8.6.06

Jdanovisme new look

Yves Roucaute, dont il fut déjà question sur ce blog ici et ici nous revient en très grande forme avec un papier au goût pravdaoïde délicieusement suranné, consacré à la sacralisation de Guantanamo, qu’il veut dépeindre avec le même accent débonnaire que Joe Dassin interprétant la chanson "Guantanamera".


Tout d’abord, Roucaute déplore que les regards se tournent vers le célèbre camp de prisonniers au lieu de s’intéresser aux geôles castristes. Outre que l’amnésie procommuniste n’est pas neuve, le problème posé ici est que ce n’est pas parce que il y a pire ailleurs (voire pas très loin) qu’il faut s’abstenir de porter un jugement lucide sur le comportement de pays démocratiques. Le relativisme consiste précisément à absoudre ces derniers de leurs fautes en invoquant leur supériorité politique. C’est le même système de défense qu’employaient, du reste, les sympathisants bolcheviques, auxquels appartint dans sa jeunesse l’auteur de La Puissance de la liberté.


Ensuite, comme aux plus grandes heures de Radio-Moscou, l’ancien président de l’institut Antonio Gramsci monte d’un cran dans l’indignation vociférante :

"La propagande y dénonce l'isolement et le secret, réclame l'intervention des tribunaux américains, invente des prisonniers détenus sans raison, imagine tortures et viol des droits individuels."

Tout y est : l’accusation de propagande décochée aux "droits-de-l’hommistes", le refus méprisant autant que méprisable de voir s’appliquer des règles de droit, la négation des crimes du régime dont le polémiste se fait l’avocat. Notons aussi que, pour Roucaute, il ne fait pas l’ombre d’un doute que tous les prisonniers sont des terroristes avérés, car tous seraient selon lui islamistes. Outre qu’il y a une marge entre professer un radicalisme religieux et se faire sauter dans un bus, le philosophe considère comme acquis que tous les prisonniers étaient membres de réseaux proches d’Al-Qaïda. C’est un peu court comme raisonnement. D’autant plus qu’une majorité de prisonniers libérés ont été lavés de tout soupçon. Mais, pour Roucaute, la raison est autre : c’est parce que les détenus ont cessé d’être utiles au renseignement US... sans que, bien sûr, ils aient eu à subir de tortures, vous pensez bien !


Venons-en justement aux méthodes d’interrogatoire utilisées par les services américains : tortures physiques à base d'injections chimiques, techniques de déstabilisation mentale (par la privation de sommeil, par exemple), etc. Procédés aussi cruels qu'inefficaces puisque les suspects finissent par craquer en sortant n'importe quoi pourvu que la séance inquisitoriale s'arrête. De surcroît, ces méthodes sont directement inspirées de celles de l’Armée rouge, laquelle n'était guère réputée pour sa tendresse. Nous restons donc en pays de connaissance...


Roucaute, tout à sa logorrhée guerrière et paranoïaque, passe rapidement sur l’illégalité de la situation. Le droit n’a jamais intéressé les idéologues de cour. On reconnaît là une caractéristique de la falsification juridique propre aux totalitaires de tout poil.


Enfin, dans un dernier élan lyrique, Roucaute nous démontre, à nous pauvres dhimmis aliénés, en quoi "le néoconservatisme est un humanisme" en lâchant :

"Si la vraie force des républiques réside dans la vertu, comme le montra Montesquieu, la vertu se mesure au courage de se battre pour elles. Guantanamo, c'est ce courage."

C’est beau comme du Jean Ferrat chantant Aragon !

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4 commentaires

Blogger Chitah a écrit...
Personellement, je trouve que cette question de la prison de Guantanamo et des éventuelles autres dissiminées à travers le monde est plus qu'un détail.

Qui plus est, il fallait vraiment s'attendre à ce que cela arrive, puisqu'à ma connaissance, aucune armée à quelque époque que ce soit, et spécialement plus depuis le début du XXème siècle, ne s'est abstenue de ce genre de comportements.
Il n'y a à mon sens pas besoin de parler de l'Armée Rouge, les armées françaises, allemandes, etc... se sont rendues coupables des mêmes choses.

C'est le comportement tout à fait normal et attendu d'une armée, d'un Etat en guerre, c'est pour cela que toutes les notions de traités internationaux ou de "droit international" (traités contre la torture, pour le traitement "humain" des prisonniers, etc..) m'ont toujours laissé extrêmement perplexe. Ca me paraît illusoire de croire qu'un Etat peut suivre ces traités, ce n'est que du papier selon moi.

Ce serait très bien que les Etats en guerre suivent ces codes de conduite, mais franchement je n'y crois pas trop....
à 2:24 PM
 
Blogger RonnieHayek a écrit...
Ce n'est pas parce qu'une règle n'est pas respectée qu'elle en est frappée de nullité. Tous les jours, des délits sont commis. Pourtant, cela n'invalide aucunement l'existence de lois les sanctionnant.

Que les Etats, supposés garantir le droit, le violent quotidiennement - et de façon souvent gravissime - est un argument contre eux. Pas contre les lois internationales auxquelles ils doivent se soumettre.
à 3:41 PM
 
Blogger Chitah a écrit...
Tu n'as pas tort, Ronnie, mais peut-être que mon côté pessimiste sur la (vraie) nature des Etats fait que je ne crois pas du tout à la pertinence d'ériger un corpus de règles de Droit pour les relations entre ces entités. Ce n'est pas la même chose que le Droit (naturel) entre individus, c'est en tout cas mon sentiment (et j'insiste sur le terme de sentiment).
C'est l'existence même de l'Etat et donc l'existence de son activité la plus nuisible, la guerre, qui me semble un obstacle à la paix et à la justice, pas vraiment le non-respect par tel ou tel Etat d'un code de conduite (ou d'un corpus de règles de Droit).

Au fait, j'ai oublié de commenter le sujet de ton article : la défense de Rocaute est nullissime, avec des amis pareils, il est bien clair que les néocons n'ont pas du tout besoin d'ennemis, ils se tirent eux-mêmes très bien une balle dans le pied, les arguments utilisés sont absolument inouïs de mauvaise foi comme tu l'as bien montré !
à 4:38 PM
 
Blogger melodius a écrit...
Eh bien les cyniques parmi nous pourront au moins contempler la magnifique contre-publicité que représentent prisons secrètes, torture systématique, massacres de civils innocents, etc. lorsqu'on a motivé ses petites escapades militaires par la défense du droit international, des droits de l'homme et de la démocratie. Personne ne forçait pourtant l'administration Bush à endosser le costume d'un Robin des Bois mâtiné de Florence Nightingale...
à 5:35 PM
 

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