30.9.06

L'État belge devant ses juges

Après avoir été condamné par la Cour de cassation qui l’accuse d’être responsable de l’arriéré judiciaire à Bruxelles, voici que l’État belge pourrait se voir attaqué en justice par les autorités européennes, à la suite de l’affaire SWIFT, s’il était prouvé qu’il n’a pas appliqué la législation européenne sur la protection des données.


Lorsque fut divulgué le jugement de la Cour de cassation, des parlementaires ont accusé - ô ironie - la justice d’attenter à la séparation des pouvoirs (dont chacun sait combien elle est respectée en notre beau royaume fritier). Mais, si elle était si pressée d’intervenir dans les affaires publiques, pourquoi donc la justice belge s’est-elle montrée tellement discrète au sujet de la complicité, au moins passive, du gouvernement belge dans l’affaire SWIFT ?


29.9.06

Monsieur le Bourguemaître nous lit

Le blog de propagande FDF "élections communales Auderghem 2006" publie un billet de Didier Gosuin en réaction notamment à un article de notre excellent ami Constantin, délicatement qualifié de "rumeur" et qui faisait écho des méthodes quelque peu particulières dont font usage les fans du Bourguemaître de la Charleroi amarante afin de pavoiser la commune aux couleurs de leur poulain.

CPS salue les excellentes lectures de Didier Gosuin, dont il semble hélas bien peu profiter.

MISE A JOUR : l'équipe de CPS vous annonce avec tristesse le décès des commentaires sur le blog de la section auderghemoise du FDF; la critique, ce n'est pas "convivial", contrairement à la nouvelle wasserette "sociale" dont ce même blog annonce la création avec fierté. Ni fleurs, ni couronnes.

MISE A JOUR 2 : et maintenant c'est carrément le billet de Gosuin qui s'est évanoui dans les airs ! On va finir par croire qu'on leur fait peur...


28.9.06

Auderghem, le retour

Un électeur auderghemois souhaitant garder l'anonymat (et on le comprend) a fait parvenir à tous les candidats aux élections communales une missive que je vous livre ici.

Belle manifestation que la brocante de quartier de l'avenue Chaudron de ce dimanche 24. Succès de foule, ambiance bon enfant et promeneurs réjouis. Même le temps était de la partie: température et ciel cléments. Le matin même pour assurer le succès de l'événement, la Police communale avait fait place nette. C'est ainsi (et c'est bien normal) que plusieurs véhicules que leur distrait propriétaire avait laissé trop proche des nombreux panneaux d'interdiction de stationnement sont partis à la fourrière. Attirés par cette sympathique manifestation, par la bonne humeur et la disponibilité des nombreux promeneurs, les candidats aux prochaines élections communales étaient légion. De toutes les couleurs, tous arpentaient l'avenue Chaudron de bas en haut, de haut en bas, etcetera... C'était trop beau. Tant d'électeurs rassemblés en un seul endroit! Tant de places de parking disponibles au milieu de la foule compacte! Impossible de résister à une telle tentation! Et un candidat en bonne place sur la liste du Bourgmestre, échevin en fonction, de venir stationner sa voiture, décorée de moultes affiches à sa gloire passée et future, en plein milieu du square du Sacré Coeur, à contre sens de la circulation. Cette scène fort plaisante se déroule sous les yeux de la force publique qui, non contente d'avoir fait place nette le matin même, barre aux voitures conduites par le commun des mortels l'accès au square et à l'avenue Chaudron.

Comme disait Coluche, y en a qui sont plus égaux que d'autres.....

Un électeur auderghemois


27.9.06

Le dernier sermon

Si vous haïssez le cinéma ou si vous êtes masochiste, ou si vous êtes un masochiste qui hait le cinéma, le dernier sermon du marxiste Ken Loach, Le vent se lève, est pour vous. Le dernier festival de Cannes s'est ouvert avec le Code da Vinci et s'est achevé avec la Palme d'Or pour le film de Loach sur l'IRA et l'indépendance irlandaise ; cela aurait tout aussi pu être le contraire, il y a si peu de différence entre la fantaisiste invention du lignage de Jésus et l'indigeste tambouille politique que veut nous faire avaler le fossile vivant du trotskisme cinématographique anglais. Que le plus prestigieux des festivals de cinéma commence avec un blockbuster pseudo-religieux et s'achève par un blockbuster pseudo-politique révèle seulement le caractère putréfié de la planète cinématographique.


Maintenant, le vieux fanatique de la lutte des classes nous présente l'histoire du terrorisme irlandais au travers de deux frères qui mènent, tels de nouveaux Frank et Jesse James, un groupe de l'IRA aiguillonné par la sauvagerie de l'armée britannique. Puéril et manichéen, Loach profite des conflits qu'il déforme dans ses films, depuis la Guerre d'Espagne (Land and Freedom) jusqu'à la révolution sandiniste (Carla's Song), pour sermonner avec ses délirantes apologies de la violence contre tout système politique possédant un minimum d'organisation, sans se soucier de savoir s'il s'agit de dictatures ou de régimes « apparemment » démocratique.


« Apparemment », parce que Loach n'est pas de ces petit-bourgeois qui admettent qu'un vote démocratique ou des limites constitutionnelles puissent ruiner leurs petites aspirations utopiques. Ainsi, dans une séquence du film où un membre du clergé catholique défend l'accord entre Irlandais et Britanniques, il se moque explicitement de la volonté populaire ; dans une autre, il légitime le vol et l'extorsion révolutionnaire ; un peu plus loin, il comprend et justifie l'assassinat d'innocents au nom des idéaux révolutionnaires. Par ailleurs, la domination britannique est décrite comme si la Gestapo et les SS furent une invention de Churchill, ce qui donne à Loach l'occasion de libérer ses plus bas instincts sadiques et pornographiques dans une séance de torture convertie en pur spectacle. Et d'un autre côté, les Irlandais, réduits au rôle de fantoches maladroits et sentimentaux - comme le veut le lieu commun - se révoltent, certes, mais Loach ne tarde pas a détourner ce conflit sur son terrain : la lutte des classes contre l'empire capitaliste.


La critique « engagée » veut nous faire croire que, malgré la récompense cannoise, Ken Loach n'est rien moins que persécuté par la droite. Rien de plus faux, bien entendu. Dans les Cahiers du Cinéma - qui ne sont pas précisément un bastion de Le Pen -, on indique bien qu'un film qui ne laisse qu'à ses personnages comme seul choix être une crapule ou un martyr est forcément médiocre, en précisant que le typique endoctrinement loachien, sans être honteux, n'a rien de passionnant.


Le mépris de Loach pour les procédures démocratiques, la justification de la violence contre tout régime politique possible, le martyrologe et la sanctification comme uniques réponses humaines possibles correspondent à la pauvreté formelle d'une direction insipide, à la limite de la paralysie, d'acteurs, qui sont plus des marionnettes que des êtres humains, embrigadés dans la réalisation de pièges sans talent. Les séquences répétitives et explicatives, mises au service de l'idéologie, mais superflues, torpillent le développement d'un scénario invraisemblable qui fait se succéder les clichés académiques.

Comme bon marxiste, Loach pense que le cinéma ne doit pas se contenter de rester fidèle à la réalité, mais qu'il doit contribuer à la transformer, et nie toute comparaison avec Leni Riefenstahl. Si seulement il essayait de se mesurer à la directrice de cinéma préférée d'Hitler ! Plastiquement, il y gagnerait en force et originalité dans le traitement des images, dont l'absence n'est en rien compensée par des discours de tchékiste. Et, tout comme l'Allemande, il pourrait (au moins essayer) de transmuter les brutales et simples idées nazies dans des personnages cinématographiques complexes et puissants, au lieu de faire ce qu'il fait depuis toujours : simplifier les relations sociales dans un Disneyland totalitaire.


Le gouvernement reçoit la confiance des chefs de parti

Il y a un siècle, en Belgique, quand un gouvernement n’avait plus la confiance des parlementaires, il tombait. Aujourd’hui, quand un ministre est contesté par un partenaire de la majorité, les présidents de parti s’entendent entre eux pour éviter que LEUR gouvernement ne tombe. Il n’y a plus de contrôle parlementaire depuis des lustres, seulement la loi des coalitions particratiques au pouvoir. Pensez donc, si la coalition chutait, cela ferait évidemment mauvais genre, à quelques jours des élections communales et à quelques semaines du bouclage du budget fédéral.


Preuve en est apportée aujourd’hui, avec l’accord trouvé au 16, rue de la Loi. N’est-ce pas merveilleux, une coalition gouvernementale qui se renouvelle à elle-même sa confiance par l'entremise des présidents des partis qui la composent ? On en pleurerait d’émotion !



26.9.06

Campagne musclée à Auderghem

La campagne électorale du bourgmestre à vie d'Auderghem semble particulièrement "musclée" :

Plusieurs commerçants d'Auderghem qui avaient eu la mauvaise idée d'apposer sur leur vitrine des affiches MR-Lib ont ainsi reçu la semaine dernière une visite d'un genre un peu particulier. Un individu s'est présenté dans leur boutique et leur a fait comprendre qu'ils pouvaient s'attendre à des mesures de rétorsion de la part de l'administration s'ils ne retiraient pas immédiatement les affiches litigieuses pour les remplacer par des affiches représentant le bourgmestre. Des militants socialistes occupant des logements sociaux ont quant à eux reçu un visiteur qui leur a vivement conseillé de remplacer ces horribles affiches socialistes qui ornaient leurs fenêtre par de jolis portraits de l'échevin Defosset. Par ailleurs, impossible de trouver une fenêtre de l'immeuble de logements sociaux de la rue du Vieux Moulin qui n'arbore une affiche vantant les mérites de la Liste du Bourgmestre.

Un vent favorable nous a d'autre part rapporté que deux remorques publicitaires, l'une du PS, l'autre de la liste MR Lib, qui sont stationnées à divers endroits d'Auderghem depuis la semaine dernière se sont vues infliger chaque jour de la semaine une amende de 250€ au prétexte qu'elles enfreignent le règlement communal sur l'affichage électoral. Renseignements pris, le règlement en question ne traite que de l'affichage dans la commune, pas des véhicules, remorques ou autres moyens de publicité. Mais l'attitude adoptée par la police locale semble être : "si ce n'est pas explicitement autorisé, c'est forcément interdit". La rédaction de Chacun pour Soi conseille aux malheureux verbalisés de prendre pour avocat la tendre moitié de Mr Gosuin, laquelle, vu qu'elle est le conseil attitré de toutes les ASBL paracommunales d'Auderghem, pourra sans nul doute utiliser sa grande expérience de la gestion communale pour aboutir à une transaction.

Charleroi-en-Woluwe attend les élections dans le calme.


23.9.06

La loi bafouée pour quelques voix de plus...

Le vaudeville opposant le PS et le VLD au sujet du supposé retour du truand Victor Hoxha à Anvers a fini par occulter l’affaire Bahar Kimyongür, sympathisant (voire membre - titre qu’il conteste) du groupe d’extrême gauche turc DHKP-C.


Arrêté par la police néerlandaise le 28 avril 2006, ce citoyen belge a été ensuite libéré en juillet. La version officielle est que les Pays-Bas l’auraient privé de liberté sans aucune concertation avec la justice et le gouvernement belges. Or cette présentation des faits ne tient pas la route. Le blog Humeur allochtone avait signalé en juin dernier qu’une concertation avait bien eu lieu entre les parquets belge et néerlandais. Il s’agissait pour le gouvernement belge de livrer Kimyongür à la Turquie en contournant la loi belge. En effet, le droit belge exclut l’extradition d’un sien ressortissant vers un pays étranger. Plus généralement, selon les conventions internationales, aucune extradition n’est permise vers un État pratiquant la torture (ce qui est le cas de la Turquie, en dépit de la nouvelle législation locale en ce domaine).


Malgré mon peu de sympathie pour l’extrême gauche en général et pour le sénateur écologiste Josy Dubié en particulier, j’observe que ce dernier a mis le doigt où cela faisait mal dans ce commentaire rapporté par Mehmet Koksal ici :


"Il y a deux choses. Je suis convaincu que Bahar Kimyongür paye pour [Fehriye] Erdal car les autorités belges ont été ridiculisées dans cette histoire et il y a aussi ce côté électoraliste de la ministre de la Justice qui se présente à Schaerbeek. Quand on écoute par exemple ce qu'elle a dit sur le génocide arménien, c'est une forme d'électoralisme que je considère gravissime car on mange ses principes pour grapiller quelques voix et je trouve cela inacceptable"

Je souscris à cette opinion : le gouvernement belge - en l’occurrence, Laurette Onkelinx, ministre de la Justice et candidate bourgmestre dans la Cité des ânes - s’est déconsidéré en laissant s’enfuir une condamnée pénale, puis s’est très courageusement rattrapé sur un lampiste. En clair, Onkelinx a voulu donner des gages à la frange nationaliste de l’électorat d’origine turque. Ce n’est d’ailleurs pas une surprise puisque celle qui se présente comme une antifasciste convaincue a inclus sur sa liste un membre de la redoutable faction d’extrême droite " Loups gris ". À cet égard, je ne sache pas que le CAL lui ait brandi un triangle rouge...


En bref, il ne paraît guère douteux qu’un homme a failli être livré à la torture, au mépris de la légalité, pour des intérêts bassement électoraux. À l’électeur de juger en son âme et conscience le 8 octobre prochain...



22.9.06

Insecticide contre homicide

Notre ami Lucilo nous a gratifiés il y a quelques jours d'une fort excellente chronique qui traite des centaines de milliers de morts causés par l'intégrisme écologiste.


20.9.06

Un spectre hante Bruxelles...

Après avoir dédié une allée à Rosa Luxembourg, les socialo-progressistes de la Ville de Bruxelles ont célébré ce mardi le grand-père du goulag. En effet, voilà que la Grand-Place est désormais souillée par une plaque commémorant le séjour de Karl Marx dans notre belle capitale.

En rendant hommage au théoricien du communisme moderne, le parti socialiste a clairement montré, pour qui en doutait, son appartenance ferme et résolue au camp totalitaire. Évidemment, pour faire avaler la pilule, la gauche s’adonne à son loisir préféré : l’euphémisation de l’horreur communiste.

Déjà par sa pratique quotidienne, le PS avait versé son obole aux héritiers avoués et directs du vieux Karl en s’inspirant des vieilles recettes qui avaient fait florès au sein des divers partis communistes du monde entier : une fois qu’ils ne pouvaient plus nier leurs forfaitures, les communistes faisaient amende honorable (p. ex. rapport Khroutchev, dans lequel «L’Humanité», quotidien si mal nommé, dénonça un «faux grossier») - tout en accusant, évidemment, le capitalisme d’être le premier fautif de leurs propres turpitudes - avant de prétexter de cet acte de contrition «sincère» pour asservir plus efficacement leurs prochains (ex : la répression des insurrections à Budapest et Prague). Regardez ce qu’il se passe alors que les affaires impliquant le PS continuent de déferler : il a suffi que son président jure la main sur le cœur que la triche c’est du passé, pour qu’il continue de distribuer les cartes dans le but de perpétuer l’emprise de son parti sur le Sud du royaume !

Notons que, pendant ce temps, le très à gauche Centre d’Action laïque fait campagne, à l’approche des élections communales, pour promouvoir la « démocratie » contre... le « retour du fascisme ». Or quelle est la sincérité antitotalitaire de ces propagandistes psittaciques qui font leur miel du marxisme le plus faisandé (pardon pour ce pléonasme), cultivent le tout-à-l’Etat, et continuent donc de considérer comme respectable le communisme, idéologie responsable de 100 millions de morts ?

Encore une fois, c’est une classique politique de diversion à la sauce Komintern, visant à éviter que le bon peuple s’intéresse de trop près au caractère liberticide et corrompu du parti socialiste.


Le droit d'auteur contre Internet

La presse francophone belge, non contente de coûter une fortune en "aides à la presse" et de s'illuster par une rare complaisance envers le pouvoir politique, s'ingénie désormais également à rançonner une entreprise privée plébiscitée par les internautes en usant et abusant d'une législation stupide et inadaptée à notre époque. Et en plus, elle en est fière. Au-delà de ce scandaleux jugement qui sera, on l'espère, réformé en appel, se pose toute la question des droits intellectuels.

Les droits intellectuels protégeant une création - technologique pour le brevet, littéraire ou artistique pour le droit d'auteur - sont censés encourager le progrès technique et artistique en concédant à leur titulaire une rente monopolistique d'une durée limitée sur sa création, celle-ci retombant ensuite dans le domaine public. Or, de plus en plus, on s'aperçoit qu'ils servent à protéger des technologies et business-models dépassés contre des technologies nouvelles. En d'autres termes, non seulement ils n'atteignent pas leur but, mais ils produisent même l'effet contraire. Le droit de monopole "limité" l'est de moins en moins, tant dans le nombre de droits concédés que dans la durée. A terme, ce qui nous guette si la situation n'est pas rapidement inversée, c'est la monopolisation de tout savoir au bénéfice des catégories de personnes et entreprises favorisées par les états, sans lesquels ces droits, à l'instar de n'importe quel autre monopole, n'existeraient pas. Quant aux auteurs et aux inventeurs, quoi qu'on puisse prétendre, ils n'en ressortent certainement pas gagnants.


19.9.06

Extrait du discours du Saint-Père du 12/9/2006 à Ratisbonne

Le dialogue repose sur tout le concept de la foi décrit dans la Bible et le Coran et porte en particulier sur les images de Dieu et de l'homme, tout en revenant nécessairement sans cesse sur le rapport entre ce qu'on appelle les "trois lois": l'Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran.
Dans ce discours, je voudrais seulement aborder un point -- plutôt marginal dans le dialogue -- qui m'a captivé, en rapport avec le thème de la foi et de la raison, et qui me sert de point de départ pour mes réflexions sur ce thème.
Dans la septième Controverse éditée par le professeur Khoury, l'empereur aborde le thème du Jihad (la Guerre sainte). L'empereur devait savoir que la sourate 2-256 dit: "Il n'est nulle contrainte en matière de foi" -- selon les spécialistes, c'est l'une des premières sourates, datant de l'époque où Mahomet était encore sans pouvoir et menacé.
Mais l'empereur connaissait aussi naturellement les commandements sur la Guerre sainte contenus (...) dans le Coran. Sans s'attarder sur des détails, comme la différence de traitement entre les "croyants" et les "infidèles", il pose à son interlocuteur, d'une manière étonnamment abrupte pour nous, la question centrale du rapport entre religion et violence.
Il lui dit: 'Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l'épée la foi qu'il prêchait'.
L'empereur, après avoir tenu des propos si forts, explique ensuite en détails pourquoi il est absurde de diffuser la foi par la violence. Une telle violence est contraire à la nature de Dieu et à la nature de l'âme: "Dieu n'aime pas le sang et agir de manière déraisonnable est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l'âme et non du corps. Celui qui veut donc conduire quelqu'un vers la foi doit être capable de parler bien et de penser juste, et non de violence et de menace... Pour convaincre une âme raisonnable, on n'a pas besoin de son bras, ni d'armes, ni d'un quelconque moyen par lequel on peut menacer quelqu'un de mort...".
La phrase décisive dans cette argumentation contre la conversion par la violence, c'est: "Agir de manière déraisonnable est contraire à la nature de Dieu".
L'éditeur, Théodore Khoury, commente à ce propos: pour l'empereur, un Byzantin éduqué dans la philosophie grecque, cette phrase est évidente. En revanche, pour la doctrine musulmane, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n'est liée à aucune de nos catégories, pas même celle de la raison.
Khoury cite à ce propos un travail du célèbre islamologue français (Roger) Arnaldez (ndlr: décédé en avril dernier), qui souligne que Ibn Hazm (ndlr: un théologien musulman des Xe et XIe siècles) est allé jusqu'à expliquer que Dieu n'est même pas lié par sa propre parole, que rien ne l'oblige à nous révéler la vérité. S'il le souhaitait, l'homme devrait même se livrer à l'idôlatrie.


17.9.06

Diversions

Une fois pris la main dans le sac, les politiciens frauduleux ont pour habitude de pointer un index accusateur vers ceux qui ont divulgué leurs manigances, au motif que ces derniers écriraient sous pseudonyme. L’accusé se transforme en délateur, voire en procureur, comme jadis les communistes accusaient d’ "hitléro-titisme", ceux qui avaient le cran de jeter une lumière crue sur leur système criminel. L’inversion des rôles est le propre des délinquants manipulateurs, surtout lorsqu’ils se griment en chantres de l’intérêt général.


L’anonymat relatif de nombreux participants aux blogs libéraux est en réalité une protection contre les menaces et intimidations dont eux et leurs proches pourraient faire l’objet. N’oublions jamais que les politocards détiennent un pouvoir considérable, et quand ils pleurnichent contre leur supposée perte d’influence, c’est simplement parce que leur gourmandise n’est jamais rassasiée. Si vous êtes gentils avec eux, comme la plupart des journalistes subventionnés le sont, aucun problème pour vous, évidemment. Quel est le courage de signer de son vrai nom un papier invitant, par exemple, Di Rupo à développer son plan Potemkine ou de tremper sa plume dans le vitriol pour demander plus d’impôts et plus de moyens budgétaires ? En revanche, si vous dénoncez la corruption et le vol comme étant consubstantiels à l’idéologie socialiste, il y a des chances que votre prose ne paraisse guère dans la presse normale, et si d’aventure elle est imprimée, le Pouvoir sera enclin à ne pas vous oublier...


Rappelons à cet égard l’attitude ultracomplaisante envers le PS qu’afficha Didier Reynders, lorsque Destexhe fit paraître son étude sur la situation apocalyptique de la Wallonie. Le président du MR jugeait indispensable que les économistes ayant participé à cette étude sortissent de leur anonymat. Et d’avancer l’argument ultime : si ce qu’ils affirmaient était vrai, ceux-ci n’avaient rien à craindre... "Nous ne sommes pas dans un pays stalinien." se crut-il même obligé d’ajouter - montrant involontairement par cette prétérition lourde de menace que le doute était néanmoins permis. Admettons. Mais disons alors que nous vivons dans la situation que connut naguère le Mexique, avec son longtemps inamovible parti révolutionnaire institutionnel (membre, au demeurant, de l’Internationale socialiste...).


Pour la petite histoire, l’un des premiers articles consacrés à la démythification de la république mexicaine, et montrant sa nature profondément corrompue, parut en 1952 sous la plume d’un certain Jacques Séverin. Ce papier dévastateur - intitulé ironiquement " Démocratie mexicaine " - qui, aux dires du poète et diplomate Octavio Paz, constitua une sorte d’électro-choc mental chez plusieurs de ses compatriotes, était signé d’un pseudonyme... puisque son auteur n’était autre qu’un jeune professeur de philosophie en poste à Mexico : Jean-François Ricard, le futur Jean-François Revel. Vu la culture violente régnant dans ce pays, serait-il revenu indemne en France s’il avait signé de son identité civile ?


De même, en pays totalitaire, signer de son vrai nom un article contre le Parti revenait en réalité à résilier son acte de naissance. Nous n’en sommes peut-être pas encore là. Cependant, le pouvoir de nuisance des particrates n’en demeure pas moins immense, sinon absolu.


Au demeurant, ceux-ci tolèrent, voire encouragent l’anonymat le plus complet quand cela arrange leurs affaires : ainsi pour les dénonciations au fisc, mais surtout pour l’un des fondements officiels du système politique. Je veux parler du bulletin secret. Cet anonymat collectif, en plus de laisser croire que les mandataires émanent de la Nation - comme si cette dernière était une personne - permet d’ôter toute responsabilité aux électeurs - responsabilité déjà mise à mal par l’obligation de voter, caractéristique belge partagée en Europe par la Grèce, le Liechtenstein et le Luxembourg. De même, lorsque l’on dit que le Roi promulgue telle loi, c’est évidemment faux ; ce sont les chefs de parti de la majorité qui se sont mis d’accord sur tel texte après maint marchandage.


Entre celui qui opte pour un pseudonyme afin d’être à l’abri d’intimidations diverses, et ceux qui se cachent derrière un scrutin secret pour imposer leurs caprices au reste de la société, laquelle devra accepter de se faire rançonner pour financer ces mesures irresponsables, le lecteur honnête saura en conscience quelle est l’attitude la moins lâche.


15.9.06

Episode révélateur à Auderghem

Suite aux révélations de la Tribune de Bruxelles, Thierry s'intéresse à un personnage qu'il connait bien. Je serais curieux de savoir ce qu'en pensent ces Auderghemois si heureux de la gestion de leur commune...

Mise à jour (merci à RH): Henri Horny dénonce un complot. Le problème, ce n'est pas qu'il s'arroge des avantages auxquels il n'a pas droit, non, le problème, c'est que la Tribune de Bruxelles dénonce ces pratiques. On reconnait là une logique qui fait fureur en Walbanie.

Un autre point intéressant est qu'Horny ne peut concevoir qu'on puisse être authentiquement dégoûté par ses pratiques; il ne parvient à comprendre ce petit incident de parcours que comme un complot que le Grand Satan ourdit contre sa modeste personne. Habitants du Charleroi amarante, vous voyez qui vous gouverne. Ne venez pas vous plaindre après que vous n'étiez pas au courant.


14.9.06

Une pépite de bon sens où on ne l'attendait pas


13.9.06

Un peu de généalogie politique

Il y a quelques jours, je m’étais interrogé sur les raisons pour lesquelles le libéralisme du XVIIIe siècle avait engendré le socialisme. J’y reviendrai brièvement dans ce présent billet.


Dans le fond, la filiation libéralisme-socialisme découle de certains réflexes matérialistes révolutionnaires. La question de la propriété en est l'illustration. Que les révolutionnaires la rejetassent ou l'encenssassent, ces sentiments ambivalents constituaient au final les deux faces d'une même médaille, car ils en restaient à l'aspect économique, matérialiste, de la question, et non à l'aspect véritablement juridique. Je m'explique pour éviter tout malentendu sur le sens de mon propos.


D'après nombre de révolutionnaires, pour être libre (et, partant, citoyen), il fallait être propriétaire - les domestiques et gens de maison étaient, par exemple, exclus du registre politique. En d'autres termes, la liberté était - selon eux - fonction de la situation économique des individus. Cela contredit, au demeurant, le caractère jusnaturaliste des déclarations de 89 et suivantes. Entre parenthèses, les sans-culottes ne refusaient pas la propriété comme telle, mais en voulaient le partage - de même, aucun socialiste postérieur ne croira sérieusement à la suppression de la propriété, il s'agira toujours pour cette doctrine de réfléchir à qui sera propriétaire : la nation, les classes, l’État-Parti, etc. ? Cette approche doit être mise en parallèle avec la question démocratique de "qui gouverne". Au faîte de la dictature jacobine, Robespierre concevait, de son côté, une sorte de démocratie de petits propriétaires qu'il distinguait de la chimère (selon ses propres paroles en avril 1793) de l'égalité des biens (est-ce tellement éloigné de la pensée d'un Guizot qui, sous la monarchie de Juillet, souhaitait voir surgir un gouvernement des classes moyennes et en faire une conquête historique ?). Cette conception traversera tout le XIXe siècle... et aboutira à la théorie socialiste selon laquelle seuls les "possédants" sont réellement libres, quoi que promeuvent les "libertés formelles".


Dès lors, à trop s'attarder sur une supposée égalité propriété-liberté, les libéraux pré- et post-révolutionnaires ont facilité l'essor de la conception socialiste. Prétendre que seul est libre le propriétaire signifie que celui qui ne jouit pas de cette fonction économique est un esclave ou un serf. Il aurait fallu, au contraire, insister sur le droit de propriété plus que sur la propriété comme telle. Sur ce point-là, la politique révolutionnaire et libérale fut donc on ne peut plus concrète et refusa l'abstraction juridique, hélas !


Il aurait donc été bien moins funeste de rappeler que tout le monde n'est pas propriétaire et n'a pas nécessairement vocation à le devenir, mais que cela n'empêche évidemment pas que les individus soient naturellement investis de droits antérieurs à toute législation et à toute considération matérialiste. Or, en ne suivant pas cette dernière direction, la question de la propriété est devenue un instrument politique de répartition des biens, faisant et défaisant les citoyens selon le gré du "Peuple souverain".


Vu que les droits politiques sont devenus la pierre d’angle de la société - par la voie de la "souveraineté populaire" -, il en a été déduit dans la pratique que ceux qui n’ont pas voix au chapitre démocratique n’ont pas de droits. Quand ces individus se situent du bon côté de l’idéologie progressiste, elle se fera démagogiquement leur porte-voix, réclamant en leur nom de nouvelles garanties (les fameux "droits sociaux") ; mais lorsqu’il s’agit d’êtres dont l’existence est perçue comme un péril pour ladite idéologie, celle-ci s’efforcera de leur refuser toute qualité de sujets de droit. Vous trouverez matière à réflexion dans cet ancien billet.


Enfin, cet aspect du problème jette également quelque lumière sur certaines interprétations libertariennes du droit, établies sur un propriétarisme absolu... contre toute tradition juridique.


11.9.06

droit à la marque contre droit de propriété

Article 13A9 de la Loi Uniforme Benelux sur les Marques:


Le droit exclusif n'implique pas le droit de s'opposer à l'usage de la marque pour des produits qui ont été mis dans le commerce dans la Communauté économique européenne sous cette marque par le titulaire ou avec son consentement, à moins que des motifs légitimes ne justifient que le titulaire s'oppose à la commercialisation ultérieure des produits, notamment lorsque l'état des produits est modifié ou altéré après leur mise dans le commerce.


Cette règle consacre ce qu'on appelle l' "épuisement communautaire" et si j'ai cité la LUBM applicable en Belgique, des dispositions semblables existent dans tous les pays européens. Elle signifie tout simplement que lorsqu'un bien a été mis dans le commerce légalement, le titulaire de la marque apposée sur ce bien ne peut invoquer le droit à la marque pour s'opposer à sa revente.

C'est donc totalement à tort que Dsquared empêche Gaël de revendre des biens qu'il a légalement acquis; la complicité d'eBay dans ce qu'il faut bien appeler une voie de fait est particulièrement repoussante.

Si le droit à la marque est le seul droit intellectuel qui ne soit pas contestable d'un point de vue libéral, on constate qu'il peut cependant donner lieu à bien des abus et que son implémentation n'est pas au-dessus de toute critique.

Remarquons par exemple que Gaël ne pourrait revendre ses vêtements en dehors de l'UE qu'à condition que le pays de l'acheteur pratique l'épuisement universel, c'est-à-dire ne limite pas le principe de l'épuisement à l'intérieur d'une quelconque frontière, comme le faisait par exemple la Belgique avant que l'Europe n'introduise l'épuisement communautaire (merci la France !)

L'épuisement communautaire empêche par ailleurs l'importation parallèle depuis des pays extérieurs à l'Union. Concrètement, si vous achetez hors de l'UE un bien quelconque sur lequel est apposé une marque déposée en Europe, en franchissant la frontière de l'UE sans la permission expresse du titulaire, il devient comme par enchantement une contrefaçon et peut être confisqué (sans même parler des dommages-intérêts, sanctions pénales, etc). Merveilleux, non ?

On voit que la soi-disant "propriété intellectuelle" fait souvent mauvais ménage avec la propriété "tout court" et avec le libre-échange. Cela devrait inspirer à certains libéraux plus de méfiance à son égard.

PS : la lecture de l'article lié dans le titre est indispensable à la compréhension du billet.


Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre

Lorsque je songe aux petites passions des hommes de nos jours, à la mollesse de leurs moeurs, à l'étendue de leurs lumières, à la pureté de leur religion, à la douceur de leur morale, à leurs habitudes laborieuses et rangées, à la retenue qu'ils conservent presque tous dans le vice comme dans la vertu, je ne crains pas qu'ils rencontrent dans leurs chefs des tyrans, mais plutôt des tuteurs. Je pense donc que l'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l'image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l'idée que je m'en forme et la renferme; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tacher de la définir, puisque je ne peux la nommer.
Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.
Au-dessus de ceux-la s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?
C'est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l'emploi du libre arbitre; qu'il renferme l'action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu a peu chaque citoyen jusqu'à l'usage de lui-même. L'égalité a préparé les hommes à toutes ces choses: elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.
Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l'avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d'un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d'agir, mais il s'oppose sans cesse à ce qu'on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation a n'être plus qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.
J'ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu'on ne l'imagine avec quelques unes des formes extérieures de la liberté, et qu'il ne lui serait pas impossible de s'établir a l'ombre même de la souveraineté du peuple.
Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies: ils sentent le besoin d'être conduits et l'envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l'un ni l'autre de ces instincts contraires, ils s'efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont eux mêmes choisi leurs tuteurs. Chaque individu souffre qu'on l'attache, parce qu'il voit que ce n'est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne.
Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent.
II y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point. La nature du maître m'importe bien moins que l'obéissance.
Je ne nierai pas cependant qu'une constitution semblable ne soit infiniment préférable à celle qui, après avoir concentre tous les pouvoirs, les déposerait dans les mains d'un homme ou d'un corps irresponsable. De toutes les différentes formes que le despotisme démocratique pourrait prendre, celle-ci serait assurément la pire.
Lorsque le souverain est électif ou surveillé de près par une législature réellement élective et indépendante, l'oppression qu'il fait subir aux individus est quelquefois plus grande; mais elle est toujours moins dégradante parce que chaque citoyen, alors qu'on le gêne et qu'on le réduit à l'impuissance, peut encore se figurer qu'en obéissant il ne se soumet qu'à lui-même, et que c'est à l'une de ses volontés qu'il sacrifie toutes les autres.
Je comprends également que, quand le souverain représente la nation et dépend d'elle, les forces et les droits qu'on enlève à chaque citoyen ne servent pas seulement au chef de l'Etat, mais profitent à l'Etat lui même, et que les particuliers retirent quelque fruit du sacrifice qu'ils ont fait au public de leur indépendance.
Créer une représentation nationale dans un pays très centralisé, c'est donc diminuer le mal que l'extrême centralisation peut produire, mais ce n'est pas le détruire.
Je vois bien que, de cette manière, on conserve l'intervention individuelle dans les plus importantes affaires; mais on ne la supprime pas moins dans les petites et les particulières. L'on oublie que c'est surtout dans le détail qu'il est dangereux d'asservir les hommes. Je serais, pour ma part, porté à croire la liberté moins nécessaire dans les grandes choses que dans les moindres, si je pensais qu'on put jamais être assuré de l'une sans posséder l'autre.
La sujétion dans les petites affaires se manifeste tous les jours et se fait sentir indistinctement à tous les citoyens. Elle ne les désespère point; mais elle les contrarie sans cesse et elle les porte à renoncer à l'usage de leur volonté. Elle éteint peu à peu leur esprit et énerve leur âme, tandis que l'obéissance, qui n'est due que dans un petit nombre de circonstances très graves, mais très rares, ne montre la servitude que de loin en loin et ne la fait peser que sur certains hommes. En vain chargerez-vous ces mêmes citoyens, que vous avez rendus si dépendants du pouvoir central, de choisir de temps à autre les représentants de ce pouvoir; cet usage si important, mais si court et si rare, de leur libre arbitre, n'empêchera pas qu'ils ne perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d'agir par eux-mêmes, et qu'ils ne tombent ainsi graduellement au-dessous du niveau de l'humanité.
J'ajoute qu'ils deviendront bientôt incapables d'exercer le grand et unique privilège qui leur reste. Les peuples démocratiques qui ont introduit la liberté dans la sphère politique, en même temps qu'ils accroissaient le despotisme dans la sphère administrative, ont été conduits à des singularités bien étranges. Faut-il mener les petites affaires où le simple bon sens peut suffire, ils estiment que les citoyens en sont incapables; s'agit-il du gouvernement de tout l'Etat, ils confient à ces citoyens d'immenses prérogatives; ils en font alternativement les jouets du souverain et ses maîtres, plus que des rois et moins que des hommes. Après avoir épuisé tous les différents systèmes d'élection, sans en trouver un qui leur convienne, ils s'étonnent et cherchent encore; comme si le mal qu'ils remarquent ne tenait pas a la constitution du pays bien plus qu'a celle du corps électoral.
Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l'habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire; et l'on ne fera point croire qu'un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d'un peuple de serviteurs.
Une constitution qui serait républicaine par la tête, et ultra-monarchique dans toutes les autres parties, m'a toujours semblé un monstre éphémère. Les vices des gouvernants et l'imbécillité des gouvernés ne tarderaient pas à en amener la ruine; et le peuple, fatigué de ses représentants et de lui-même, créerait des institutions plus libres, ou retournerait bientôt s'étendre aux pieds d'un seul maître.


Alexis de Tocqueville, "De la démocratie en Amérique", 1840


8.9.06

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Le projet des Lumières, puis des libéraux du XIXe siècle, fut de refonder la société à partir de préceptes rationalistes. Si les idées étatistes et socialistes ont fini par l’emporter, espérons-le provisoirement, ne faut-il pas en chercher l’origine dans cette volonté de tabula rasa ? La Révolution française, dont les intentions proclamées se voulaient libérales, mais qui fut en réalité le premier régime totalitaire moderne, reflète évidemment cette ambivalence.


Voici plus de cent ans, un auteur quelque peu tombé dans l’oubli, Anatole Leroy-Beaulieu (1842-1912), sentit en quoi l’héritage démocratique du libéralisme classique avait enfanté le socialisme et son cortège de prévarications, spoliations, arbitraire politique, etc. Voici un extrait de La Révolution et le libéralisme (1890) :


"Avec l’extension du suffrage et l’envahissement de la scène politique par la démocratie, l’Europe est menacée de voir se renouveler la plupart des abus que le libéralisme se flattait d’avoir supprimés à jamais. On risque de voir renaître, sous le manteau de la démocratie et le couvert de la liberté les pires défauts de l’ancien régime, le favoritisme, le népotisme, la vénalité, l’agiotage, la mendicité officielle, le pillage de la fortune publique, le trafic des places et des faveurs, en un mot, tout l’écœurant cortège des monarchies absolues. La grande différence, c’est que, au lieu de nourrir les aristocraties d’antichambre et les gens de cour, les abus repaissent des appétits plébéiens et engraissent les courtisans du peuple.
(...)
Parmi tous les rois fainéants et les princes de triste mémoire dont l’histoire est remplie, il serait difficile d’en trouver de moins clairvoyants et, en même temps, de plus infatués, — de plus capricieux et de plus entêtés, tour à tour, que ces souverains à millions de têtes auxquels la civilisation démocratique tend à remettre le pouvoir. Incapables de gouverner par eux-mêmes, ils ressemblent à ces princes de quinze ans officiellement proclamés majeurs. Incompétents pour toutes les affaires, sachant rarement distinguer leurs vrais serviteurs, ils sont exposés à devenir la proie des charlatans beaux parleurs. C’est ainsi que, chez les peuples en apparence les plus éclairés, le suffrage, universel ou censitaire, aboutit parfois au scandale de choix navrants ou grotesques ; c’est ainsi qu’une capitale comme Paris met au monde un conseil municipal comme le sien, où l’on ne rencontre peut-être pas un des noms qui font honneur à la France. Après de pareils exemples, il y aurait de l’ironie à dire qu’élection est synonyme de sélection."

Sa réflexion sur la décentralisation - grand thème libéral toujours en vigueur - me semble également fort lucide :


"Les deux forces opposées en lutte dans la démocratie, la tendance centraliste et la tendance autonomiste, sont donc loin d’être aussi divergentes qu’elles semblent l’être au premier abord. Elles diffèrent moins par le but que par les voies et moyens. Toutes deux en somme tendent, presque également, à l’accroissement de la puissance publique, à la restriction des droits individuels, par suite, à la diminution des libertés effectives. Despotisme de l’État, unitaire ou fédéral, nation ou commune tel est l’écueil sur lequel l’un et l’autre de ces courants, en apparence contraires, poussent, sous nos yeux, les peuples modernes. La liberté est en danger d’un côté comme de l’autre. Les deux penchants qui se disputent, en son nom, la démocratie ne peuvent la servir qu’en se combattant et se faisant contrepoids."

Et comment ne pas approuver ces lignes consacrées à une certaine tradition laïciste libérale, qui a conféré à l’organisation étatique une puissance absolue jusque là inégalée ?


"La sécularisation ou mieux la laïcisation, telle que la comprennent ou la pratiquent certains partis, ne tend à rien moins qu’à étouffer sourdement la religion en l’enfermant dans un cercle de plus en plus étroit, en lui interdisant tout mouvement, en lui retranchant les aliments qui la sustentent, en bouchant toutes les ouvertures par où elle peut respirer. Laïcisation finit par devenir synonyme de déchristianisation. Aux anciennes religions d’État menace de succéder l’irréligion d’État. Sans aller jusqu’à de pareilles extrémités, et, tout en les réprouvant avec une indignation sincère, le libéralisme, emporté par l’ardeur de la lutte contre les résistances du passé, en vient parfois, pour briser ces résistances, à s’en prendre à leur principe, aux clergés, aux Églises, à l’esprit religieux même, au risque d’aller à l’encontre de ses maximes les plus chères. On en arrive à se montrer intolérant au nom de la tolérance. On voit des libéraux mettre de côté la liberté 'pour la mieux sauver' et ce qu’on s’est permis aux heures de péril, dans l’inévitable entraînement de la bataille, on le maintient ensuite dans un intérêt de parti et de domination."

En somme, le libéralisme du XIXe siècle en se voulant apologie de la souveraineté populaire - et donc en confondant liberté et pouvoir - a accompli ce programme au prix de la véritable liberté.


De balk in het eigen oog

Yves Leterme, Ministre-Président de la Région Flamande a franchi récemment les limites du débat civilisé en déclarant à "Libération" que les francophones de la périphérie sont "ne sont pas en état intellectuel d'apprendre le néerlandais". Il faut en réalité entendre par là qu'ils ne se laissent pas assimiler, ce qui est au demeurant parfaitement compréhensible puisqu'ils sont largement majoritaires autour de Bruxelles. On n'a pas l'habitude de voir un homme d'état s'exprimer en des termes racistes au sujet d'un groupe de personnes soumises à son autorité - car nous parlons ici de personnes qui vivent en Région Flamande - du moins en Europe occidentale. Imagine-t-on par exemple Jacques Chirac se plaindre du niveau intellectuel insuffisant des Bretons ?

La majeure partie des commentateurs flamands estime qu'il n'y a pas là de quoi fouetter un chat, puisque la majorité des Flamands n'y verrait pas malice.

Pour ma part, ça me semble surtout démontrer que la majorité des Flamands a un grave problème qui mérite bien plus les attentions d'Yves Leterme que les malheureux francophones de la périphérie. Je me contenterai de relever trois incidents relatés dans la presse cette semaine : l'arrestation de militaires flamands néo-nazis suspectés de préparer des attentats, l'ordre illégal du bourgmestre de Beveren aux écoles primaires de son bled de ne pas inscrire des enfants tsiganes, et de manière plus anecdotique, la parution la semaine dernière dans Brussel Deze Week d'une petite annonce proposant l'achat d'un appartement dans un immeuble malinois décrit comme "vreemdelingenvrij", c'est-à-dire "sans étrangers". Ca se passe de commentaires.

Il est grand temps qu'Yves Leterme balaye devant sa porte, et s'il pouvait également s'interroger sur le lien entre ces incidents et le nationalisme mono-ethnique et mono-culturel qu'il defend, mon bonheur serait complet.


7.9.06

franchise socialiste 2

Rachid Madrane avait en son temps "commenté" la mort de Joe Van Holsbeeck de la manière suivante:

Ce tragique évenement est également pour moi l'illustration du paradoxe libéral. Dans une société où "paraitre" et "avoir" sont devenus les maîtres mots, dans une société de marques et de l'argent roi, les valeurs de respect et d'épanouissement personnel apparaissent futiles et ringardes. A nous aujourd'hui à réapprendre à une partie de notre jeunesse à conjuguer le verbe "être" (bien dans sa peau) ... plutôt que les verbes "avoir" (du pognon plein les poches) et "amasser" (un max de blé)!

Je présume que s'il détourne aujourd'hui l'argent du contribuable, c'est dans le but de réapprendre à une partie de notre jeunesse à conjuguer le verbe "foutre", comme dans "s'en foutre plein les poches". Quoi de plus normal pour un foutriquet ?


Solidarité gouvernementeuse

Tout récemment, j’avais publié un billet consacré aux failles du constitutionnalisme, qui démontrait l’écart croissant entre les règles publiques et le fonctionnement réel de la machine étatique. L’affaire Destexhe dont il a déjà été question sur CPS ici et ici nous en offre une nouvelle illustration.


En effet, voilà qu’on lui reproche de ne pas respecter les règles du jeu, en l’occurrence de manquer à son "devoir de loyauté gouvernementale". Si l’on jette un coup d’œil sur la Constitution, on constate que le terme de "loyauté" n’est employé qu’une seule fois, et dans un contexte très précis :


"Art. 143
§ 1er. Dans l'exercice de leurs compétences respectives, l'État fédéral, les communautés, les régions et la Commission communautaire commune agissent dans le respect de la loyauté fédérale, en vue d'éviter des conflits d'intérêts
."

En clair, il s’agit aux différents niveaux de pouvoirs de ne pas se tirer dans les pattes - règle dont chaque citoyen belge sait à quel point elle est unanimement respectée...


Quant à la variante "solidarité gouvernementale", elle ne figure nullement dans la Loi fondamentale, mais n’est qu’un modus vivendi en usage entre les ministres formant la coalition.


Aucun texte n’oblige donc un parlementaire à s’incliner devant les décisions et actes d’un ministre, qu’il appartienne ou non au même parti. En revanche, un président de parti, ce qu’est en l’occurrence Didier Reynders, n’a aucun droit à s’ingérer dans le travail d’un sénateur, fût-il de la même famille politique que lui - et à plus forte raison quand la question le concerne directement, puisque Reynders a sous sa garde la Régie des bâtiments. C’est encore plus vrai d’un président de parti adverse (mais partenaire dans la majorité...), en l’espèce : le socialiste Di Rupo, qui veut, depuis longtemps, voir rouler la tête de Destexhe dans le panier pour la montrer au "bon" peuple de gauche.


Rappelons, de surcroît, que les partis n’ont aucun pouvoir reconnu par la Constitution. Alors, qui a enfreint allègrement les règles du jeu ? Destexhe, qui a rempli son travail de sénateur en contrôlant le gouvernement ; ou les chefs de factions, qui veulent l’éjecter en faisant fi de la séparation des pouvoirs ? Certes, celle-ci ne figure pas nommément dans les textes, mais elle fait corps avec l’idée de démocratie tant louée en paroles. Surtout, il est significatif que ce principe implicite soit constamment violé, tandis qu’une modalité circonstancielle comme la "solidarité gouvernementale" est invoquée avec fermeté, de surcroît hors de propos.


6.9.06

Derrière les mots : les maux socialistes

On ne répétera jamais assez combien le PS est passé maître dans la réinsertion des repris de justice : Merry Hermanus en est l’exemple frappant. L’une des vedettes du feuilleton Agusta - déjà bien implanté dans la région bruxelloise - compte donc redevenir le char Dassault des socialistes à Jette en poussant la liste rouge, tandis que sa femme Mireille Francq - par ailleurs présidente du CPAS de Jette - tire la liste. Les élections sont aussi une affaire de famille dans le Belgenland.


De façon caricaturale, le couple Hermanus a constitué une liste typiquement clientéliste : employés communaux, fonctionnaires régionaux, agents d’entreprises publiques et d’organismes d’ "intérêt public", enseignants, etc. En tout et pour tout, sur la brochure électorale qu’une main amicale m’a transmise, j’ai compté seulement deux candidats sur trente-cinq qui semblaient vivre indépendamment des deniers publics. Bref, la réalité dépasse encore une fois la fiction.


Quant au programme, il vaut de l’or en barre. Les socialistes tablent sur l’ignorance des gens en faisant croire que "l’ultralibéralisme menace nos pensions". Outre que je ne vois pas en quoi la question des retraites représenterait un enjeu communal, il est particulièrement croustillant de lire que ce serait la liberté qui constituerait un danger pour les retraites... alors que c’est l’actuel système 100% socialiste de collectivisation des pensions qui les détruit petit à petit.


Evidemment, comme Jette n’est pas uniquement peuplée de syndicalistes FGTB ou de membres de l’amicale "Emile Vandervelde", la liste Hermanus veut aussi séduire les classes moyennes habitant la commune. C’est ainsi que la brochure nous apprend que "voter socialiste à Jette, c’est défendre (...) une société qui permet la liberté économique, la liberté religieuse, la liberté politique (...)".


Par liberté économique, le PS entend en l’occurrence la création d’un centre d’entreprises (spécialité hermanusienne, puisque l’ancien porteur de valises conseille le gouvernement régional à ce sujet, tout en présidant un tel centre à Molenbeek, sans craindre le conflit d’intérêts évidemment...) ainsi que d’une Mission locale pour l’emploi.


Pour la liberté religieuse, quiconque connaissant la philosophie matérialiste PS doit y voir une formulation supplémentaire digne de l’AngSoc orwellien. Quant à la liberté politique, elle risque là encore d’être sérieusement compromise, vu que cette liste envisage d’introduire des cours de citoyenneté dans les écoles pour y promouvoir les valeurs démocratiques-et-solidaires afin, nous explique-t-on, de "préparer les enfants au mieux à la vie d’adulte", i. e. de voter socialiste. Au demeurant, le site internet nous livre de plus amples informations à ce sujet, puisque ces cours de citoyenneté sont prévus pour être donnés dans les écoles tout réseau confondu. Cette indication ne figure pas dans la rubrique "enseignement " - qui évoque uniquement les écoles communales - mais seulement dans la rubrique "égalité des chances – intégration – cohabitation – citoyenneté". Le contribuable, quelles que soient ses convictions, devra donc payer pour que ses enfants subissent à contre-cœur un catéchisme socialiste. Et les parents envoyant leurs gosses dans le réseau libre, qui, via leurs impôts, financent par ailleurs l’enseignement officiel, devront donc eux aussi endurer cette entreprise de subversion dans les établissements (de moins en moins) "libres".


Fidèles aux mauvaises habitudes, le couple Hermanus et ses acolytes veulent également agrandir le parc immobilier public, en clair : construire plus de logements sociaux pour y caser des électeurs qui, ensuite, auront juste le droit de la boucler - comme en d’autres terres socialistes. Toujours au chapitre du logement, les rouges nous parlent d’une prochaine extension du logement moyen. Or qui se charge de cette mission à Bruxelles ? La SDRB (Société de développement pour la Région de Bruxelles-Capitale). Et qui fait partie des fonctionnaires dirigeants de cet organisme d’intérêt politique, euh public ? Réponse : Mme Hermanus ! Pour le plaisir de l’anecdote, je rappelle que cette même société fut dirigée par son mari entre 1989 et 1996.


Une perle que je tiens à faire connaître au lecteur : concernant les travaux publics, la brochure électorale indique que les socialistes souhaitent "un urbanisme accessible à tous"... mais rejettent en même temps "catégoriquement un urbanisme au service d’une idéologie. (Car) l’urbanisme doit refléter la volonté de tous". Le rousseauisme urbanistique n’est donc pas une idéologie, tenez-le vous pour dit !


Bien entendu, tous ces travaux coûteront de l’argent, et le contribuable devra donc cracher au bassinet. Pourtant, le PS jure ses grands dieux (Marx, Engels, Moureaux...) qu’il préconisera un "stop fiscal"... Cela ressemble fort à une promesses d’alcoolique : "demain j’arrête, mais remets m’en un dernier pour la route".


Comme je ne veux pas donner l’impression d’être totalement négatif, je saluerai une note d’humour (involontaire, sans doute) : la dernière page de la brochure s’orne d’un magnifique slogan "transparence de la vie politique". Je gage que ce modeste billet y aura quelque peu contribué.


Service commandé

Le journaliste Fabrice Grosfilley publie sur son blog un intéressant billet au sujet d'Alain Destexhe, le moins pire des politiciens francophones de ce pays.

On sait que le Grand Timonnier du MR a tancé publiquement Alain Destexhe pour avoir osé critiquer une ministre socialiste suite au cambriolage de la cellule des service secrets belges censée centraliser la lutte anti-terroriste. D'après Grosfilley, ce "vulgaire cambriolage de second rang" "ne mérite pas une affaire d'état". Chacun jugera. Je ne crois pas trop m'avancer en prédisant qu'il se trouvera un nombre importants de citoyens - vous savez, ces petites bêtes qui paient les taxes qui font tourner tout le bazar ? - qui ne partageront pas la désinvolture de Grosfilley.

Mais le meilleur est à venir: Destexhe est, à l'instar de l'ex-élu écolo Decroly, un "trublion", à qui Grosfilley reproche, en deux mots comme en cent, de ne pas obéir au doigt et à l'oeil au parti dont il est membre et même, horresco referens, de faire preuve de plus d'indépendance que ce que la rue de Naples est prête à lui concéder.

Qu'est-ce que cela signifie ? Grosfilley reproche en réalité à Destexhe d'avoir eu l'outrecuidance de faire ce pour quoi nous l'avons élu : contrôler la politique du gouvernement depuis l'assemblée où il siège plutôt que d'obéir à des gens à qui, aux dernières nouvelles, nous n'avons pas concédé le droit de museler nos représentants. Grosfilley a raison de rappeler le passé d'Ecolo, mais il se trompe d'incident. Celui auquel moi je pense, c'est la manière dont les journaleux ont assassiné les petits hommes verts lors de l'affaire Francorchamps, où ils ont été les seuls à jouer leur rôle en refusant la démagogie facile et en attirant l'attention sur la manière dont le contribuable allait se faire plumer. La campagne de presse orchestrée dont ils ont été victimes leur a finalement valu une défaite électorale retentissante. A mon sens, la morale de l'histoire est claire: la presse belge francophone a beau n'avoir que le mot démocratie à la bouche, dans les faits, elle est devenue un outil qui sert à sa destruction, un instrument aux mains de l'oligarchie qui nous gouverne.


5.9.06

Les services secrets cambriolés

Encore une histoire bien belge ces derniers jours : les bureaux du GIA à Bruxelles ont été cambriolés. Quand jeparle du GIA, il ne s'agit bien sûr pas du Groupe Islamique Armé, mais d'une émanation des services secrets belges (si si, ça existe), le Groupe Interforces Antiterroriste. Fidèle à la tradition belgo-française de créer un quelconque "comité" ou "groupe de travail" dès qu'il faut "lutter" contre un "problème", notre gouvernement que le monde nous envie avait fait créer un machin censé centraliser les informations ultra-secrètes concernant les activités des personnes soupçonnées de faire partie de groupes terroristes. Mais n'avait apparemment pas jugé utile de sécuriser ou de faire surveiller ses bureaux.

Tout petit scandale a évidemment ses conséquences politiques, surtout en période pré-électorale. Voilà donc qu'Alain Destexhe, chevalier des causes perdues et asticoteur en chef du PS, profite de l'occasion pour étriller le ministère de la justice, dont dépend le nouveau bazar. Ca tombe bien, c'est une socialiste, et non des moindres, qui gère ce ministère. La brave Laurette, sur laquelle le sort semble s'acharner (et c'est tant mieux, j'aimerais bien être débarrassé de cette insupportable pimbêche), se serait bien passée de cette nouvelle attaque.

Apparemment, la dernière sortie d'Alain-la-menace n'est pas du goût de sa hiérarchie. Tout ça me laisse un goût de réchauffé dans la bouche. A l'inverse du ragoût de ma maman, le réchauffement du ragoût politique a tendance à produire un truc nettement plus fétide que l'original.


4.9.06

Le FDF, le PS du petit bourgeois ?

Le Soir publie aujourd'hui un reportage consacré aux malversations de l'homme fort du FDF d'Anderlecht, l'échevin Jean-Jacques Boelpaepe.

Les tribulations de ce personnage issu du PS illustrent bien la wallonisation de Bruxelles. Le FDF, parti également connu sous le doux surnom de "reliquat ridicule", doit ses bastions à un clientélisme qui n'a rien à envier à celui qui a cours à Liège ou à Charleroi.

Le mimétisme entre PS bruxellois et FDF est d'ailleurs assez étonnant : action politique réduite à la recherche de clientèles ethniques par la coöptation de personnages discutables, multiplication des ASBL ("associations-loi 1901", pour nos amis français) dévoreuses de fonds publics, cupidité dévorante d' "hommes forts" souvent barbus et/ou moustachus, bref, la panoplie totale de la démocrassie belge en action. Les mêmes causes aboutissant aux mêmes effets, ce sera finalement à la Despi, sur une affaire de notes de frais, que notre potentat de village chutera. J'épargne à nos lecteurs l'énumération des multiples avantages qu'il s'est indûment accordé: c'est d'une telle banalité que ça ne mérite que l'attention du Parquet.

Or, le vrai problème n'est pas tellement que des élus s'approprient des fonds publics à leur usage personnel. Ces incidents n'ont d'intérêt que parce qu'ils révèlent la grande rigueur morale de ceux-là même qui prétendent nous gouverner. Les malheureux 12.000 balles de leasing que paie tous les ans la commune d'Anderlecht pour que Boelpaepe puisse se pavaner dans une caisse de beauf pâlissent face aux montants qui sont dépensés au bénéfice du système politique en tant que tel. Ce genre d'affaires n'est, en d'autres termes, que la pointe d'un iceberg pour qui le réchauffement climatique est plus loin que jamais...

Mise à jour:

Voir également le billet de Prométhée.


Révolution permanente à Ixelles


Tout en finesse...



Un tract de la grande époque du PRL, parti "libéral" prédécesseur du MR. A noter que le MR est né de la fusion du PRL et du FDF, visé dans ce tract. C'est beau l'amour.

Via le toujours aussi indispensable Tractothèque.


3.9.06

Le Libéralisme Noureev

Technikart a publié un papier consacré à Alternative libérale (paru dans le numéro 105). La couverture, consacrée à la bisexualité inconsciente, me semble être une excellente métaphore des propos tenus par les quelques têtes pensantes du mouvement "libéral grand angle", étant donné l’absence totale de clarté idéologique qui s’y manifeste.


Cela commence déjà très fort. Alors que le bon Hayek s’est tué à répéter qu’accoler l’adjectif "social au substantif "justice" revenait à dénaturer le sens de cette dernière notion, les représentants d’AL se sentent obligés de chanter les louanges de la "justice sociââââle", à l’unisson avec Beigbeder Brother. Je serais hypocrite en confessant une quelconque surprise : dès la création d'AL, Fillias et Hérold avaient défendu une sornette que même le PCF n’oserait plus sortir : le revenu d’existence garanti. Welcome in the purple Matrix !


Quant à la question fiscale, les Shirley & Dino du "libéralisme grand angle" estimaient déjà naturel que l’impôt soit rentable (peut-être en privatisant le fisc ?) et que chacun témoigne de "son appartenance à la vie commune", i. e. de son allégeance à l’esclavage étatique, en payant des impôts. Position qui, à défaut de m’enthousiasmer, ne m’étonna guère, vu la couleur " libéralisme classique " du nouveau parti. Mais, à présent, "Mademoiselle Thatcher", revendiquant fièrement l’orientation humaniste d’AL, déclare de but en blanc qu’il n’est pas question de baisser les impôts. Voilà sans doute ce que l’on entend dans le monde des politocards par "maturité politique" : plus on a de chances de se faire tôt ou tard une place au soleil électoral, plus on se dit que ses concitoyens sont finalement de sales matérialistes casse-pieds, toujours à rouspéter contre l’Etat qui leur pique du fric.



Ensuite, une réponse a enfin été apportée à une question métaphysique que je me posais : pourquoi donc le violet fut-il choisi comme couleur emblématique ? Sabine avait-elle rencontré Edouard déguisé en Tinky-Winky lors d’un boudin-compote de l’UMP ? Non, la vérité est bien plus prosaïque, à en croire la réponse du responsable de la communication, David Poryngier : "On se sent plus proches de la Coalition violette (libéraux et socialistes - NDLR) en Belgique que des Libertarians américains (!!!). (Le violet) est le mélange du rouge de la gauche et du bleu de la droite." Sabine opine, ite missa est. Que l’animateur d’un site aussi puant que subversiv.com préfère d’autres idéologies politiques - dans son cas, aux tonalités plutôt rouge-brun remixées par Dantec - au libertarianisme, cela n’a rien de surprenant. Mais que le gouvernement le plus collectiviste de l’Histoire de Belgique, avec lequel le fidèle lecteur de CPS est désormais familiarisé, soit érigé en symbole libéral, voilà qui a de quoi nous convaincre du manque total de culture politique des dirigeants susnommés d’AL. Cela reste évidemment dans la grande lignée de la mémorable interview dans Reason au cours de laquelle Hérold avait qualifié Raffarin de "libertarian". On en rit encore dans la salle de rédaction du célèbre magazine.


Je n’ignorais évidemment pas que de nombreux libéraux français avaient tendance à croire l’herbe plus verte hors de leur prairie mitterrando-chiraquienne, mais ici cela dépasse l’entendement ! Bientôt, la Chine populaire passera aux yeux du couple médiatique pour un modèle de société libérale développée.


En conclusion, je laisserai le mot de la fin à un Fillias (que Technikart présente malicieusement comme une sorte de François Hollande alternatif) pour une fois bien inspiré : "Former un parti politique, c'est comme monter un groupe de rock. Il faut les bonnes personnes, sinon ça ne prend pas." J’appuie cette proposition, et j’ajoute : Aurel, reviens, ils sont devenus fous ! Le libéralisme grand angle oui ; le libéralisme grand écart non !


2.9.06

Home sweet home

Comme le relate cet article, la ministre Sabine Laruelle propose de permettre aux indépendants de protéger leur domicile en cas de faillite de leur activité professionnelle:

Au cabinet de Sabine Laruelle, on souligne que le texte en préparation laissera le choix aux indépendants. Ils auront la faculté de rendre leur domicile insaisissable mais pourront tout aussi bien continuer à l'utiliser comme gage d'un prêt. Et s'ils optent pour l'insaisissabilité, ils pourront toujours renoncer à cette protection ultérieurement. Concrètement, il faudra passer chez le notaire et remplir une demande d'insaisissabilité du domicile.

On comprend que le président du notariat belge approuve cette "bonne initiative". A noter bien sûr que:

Attention: le fisc et les assurances sociales garderont la possibilité de saisir le domicile en cas de défaut de paiement de l'impôt ou des cotisations sociales.

Le contraire eût été surprenant!


1.9.06

Mais où est Mao?

"En février 1948, le dirigeant communiste Klement Gottwald se mit au balcon d'un palais baroque de Prague pour haranguer les centaines de milliers de citoyens massés sur la place de la Vieille Ville. [...] Il neigeait, il faisait froid et Gottwald était nu-tête. Clementis, plein de sollicitude, a enlevé sa toque de fourrure et l'a posée sur la tête de Gottwald. La section de propagande a reproduit à des centaines de milliers d'exemplaires la photographie du balcon d'où Gottwald, coiffé d'une toque de fourrure et entouré de ses camarades, parle au peuple. [...] Quatre ans plus tard, Clementis fut accusé de trahison et pendu. La section de propagande le fit immédiatement disparaître de l'Histoire et, bien entendu, de toutes les photographies. Depuis, Gottwald est seul sur le balcon. Là où il y avait Clementis, il n'y a plus que le mur vide du palais. De Clementis, il n'est resté que la toque de fourrure sur la tête de Gottwald."

Milan Kundera, Livre du rire et de l'oubli.

Pardonnez-moi cette longue citation mais elle m'a semblé adéquate pour commencer ce billet. Les élèves chinois, lorsqu'ils ouvriront leurs manuels d'histoire cet automne, seront confrontés à un contenu bien différent de celui de l'an dernier. La raison? Le gouvernement chinois a entrepris une modernisation sans précédent des manuels scolaires consacrés à l'histoire de l'empire, comme le relate cet article du NY Times: Where’s Mao? Chinese Revise History Books

A première vue, on peut imaginer qu'une actualisation des contenus est la bienvenue, en ouvrant la porte à des termes comme croissance économique, innovation, commerce international, respect des cultures qui avaient du mal à trouver leur chemin au milieu de la propagande marxiste et de la construction d'une identité nationale forte.

Mais on déchante bien vite. D'abord en constatant que certains points sensibles sont abordés de la même manière que dans les anciens ouvrages:

The [...] textbook revisions do not address many domestic and foreign concerns about the biased way Chinese schools teach recent history. Like the old textbooks, for example, the new ones play down historic errors or atrocities like the Great Leap Forward, the Cultural Revolution and the army crackdown on peaceful pro-democracy demonstrators in 1989.

Ensuite en constatant que les experts que le gouvernement a dû mandater pour établir les nouveaux contenus s'en sont donnés à coeur joie: ils ont réduit à leur portion congrue les références à certains évènements pouvant de près ou de loin susciter la critique du pouvoir central, que ce soit dans une perspective historique ou plus actuelle:

Socialism has been reduced to a single, short chapter in the senior high school history course. Chinese Communism before the economic reform that began in 1979 is covered in a sentence. The text mentions Mao only once — in a chapter on etiquette.
[...] The new textbook leaves out some milestones of ancient history. Shanghai students will no longer learn that Qin Shihuang, who unified the country and became China’s first emperor, ordered a campaign to burn books and kill scholars, to wipe out intellectual resistance to his rule. The text bypasses well-known rebellions and coups that shook or toppled the Zhou, Sui, Tang and Ming dynasties.

Et tout cela dans un pays où la liberté d'expression demeure une formule creuse, comme en atteste le destin d'un journal coupable d'avoir publié un article critiquant ce révisionnisme scolaire:

Yuan Weishi, wrote an essay that criticized Chinese textbooks for whitewashing the savagery of the Boxer Rebellion [...] In response, the popular newspaper supplement Freezing Point, which carried his essay, was temporarily shut down and its editors were fired. When it reopened, Freezing Point ran an essay that rebuked Mr. Yuan, a warning that many historical topics remained too delicate to discuss in the popular media.

Dans sa lente et hypothétique marche vers l'avenir, la Chine développe une forme de capitalisme (c'est un autre débat), c'est certain. Mais elle continue de montrer le visage totalitaire d'un régime, qui, s'il renie une partie de son passé communiste, le fait pour renforcer son emprise sur sa population et en usant de méthodes qui ne trompent personne sur sa vraie nature.

"La lutte de l'homme contre le pouvoir est la lutte de la mémoire contre l'oubli."

Milan Kundera.


Franchise socialiste