12.12.05

Un exemple presque caricatural....

..... de ce qui se passe quotidiennement dans les instances de l'Etat français.

D'abord, quelques petits éléments de contexte : le Sedif, c'est le Syndicat des Eaux d'Ile-de-France, un organisme publique "propriétaire" du réseau d'eau des 144 communes d'Ile-de-France.
La Sagep, c'est son homologue, également en charge de la distribution de l'eau mais à Paris. Toutes deux délèguent, du reste, ce travail aux deux grosses entreprises du secteur, la Générale et la Lyonnaise des Eaux.

Maintenant, une citation :
[Je suis] dernier rempart contre l'ultralibéralisme : chez nous, le mot concurrence n'existe pas, mais le conseil du même nom est en train de marchandiser l'eau


C'est André Santini, maire d'Issy-les-Moulineaux, et président du SEDIF depuis des années, qui a dit cela, dans le cadre d'une affaire dont je parlerai plus bas. Ce monsieur passe pourtant pour un libéral.



Mais que disent les communistes de Santini ? Voici un extrait de l'Humanité.
Que Santini dépasse Copé ou l’inverse, la réunion des deux partis UMP et UDF au second tour [des régionales] se fera sur des objectifs communs, ultra libéraux, antisociaux, que le Front national pourra très bien avaliser. Car si l’Île-de-France, région la plus peuplée de France, la plus riche d’Europe, concentre les plus grandes inégalités, la droite ne dissimule pas son désir de pousser toujours plus loin l’exercice libre du marché. Elle souhaite faire de la région parisienne un laboratoire dans la grande compétition mondiale.
Curieux n'est-ce pas? Sauf si on se rend compte que dans la bouche des communistes ou de Santini, "ultra-libéral" signifie "le Mal" ou "connard", tout cela est assez contradictoire. D'après les cocos, donc, Santini est un adepte du libre marché, ce qui est une affirmation surprenante au vu de l'affaire dont je vais parler un peu plus bas, concernant la gestion de l'eau.
A propos, que disent les communistes (ou assimilés) à propos de la gestion de l'eau?
«L'eau, patrimoine de l'Humanité, qui est de la responsabilité des collectivités locales depuis la Révolution française, doit rester un droit et ne peut être gérée selon les règles du marché»
Ils disent bien la même chose que Santini sur le sujet, en dénoncant bien sûr l'ultra-libéralisme en marche eux aussi.

Maintenant, voici l'affaire dont je parlai, et qui a permis à Santini de prononcer la saillie citée au début de l'article:
[Le] Conseil de la concurrence vient juste de condamner le Sedif à une amende de 100 000 euros pour entrave à la concurrence.

[..] L'affaire se déroule en 1998 aux halles de Rungis, l'un des principaux consommateurs d'eau en France (1,3 million de m3 par an). Fidèle client jusque-là du Sedif, et donc de la Générale des eaux, la Semmaris (société d'économie mixte détenue par l'Etat et la Ville de Paris, en charge de Rungis) tente de faire jouer la concurrence ­ une première ­ en s'adressant à la Sagep [..]. Ayant eu vent de cette tentative, le Sedif propose illico un rabais de 18 % (à 4,17 francs le m3). Mais la Sagep, disposant de ressources non utilisées par les usagers parisiens, est encore moins-disant de 22,5 % (3,23 francs le m3).

Santini prend alors sa plus belle plume, en tant que président du Sedif, pour reprocher à Jean Tiberi, alors maire de Paris et donc tuteur de la Sagep, sa «position inutilement agressive» : «Le bruit court que la Sagep essaie de débaucher une entreprise relevant de la compétence du Sedif.» [..] En parallèle, le Sedif envisage des «moyens de rétorsion» [..] Tiberi se confond aussitôt en excuses : «J'ai été particulièrement sensible à vos remarques. Je souhaite qu'il ne subsiste aucun malentendu avec le Sedif.» Bref, la Sagep renonce à fournir Rungis à bas prix [..]
C'est précisément ce qu'a sanctionné le Conseil de la concurrence, en stigmatisant cette «anomalie économique» : «Le producteur d'eau chère a exercé des pressions visant à empêcher un demandeur d'obtenir de l'eau à meilleur marché. Malgré son caractère ponctuel et local, la pratique est grave

Résumons l'affaire : un client (public) cherche à changer de fournisseur, pour passer du Sedif (public) à la Sagep (publique). Le Sedif se lance dans une opération d'intimidation, digne des plus pur ultra-libéraux dénoncés par tous les protagonistes de cette affaire.

Que répond la présidente de la Sagep?
La verte Anne Le Strat, actuelle présidente de la Sagep, dénonce des «pratiques dignes de Républiques bananières qui aboutissent toujours à léser le citoyen, qu'il soit consommateur ou contribuable».
Ah, intéressant, est-elle en train de devenir libérale? Dénonce-t-elle ici les pratiques des grands conglomérats où tout le monde se tient par la barbichette?
Elle admet toutefois quelques «blocages» persistant sous la municipalité de Bertrand Delanoë, ayant dû «batailler fortement» pour que la société parisienne Sagep puisse à l'avenir fournir directement de l'eau aux communes franciliennes en squeezant les marchands d'eau.
Déception, en fait elle veut en croquer elle aussi. Et, j'imagine, prendre la place du Sedif pourquoi pas?

Résumons:
  • des communistes qui disent que Santini est un ultra-libéral et que l'eau est un bien public
  • Santini qui dit qu'il est le dernier rempart contre l'ultra-libéralisme et que l'eau est un bien public.
  • la président de la Sagep qui dit que les consommateurs se sont fait avoir, et que seule elle peut rétablir la justice en accaparant les marchés de l'eau.
  • un conseil de la concurrence qui met en évidence les méthodes d'intimidation des politiques entre eux, pour obtenir et garder un fromage.
  • et, toujours, pas un seul libéral à l'horizon dans cette affaire, même si on ne parle que de nous.
Et, bien sûr, qui paie pour cette pantalonnade, ces surcoûts, ces fromages, ces colloques sur l'ultra-libéralisme, ces amendes infligées par un organisme d'Etat A, à l'endroit d'un organisme d'Etat B, dans le cadre d'une affaire l'opposant à un autre organisme d'Etat C ( parce que B cherchait à empêcher C de proposer un contrat de founiture de services à.....devinez qui.....un organisme d'Etat D !) ?
Hé bien c'est toi, c'est moi, c'est nous, c'est le contribuable, le citoyen, le consommateur, le crétin, le naïf.

Ceci est une histoire vraie, et c'est un archétype de ce qui se passe en France. Pas de surprise, donc. Vous pouvez vous rendormir.


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8 commentaires

Blogger Turuk a écrit...
Wow, bravo Chitah. Impressionant, désolant, peu étonnant, finalement...

et, toujours, pas un seul libéral à l'horizon dans cette affaire, même si on ne parle que de nous.

:-)
à 12:48 AM
 
Blogger gil_caeiro a écrit...
Ah voilà comme je vous aime, sur ce blog... Très belle dissection des pratiques de notre bel Etat (et san sse perdre dans toutes ces sagep, sedif etc) !

(mais sur la photo c'est qui ? Y ressemble pas à santini)
à 1:36 PM
 
Blogger VeloDeus a écrit...
Diantre !
Seriez-vous passé à côté
de cette série mythique qu'est Supercopter ?
à 7:13 PM
 
Blogger gil_caeiro a écrit...
Euh oui, plutôt passé à côté (idem pour les trucs genre K2000), mais oui je revois un peu: euh, Ernest Borgnine ?

et le rapport ? Oh, le " dernier rempart" j'imagine ?
à 8:33 PM
 
Blogger Chitah a écrit...
Le rapport, c'est que le type en photo s'appele Santini, c'est tout :)
à 9:30 PM
 
Blogger gil_caeiro a écrit...
Euh, le personnage de Supercopter s'appelle santini ?

Euh bon.
à 9:43 PM
 
Blogger Philoo a écrit...
Raté sur la photo ce n'est pas Santini, grossière erreur !!!! Sinon je trouve rigolo que des libéraux lisent l'Humanité, parce que si c'est réellement le cas et bien ce sont bien les seuls !!!! :-)
à 12:09 PM
 
Blogger Contrepoison a écrit...
Philoo, avec un peu plus d'humour tu comprendrais que Chitah a fait EXPRES de coller une autre tronche que celle du comique Santini...
Quant à la question de l'Humanité, tant que l'appareil militaro-policier de l'état franchouille nous obligera à subventionner ce torchon par divers biais (subventions directes à la presse dite d'opinion, campagnes de publicité pour les pseudo-services publics, campagnes instutionnelles qui réservent au journal bolcho une part sans commune mesure avec son audience réelle, achats directs par les bibliothèques des mairies cocos et ersatz, etc.) et bien autant le lire ! Il ne faut jamais mépriser ni méconnaître son ennemi.
à 1:18 PM
 

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