30.12.04

L'Economie Colonisée

Parfois, les hommes de l'Etat et leurs séides inventent de nouveaux concepts pour justifier leurs méfaits: c'est le cas de la notion de Développement Durable, qui a permis, tel que nous l'avons décrit il y a quelques semaines sur ce blog, à quelques syndicalistes de se recaser. Il s'agit probablement d'une récompense pour services rendus.

Mais parfois, l'homme de l'Etat ne se fait même pas chier: il se recase, tout simplement, même si c'est immoral, illégal, ou tout simplement hors de propos. Cette pratique s'appele le pantouflage: le transfert d'un fonctionnaire de l'Etat vers une entreprise "privée" amie
Voici quelques cas tels que décrits par le Canard Enchaîné (édition du 29/12/04) dans l'article L'injustice du Pantouflage:
  • Didier Banquy, directeur de cabinet du ministre du Budget va s'envoler vers les Caisses d'Epargne, établissement contrôlé par Bercy,
  • François Pérol, directeur adjoint au cabinet de Francis Mer puis Nicolas Sarkozy (aux Finances), où il s'occupait de privatisations: recasé chez Rotschild, un des principaux opérateur de privatisation de l'Etat
  • Mathieu Pigasse, en charge des dossiers bancaires pour DSK et Fabius, embauché par la banque Lazard, qui se trouve être LA banque amie de ces deux ex-ministre de gauche
  • les trois patrons actuels de la BNP (Michel Pébereau) de la Société Générale (Daniel Bouton) et du CCF (Charles de Croisset) sont issus des cabinets ministériels respectivement sous Monory, Papon/Juppé, et Balladur
Tout ces gens-là sont énarques, ce sont des hauts fonctionnaires, alors comment peut-on laisser se développer de tels conflits d'intérêt?
En fait, il existe une loi interdisant à un fonctionnaire de travailler pour des intérêts qu'il est censé surveiller, c'est la loi Sapin de 1993.

Seulement, elle ne s'applique qu'aux fonctionnaires, pas du tout aux membres de cabinets ministériels. La loi Sapin a donc pris une précaution: protéger les petits membres de cabinets, et leur assurer un transfert intéressant lorsqu'ils perdront leur place.

Ainsi, de l'Etat colonisé on passe à l'Economie colonisée, puis à la Société colonisée. Les réseaux des hommes de pouvoir s'étendent chaque jour davantage.

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4 commentaires

Blogger Dilbert a écrit...
Il y a encore pire à mon avis : les fonctionnaires qui font de la politique sans risque, puisque s'ils perdent les élections ils récupèrent leur poste dans l'administration.

Tiens, ce qu'écrit Reichman à ce sujet, parlant des énarques :

Puisque l'économie semblait vouloir leur échapper, il ne leur restait plus qu'à l'investir. Ce qu'ils firent sans aucune difficulté. Pour une entreprise ayant des relations quotidiennes avec l'administration et travaillant peu ou prou pour l'Etat, l'engagement, à sa direction, d'un "grand commis" paraît, au début, une excellente affaire. Muni d'un bon carnet d'adresses, où figurent ses pairs et compagnons demeurés au sein des cabinets ministériels et de la haute administration, l'énarque devenu patron fait merveille pour desserrer les contraintes et décrocher les marchés. Son pouvoir régalien s'est certes réduit, mais il bénéficie d'une rémunération sans commune mesure avec celle d'un haut fonctionnaire et il prend goût à une vie où il peut jouir d'un confort qu'il n'avait jamais connu jusque là.

Il n'a d'ailleurs pris aucun risque en quittant l'administration, puisqu'il peut y revenir quand il veut. La règle vaut tout aussi bien pour l'énarque devenu député que pour celui qui s'est dirigé vers l'entreprise. Le sein douillet de la fonction publique est prêt à le recueillir à tout moment. Il aura même monté en grade pendant son absence. Cette disposition en apparence secondaire est en fait essentielle pour comprendre la facilité avec laquelle les énarques se sont emparés de tous les rouages politiques du pays.

(...)

La caste technocratique, à la différence des autres, n'a aucune légitimité. La France n'avait pas besoin d'énarques. Ils se sont emparés du pouvoir à la faveur d'une erreur historique du général de Gaulle, qui s'est tout simplement trompé d'époque, même si l'on peut comprendre, à la lumière du passé récent de la France, pourquoi il l'a commise. Et s'ils sont devenus féroces, c'est parce qu'ils savent bien, au fond d'eux-mêmes, qu'ils sont des imposteurs. Leur pouvoir ne repose sur aucun support historique, sur aucun soubassement économique ou culturel, sur aucun service rendu au pays par leurs ascendants au fil des siècles. C'est un pouvoir arbitraire et cupide, artificiellement plaqué sur le pays et qu'il conduit à sa perte. Sans aucun scrupule, il adopte pour seuls moyens de gouvernement ceux qui ne visent qu'à abaisser le peuple, à le priver de sa liberté et de sa dignité. Ces gens sont allés trop loin pour reculer. Ils sont bien décidés à garder le pouvoir de toutes les façons possibles, fût-ce au prix d'une lutte à mort. Et ce sont de tels "partenaires" que les membres du camp de la liberté veulent influencer de l'intérieur !
(...)
Il est donc évident que les énarques de droite n'ont pas d'autre choix, pour garder leur pouvoir et leurs privilèges, que d'utiliser le meilleur outil qu'ils puissent trouver à cet effet, la dictature socialiste. Tel est le ressort profond de la conduite de Chirac et de ses semblables.
à 3:10 PM
 
Blogger Chitah a écrit...
En effet, ce point est important, Reichman a raison de le développer: il devrait figurer en bonne place dans tout bon programme libéral, aux cotés de l'abolition du monopole syndical.
à 6:25 PM
 
Blogger Sous-Commandant Marco a écrit...
Je crois que le pantouflage est le résultat direct d'une loi qui autorise les fonctionnaires à quitter temporairement leur fonction pendant que leur avancement et leurs droits à la retraite continuent de progresser. Le résultat est que 40% (ou 60%, je ne suis plus sûr) des parlementaires sont fonctionnaires dans le civil. Comment mener une politique libérale dans de telles conditions?
à 8:50 PM
 
Blogger Nicolas Lobin a écrit...
J'approuve totalement ce que dit Reichman, il a raison. Le pantouflage est un réel problème. Mais vous savez, il y a aussi des députés qui dorment à l'Assemblée !
à 1:50 AM
 

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