2.2.07

La Thanatocratie est en marche

Nos régimes sociaux-démocrates apparaissent à l'observateur pressé comme autant d'incarnations d'un socialisme de compromis raisonnable, une espèce de collectivisme à visage humain, en résumé un progressisme poli, voire policé, et modéré. Or ce type de régime est passé maître dans l'art de tuer son prochain sous prétexte d'humanité. Tandis que les bellicistes néocons massacrent et torturent en application d'un curieux "conservatisme compassionnel", la gauche démocratique dominant l'Europe occidentale occupe la fonction médiatiquement et politiquement lucrative de chantre sonore d'un socialisme prétendument compatissant (et comme elle ne tolére guère la moindre critique, elle tente de culpabiliser ses détracteurs - avec, hélas, un succès qui ne se dément pas). Ainsi, après avoir dépénalisé la mise à mort des embryons en invoquant la sympathie pour les mères souffrant de l'atroce épreuve de la grossesse - cette malédiction phallocratique bien connue -, un cran supplémentaire fut passé quand l'État belge dépénalisa l'euthanasie.

"Ne vous en faites pas, bonnes gens, il ne s'agit pas de rééditer les méthodes eugénistes des nazis ou des sociaux-démocrates scandinaves: la pratique de l'euthanasie sera strictement encadrée et réglementée sévèrement". Or lorsque le législateur parle en ces termes, il faut autant s'y fier qu'à un serment d'alcoolique. Preuve en est que la Belgique connaît désormais ses premiers cas (en tout cas, déclarés) d'euthanasie de dépressifs. En clair, des gens désemparés, traversant une mauvaise passe, ont mis leur vie dans les mains de médecins qui ont considéré que l'existence de ces patients ne valait plus un clou. Il y a un an, il avait déjà été fait état de l'euthanasie d'une dame atteinte de démence.

Où s'arrêtera ce processus ? Après, sera-ce le tour des chanteurs n'ayant plus de voix, des sportifs devenus invalides, des hommes souffrant d'impuissance ? Il est on ne peut plus évident que les cas évoqués dans le précédent paragraphe ne sont qu'un début. Et ce n'est pas jouer aux Cassandre de Prisunic que de l'écrire; il suffit de s'en référer aux propos des défenseurs de l'euthanasie tenus en 2001, peu avant que la loi fût adoptée. Un petit flash-back n'est donc pas dénué d'intérêt.

« Nous sommes finalement parvenus à une proposition à notre avis équilibrée. Certes, elle n'englobe pas tout, elle n'offre une solution qu'aux patients majeurs et conscients et elle n'est pas complète. Mais c'est un début.» (Janine Leduc, sénateur VLD)

Certains élus considéraient même que la législation n'allait pas assez loin, puisqu'elle n'autorisait pas l'euthanasie des mineurs !

« Le fait que les jeunes se trouvant dans les mêmes circonstances ne puissent être aidés est très éprouvant au plan émotionnel. » (Myriam Vanlerberghe, sénateur SP.A).


Cette digue morale n'est plus très loin de céder, puisque, persévérant dans l'eugénisme suave et émotionnel, cette dernière élue déposa en avril 2006, nous apprit ensuite La Libre Belgique, une proposition de loi favorable à l'euthanasie infantile - la VLD Janine Leduc n'étant pas en reste, puisqu'elle souhaitait l'étendre aux déments.

Un aspect qui est souvent négligé est que la légalisation de ces pratiques jusque là clandestines, donc considérées comme répréhensibles, a fait sauter un verrou dans la tête d'un nombre croissant de personnes (les chiffres - officiels... - en hausse en témoignent). Une opération de banalisation est en route, de sorte que beaucoup en arrivent à considérer qu'une vie ne vaut plus la peine d'être vécue. Un homme malade n'est plus un homme digne de vivre - voilà le message en train d'être diffusé... au nom de la dignité. Et ce fait est d'autant plus grave que la notion de maladie connaît une déformation inquiétante. Souvenons-nous, par exemple, de ce sénateur socialiste, expert autoproclamé de "l'éthique médicale", qui voyait dans l'obésité rien de moins qu'une épidémie ! Je frémis d'avance aux solutions expéditives en faveur desquelles ses pairs pourraient opter pour "aider" les gros à guérir définitivement de leur problème.

Sans rendre ce type d'acte obligatoire, la propagande instillée par les despotes "éclairés" de la santé et du bien-être en arrive à renverser les valeurs fondamentales d'une société civilisée. En cela, la social-démocratie est bien plus rusée et ô combien plus fine que les totalitarismes avouant d'emblée leur brutalité et leur mépris de la vie humaine, mais le mal prend corps à la même racine.

De surcroît, surfant sur un certain esprit libertaire, la gauche eugéniste prétend parler le langage de la liberté, comme pour mieux dissimuler qu'elle cherche à établir la tyrannie du médecin au détriment de la vie du malade (et de
sa liberté, puisque la mort qui lui est administrée l'empêche par définition de revenir sur sa décision véritable ou extorquée).

En définitive, ce qui sous-tend le plaidoyer des Forces de Progrès, c'est la conception d'un individu couché sur le lit de Procuste : dès que quelqu'un ne correspond plus à la conception naïve que les socialistes se font de l'homme, il doit être raccourci et raboté jusqu'à, finalement, ne plus du tout exister. Ainsi, de l'embryon (qui n'est pas encore en âge de voter ou de devenir syndicaliste métallo), du vieillard sénile (supposé coûter trop cher à la Sécu) ou du retraité non affilié à l'amicale André Renard, dont la pension creuse le budget collectiviste de l'État, etc. Par d'autres méthodes que le nazisme ou le communisme, mais avec un semblable fanatisme et une identique foi dans le mouvement irréversible de l'Histoire, se répand l'idée nocive et pernicieuse qu'il est des êtres humains superflus (pour reprendre la formule de Hannah Arendt).

La social-démocratie tue, et son programme est déjà en voie d'exécution.

links to this post

Links to this post:

<\$BlogItemBacklinkCreate\$>

0 commentaires

Enregistrer un commentaire

<< Retour à l'accueil