie planifié. Erreur de Gossplan quelques part..
à 1:10 PM
 
Blogger Foxapoildur a écrit...
Aux USA (paradis du libéralisme) la poste (USPS) est un monopole d'Etat qui emploie 730 000 fonctionnaires. Les américains sont très forts pour prôner le libéralisme chez les autres (leurs lobbyes fonctionnent très bien à Bruxelles puisque la commission européenne est à leur botte) mais quand on y regarde de plus près il n'y a pas d'économie plus protectionniste et subventionnée qu'aux Etats-Unis.

Pour info: La poste américaine est protégée juridiquement contre des infractions au monopole. En effet, le code pénal américain prévoit une amende pouvant atteindre 500 dollars (3.000 francs environ) ou une peine d'emprisonnement pouvant s'élever à 6 mois pour toute personne transportant illégalement du courrier, ou une amende jusqu'à 50 dollars (300 francs) pour toute personne utilisant les services de transporteurs enfreignant le monopole.
à 4:11 PM
 
Blogger Claire a écrit...
"Aux USA (paradis du libéralisme)"

Si tu es honnete, tu sais très bien qu'à chacun pour soi, nous dénonçons les actions du gouv. US ainsi que leurs subventions (celles de l'UE aussid 'ailleurs)
à 4:32 PM
 
Blogger Turuk a écrit...
cela me rappelle un article sur Lew Rockwell sur le fait que le gouvernement US est le 'proprietaire' de votre boite aux lettres..L'auteur s'appretait donc ironiquement a demander au gouvernement de payer pour la faire repeindre.
(impossible de remettre la main sur cet article...didjuu)
à 2:12 PM
 
Blogger GEF a écrit...
Il y a quelque chose qui me sidère et que j’ai bien du mal à comprendre : la schizophrénie qui permet à quelqu’un de dire une chose et son contraire. Voilà un lecteur qui nous présente les Etats-Unis comme « paradis du libéralisme » pour nous apprendre de suite après que, dans ce pays, la poste est un monopole d’Etat soigneusement protégé. Or, si je ne m’abuse, il n’existe rien de plus contraire au libéralisme que les monopoles d’Etat… Par conséquent, comment notre lecteur peut-il encore décrire les Etats-Unis comme « paradis du libéralisme » ? Mystère…

Voilà, pourtant, ce genre de contresens qui porte préjudice au libéralisme ! (Et, accessoirement, à l’intelligence.)
à 11:04 PM
 
Blogger Adolphos a écrit...
En 2000, le Groupe La Poste est, avec 310 000 employés (302 221 en emplois temps-complet), le premier employeur français. En emplois temps complet, elle représente 21,5 % de l'effectif postal européen.
Son effectif a augmenté de 3,6 % entre 1999 et 2000 suite à l'intégration des acquisitions pratiquées par le Groupe et à la réduction du temps de travail.
En 2001, le Groupe La Poste a accru son effectif de 3,8% pour atteindre 313 854 emplois temps complet.
Trés bon pour un pays 12 fois moins étendu que les USA..
à 11:35 AM
 
Blogger O. a écrit...
>Vache à lait, précisons-le, destinée à financer l'énormissime endettement de la Poste et le prochain plan de réorganisation des 17 000 (dix-sept mille!) points de contacts de La Poste.

Dix-sept mille points de contact ! Quel odieux gaspillage de vos précieux impôts !

Ma mère habite à [insérer ici le nom d'un petit village breton], au bord de la mer, avec des arbres et des lapins.

Et en été, avec des estivants.Vous, peut-être.

Vers midi, tous les jours, hiver, été, tempête, neige, la voiture de la poste vient. Ma mère et la postière échangent quelques mots, la postière prend volontiers le courrier que ma mère a à poster, lui évitant un trajet de 4 kms. Ma mère écrit beaucoup.

Un jour, en été, la voiture de la poste est venue. La postière avait une carte postale qui disait : "grand-mère et grand-père, sous les arbres, [nom du village]. C'était signé Delphine.

S'en est ensuivi un insensé gaspillage des deniers du contribuables. Il a fallu deux jours, mais la postière a fini par trouver les deux estivants, et leur a remis la carte postale.

Le bureau de poste de ce village va fermer. Pas rentable.

Et vous êtes une bande de cons qui passez à côté de l'essentiel.

Comme d'hab.
à 1:49 PM
 
Blogger BugMaster a écrit...
Putain d'égoïste.
à 12:13 AM
 
Blogger melodius a écrit...
"L'essentiel", c'est que tes potes et toi puissiez parasiter tout le monde ?
à 2:10 PM
 
Blogger Sous-Commandant Marco a écrit...
Chaque fois que l'on ose critiquer un "service public à la française que le monde entier nous envie", il est de bon ton de raconter une de ces charmantes histoires à l'eau de rose, tarte aux pommes et pain d'épice, dont nos étatistes ont le secret.

Sortez vos mouchoirs et choisissez:
-une infirmière d'un hôpital public sauve un petit garçon d'une grave leucémie. Mais le service anti-leucémie va fermer "pour faire des économies",
-un professeur de l'Education Nationale sort de l'illettrisme une adolescente qui finit par intégrer l'Ecole Polytechnique alors qu'on l'orientait vers un CAP coiffure. "Pourtant, dans son école, plusieurs classes vont ête fermées à la suite de restrictions budgétaires",
-un agent de la SNCF fait des heures supplémentaires pour réparer les passages à niveau défaillants, sources d'accidents. Cependant, "le budget sécurité de la SNCF est en baisse constante à cause de la rentabilité",
-lors de la tempête de 1999, les agents EDF se sont levés la nuit pour aller réparer les poteaux abattus par le vent. "Tout cela parce que le gouvernement n'avait pas débloqué les fonds assez vite et que les entreprises privées ne voulaient pas travailler sans une avance".

Ces histoires merveilleurs sont plausibles car seul le fonctionnaire français, cet être infiniment bon, épris de justice et tellement supérieur que le monde entier nous l'envie, fait en toute situation preuve de son incommensurable courage, de son inaliénable grandeur d'âme et de son inénarrable abnégation.

Alors que le travailleur du privé, cette pauvre victime de l'exploitation capitaliste, ne pense qu'à rapporter du profit à son salaud de patron, aliéné par l'argent et confit de haine par la mondialisation néo-libérale. Jamais il ne prendrait d'initiative de satisfaire son client en prenant le risque de déplaire à son patron, obsédé par les dividendes à verser aux actionnaires.

Les mêmes histoires n'ont donc strictement aucune chance de se produire dans le secteur privé, comme O. vous l'a amplement démontrée en vois traitant de cons.

Inutile de discuter, préparez-vous à la nationalisation de tous les secteurs d'activité, afin que tout le monde puisse bénéficier à égalité des merveilleux avantages de la société 100% étatique.
à 2:49 AM
 

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