31.7.06

Des élections truquées en perspective ?

Depuis quelques temps, les politiciens (wallons, mais aussi bruxellois) s’inquiétaient du manque d’intérêt exprimé par nombre d’étrangers au sujet des prochaines élections. La date limite d’inscription étant atteinte, qu’ont décidé les autorités de la Ville de Bruxelles ? Tout bonnement, d’ inscrire les personnes récalcitrantes en leur envoyant des formulaires par le truchement de diverses ASBL. Que cette tâche de recrutement électoral soit dévolue à un secteur aussi massivement politisé et subventiophage a de quoi laisser songeur...


De plus, l’information suivante donne pour le moins à réfléchir : "En principe, une vérification pour s'assurer que la personne qui s'est enrôlée est bien électrice a lieu, mais ce ne sera pas le cas vu le manque de temps." En clair, la loi électorale sera bafouée au nom de l’intérêt de caciques socialistes aux abois.


Que cette loi soit critiquable, j’en suis bien conscient. En effet, pourquoi faudrait-il habiter ici depuis cinq ans pour se prononcer sur la politique locale ou même nationale ? De même, pourquoi un étranger devrait-il prêter une sorte de serment d’allégeance à la social-démocratie belge (car que sont devenues les lois du peuple belge, sinon un corpus d’édits socialistes) ? Ces règles sont évidemment une manière de créer des citoyens de seconde zone tout en prétendant le contraire. Pour ma part, je pense d’ailleurs qu’un étranger qui bosse sans rien exiger de personne a plus le droit de voter qu’un chômeur de Mons ou des Marolles, qu’un indépendant "petit blanc" subventionné ou qu’un fonctionnaire encarté - trois catégories de Belges vivant de l’impôt.


Mais, en l’occurrence, la question n’est pas là. Des politiciens votent des lois et règlements, puis à la moindre difficulté s’arrangent pour les contourner, dans l’espoir de se voir reconduits dans leurs fonctions.
Les socialistes et leurs comparses sont bel et bien déliés des lois. Pour rappel : c’est le sens même du terme "absolutisme", devenu la loi fondamentale de notre royaume fritier.


PS : excellent billet de Climax sur le même sujet.

PPS : et Thierry dénonce à son tour cette manoeuvre illégale.

UPDATE : interrogé par Ludovic Delory sur Bel-RTL ce mercredi matin, Yvan Mayeur, entre autres président du CPAS de Bruxelles-Ville, dément l'information contenue dans la dépêche Belga (http://www.rtl.be/site/Index.aspx?PageID=1; cliquer sur "L'invité de 7h50"). Dont acte, et merci à Ludovic d'avoir posé la question.


30.7.06

Le musée des horreurs de la gauche, épisode 4

Henri De Man et la social-démocratie

En Belgique, comme dans les autres pays occidentaux, il est devenu coutumier de saluer la social-démocratie comme un effort de la gauche vers davantage de réalisme. J’ai déjà rappelé que cette doctrine politique comportait des germes totalitaires. Certes, à la différence des marxistes purs et durs, les sociaux-démocrates refusent la collectivisation des moyens de production. Mais ce qu’ils proposent ne vaut guère mieux : c’est le contrôle de l’économie, et donc des choix humains, par la puissance publique.


L’un des penseurs les plus influents à cet égard fut l’universitaire et homme politique belge Henri de Man. Cet intellectuel d’allure aristocratique se fit connaître par sa révision du marxisme en publiant en 1926 Au-delà du marxisme. Pour De Man, ce n’était pas l’appropriation collective des moyens de production que les socialistes devaient préparer, mais le contrôle de l’économie (ce que les économistes de cours appellent aujourd’hui "la régulation du marché"). L’un de ses plus fervents admirateurs fut Mussolini - qui reconnut dans le penseur belge un parent idéologique, également lecteur de Georges Sorel. C’est à cette fin qu’il fit adopter en décembre 1933 par le Parti ouvrier belge (POB, ancêtre des partis socialistes francophone et flamand), dont il était devenu le vice-président le célèbre Plan du Travail, dit "Plan De Man".

Que proposait ce plan (et non programme, De Man tenait à cette appellation quasi martiale) ? Premièrement, il préconisait le passage à un régime d’économie mixte, dans lequel plusieurs secteurs devraient échapper aux lois du marché (transports, banques, entreprises "stratégiques", etc.). Deuxièmement, l’Etat serait gouverné par deux pouvoirs exécutifs : le premier dévolu aux affaires politiques ; le second consacré à l’administration de l’économie (direction du secteur public et surveillance du secteur privé). Cette socialisation de l’économie devait être chapeautée par un Conseil économique, dont le rôle serait confié au Sénat. Il est intéressant de relever que De Man estimait, à cette époque, que ces mesures autoritaires et dirigistes permettraient d’échapper à la menace fasciste... Mais en quoi différaient-elles de l’économie administrée telle que la connaissait l’Italie et qu’Hitler commençait à appliquer en Allemagne ? Mystère.

Par ailleurs, ce régime d’économie mixte, nous le connaissons encore et toujours. Pour preuve le régime corporatiste, digne d’un régime fasciste pur jus, dans lequel nous vivons et qui eût sans doute convenu à De Man... encore que les socialistes ont cette sale habitude de ne jamais reconnaître les fruits dont ils sont les auteurs et d’en attribuer la paternité aux méchants "ultralibéraux". Du reste, la rhétorique demanienne a fait des petits, puisque c’est notamment le dirigeant socialiste qui a propulsé les vocables péjoratifs "hypercapitalisme", "injustices et excès du capitalisme financier", et tutti quanti, qui ont toujours cours tant au PS qu’à la rédaction du Monde diplomatique ou chez Attac.


Devenu ministre des Finances en 1936, De Man commença à mettre ses idées en application, en particulier le contrôle du crédit. Il développa, à l’instar de socialistes français comme Marcel Déat, l’idée d’un socialisme national et devant s’appuyer sur un pouvoir exécutif fort. Cette "troisième voie" (ni marxisme ni libéralisme) trouvait d’autant plus d’écho qu’une démocratie telle que les États-Unis commençait à la mettre en chantier, à l’initiative de Roosevelt.


Devenu président du POB en 1939, il continuera de défendre sa thèse d’une démocratie autoritaire et dirigiste.


Lorsque l’armée belge capitule le 28 mai 1940, le leader des socialistes ne se sent plus de joie : pour lui, c’en est fini de la "ploutocratie hypercapitaliste", l’heure est venue de voir triompher le socialisme ! En témoignent ces extraits du manifeste rédigé par De Man à destination de ses militants :


"(...) Le rôle d’un chef n’est pas de suivre ses troupes, mais de les précéder en leur montrant le chemin. Voici celui que je vous demande de suivre :
Restez fidèles aux intérêts qui vous ont été confiés, veillez au bien-être de vos membres, au fonctionnement de vos oeuvres, à l’exécution de vos mandats administratifs.
Soyez au premier rang de ceux qui luttent contre la misère et la démoralisation, pour la reprise du travail et le retour à la vie normale.
Mais ne croyez pas qu’il faille résister à l’occupant ; acceptez le fait de sa victoire et essayez plutôt d’en tirer les leçons pour en faire le point de départ d’un nouveau progrès social.
La guerre a amené la débâcle du régime parlementaire et de la ploutocratie capitaliste dans les soi-disant démocraties. Pour les classes laborieuses et pour le socialisme, cet effondrement d’un monde décrépit, loin d’être un désastre est une délivrance.
(...) Préparez-vous à entrer dans les cadres d’un mouvement de résurrection nationale qui englobera les forces vives de la nation, de sa jeunesse, de ses anciens combattants, dans un parti unique, celui du peuple belge uni par sa fidélité à son Roi et par sa volonté de réaliser la souveraineté du travail."


De Man avait évidemment reconnu des cousins germains dans les nationaux-socialistes, et c’est pourquoi cet appel à la collaboration est dépourvu de toute ambiguïté, contrairement à une certaine légende. Quelques semaines plus tard, dans la plus pure ligne fascisto-corporatiste, il créera l’Union des Travailleurs intellectuels et manuels. Du reste, si le chef socialiste s’est ensuite retiré de tout activisme politique, avant de quitter la Belgique, ce n’est pas parce qu’il fut pris de remords concernant son engagement pro-nazi, mais parce que l’occupant et des factions collabos concurrentes l’évincèrent.


Loin donc d’être accidentel, le parcours de De Man est représentatif du socialisme, en particulier de sa branche "troisième voie" (en permanence tenaillée par de vieux démons planistes)... celle là-même qui continue d’être en vigueur dans notre plat pays.


28.7.06

Le fait du Prince II

Après Thierry, Mateusz attire à son tour notre attention sur les expulsions décidées en "extrême urgence" (... appellation singulière, alors que la procédure est en cours depuis une dizaine d’années, comme le rappelle Mateusz) dans le quartier de la gare du Midi par le pouvoir régional bruxellois. Notons d’ailleurs que ses expropriations ont lieu à Saint-Gilles, commune dont le chef de l’exécutif régional, Charles Picqué, est le bourgmestre prétendument "empêché".


Sous prétexte qu'ils ont été élus démocratiquement, des politiciens décident un beau jour de chasser les propriétaires et locataires d'un quartier pour y accomplir leurs rêves de grandeur pharaonique. Voilà donc ce que l’on appelle communément "l’intérêt général" : imposer son diktat à des gens sans défense pour assouvir ses ambitions personnelles d’homme de pouvoir.


Ce n'est ni plus ni moins que la poursuite de l'absolutisme par d'autres moyens - bien plus efficaces, au demeurant, qu'à l'époque de Louis XIV (qui était, au final, moins puissant que l’Etat socialiste contemporain). En l'occurrence, les étatistes partent du présupposé que tout terrain appartient à la puissance publique et, ensuite seulement, aux propriétaires fonciers (doctrine du "domaine éminent", très prisée également aux USA) qui l'ont pourtant acquis dans les règles. En s’appuyant sur des lois de circonstances, le domaine public l’emporte dès lors sur la propriété privée, et les tenants du premier sont prêts à écraser quiconque leur résistera.


Suivant leur logique purement intéressée, les pouvoirs publics s'arrogent le droit absolu d'expulser des personnes (propriétaires et locataires) gênant leurs coûteux projets immobiliers. En revanche, un propriétaire authentique, en particulier lorsqu'il chasse un locataire indélicat ou qu’il exige des garanties locatives (motivées par l’insécurité juridique dans laquelle le plonge jour après jour la législation passée, présente et à venir), est d'emblée dénigré par eux comme un individu sordide et égoïste, un salaud de la pire espèce !


De surcroît, la réponse des pouvoirs publics est des plus hypocrites et se présente, en gros, comme suit : "Nous avons fait des offres intéressantes, mais il reste de méchants récalcitrants qui ne veulent pas céder leurs biens, alors que nous avons été bons princes en leur proposant des compensations. On se demande ce qu’il leur faut, ainsi qu’aux locataires - puisque nous avons relogé plusieurs d’entre eux grâce à nos services sociaux !" Imaginez qu’Al Capone - revenu d’entre les morts - sonne à votre porte et vous dise : "Ecoute, coco, tu as le choix : soit tu acceptes mon offre ; soit je te fais dégager par mes hommes de main, qui te relogeront où je l’aurai décidé". Difficile de concevoir cette menace comme une procédure honnête, n’est-ce pas. C’est d’ailleurs pour mieux imposer ce type de mesures autoritaires et coercitives que les politiciens et leurs idéologues-caniches passent le plus clair de leur temps à vociférer contre les "injustices du marché" et "les crimes du capitalisme". Quand on est au pouvoir et qu’on tient à conserver son emprise sur les citoyens, la meilleure défense, c’est l’attaque.


En bon français, cette campagne d’expropriations en chaîne s'appelle bel et bien du racket ou du vol - au choix. Bref, le socialisme en action.


Le fait du Prince

Le ministre de la Justice israélien a déclaré hier qu’en l’absence de condamnation de la communauté internationale, Israël estimait avoir reçu le feu vert pour poursuivre son offensive (un bilan - évidemment provisoire - de cette tragédie est disponible ici). Drôle de conception du droit, hélas représentative de son interprétation étatiste : faisant fi de principes supérieurs à la volonté humaine, il s’agit d’une conception où l’assentiment fait loi. C’est un peu comme si des vandales se sentaient autorisés à continuer de dévaster gaiement un quartier entier, au motif que personne dans les rues voisines n’a osé protester contre leurs méfaits. Autrement dit, vive l’arbitraire !


Ensuite, le ministre a poursuivi son plaidoyer pro domo en ajoutant que l’Etat d’Israël avait largement laissé le temps aux habitants du Sud-Liban d’évacuer les lieux que Tsahal s’apprêtait à pilonner. Grand seigneur, vraiment, monsieur est trop bon ! Les Libanais lui en seront éternellement reconnaissants, soyons-en sûrs. Il a conclu : "Tous ceux qui restent maintenant dans le Sud-Liban sont, d’une manière ou l’autre, en rapport avec le Hezbollah."


Bien entendu, il ne vient pas à l’esprit de cet individu qu’il y a des gens qui n’ont pas envie de quitter l’endroit où ils vivent et travaillent. C’est proprement inconcevable pour lui : "S’ils restent, c’est que ce sont des terroristes et des ennemis du monde libre, na !"


Ce genre de raisonnement est bien connu chez nous - et essaye de se forger une légitimité en invoquant le prétexte de la "guerre contre le terrorisme" : l’obligation de tous porter une carte d’identité électronique contenant toutes nos données personnelles (en France comme en Belgique), l’interdiction des titres au porteur, la "déclaration libératoire unique", la surveillance ces comptes bancaires, bientôt le cadastre des fortunes (invoqué également pour "sauver la Sécu"), etc. Toutes choses que le bon citoyen doit accepter avec le sourire et en se disant "c’est pour notre bien", sous peine d’être soupçonné de mal-pensance et de sympathies subversives. L’argument ultime de nos étatistes est le même que celui du ministre israélien de la Justice : "Les gens ont été prévenus ; ceux qui n’ont pas régularisé leur situation sont donc des hors-la-loi qu’il faut mettre hors d’état de nuire".


Dans sa nouvelles acception, la liberté est donc réduite à acquiescer aux ordres dictés par la puissance souveraine, qui détient le droit du plus fort. N’oublions jamais que les commandements étatiques instaurent généralement l’état de fait (en ordonnant de se résigner au fait accompli par le gouvernement), pas l’état de Droit.



27.7.06

Legibus solutus

Il y a un peu plus d’un an, deux policiers londoniens abattaient de sept balles dans le crâne un jeune électricien brésilien, Jean-Charles Menezes. Les officiers auteurs de la bavure expliquèrent alors qu’ils avaient appliqué la règle "shoot to kill" (utilisée en Irlande du Nord) parce qu’ils suspectaient que leur victime était un terroriste porteur de bombe. Le Crown Prosecution Service a rendu la semaine dernière son avis : les deux agents ne seront pas poursuivis pour cet homicide, mais... pour un manquement à des dispositions relatives à la santé et à la sécurité au travail ! The Economist rappelle que cette réglementation porte en principe sur les inspections d’hygiène dans les restaurants. La relation entre ce dispositif et la mort de Menezes semblant à tout le moins floue et ténue, autant dire que les policiers sont quasiment blanchis par cette décision surréaliste. La raison invoquée à cette indulgence est que les preuves étaient insuffisantes pour inculper les auteurs du meurtre.


De surcroît, le dossier ne sera pas rendu public avant un an, y compris pour la famille de la victime !


La légèreté de cet arrêt ne devrait pas laisser d’inquiéter, car il est pourtant clair que les officiers de police ont commis une faute gravissime en abattant cet innocent. Tout d’abord, qu’est-ce qui a justifié leur suspicion à l’encontre de Jean-Charles ? Sa hâte ? N’importe qui d’un peu pressé et craignant de louper sa rame de métro risque d’être une cible potentielle pour le police londonienne. Quel indice plus probant pouvait justifier sa soudaine qualité de "suspect" ? Car c’est sur un parfait inconnu que ces flics au "flair" mal inspiré ont tiré. Cela signifie que la catégorie de "suspect" ne remplit plus de critères objectifs, puisque sa définition est laissée au bon plaisir des hommes de l’État. En revanche, ces derniers échappent par avance à toute responsabilité : confirmation a été faite qu’ils sont au-dessus des lois. D’autant plus que la légalité du "shoot to kill" est égale à zéro : c’est typiquement la mesure d’exception rompant avec toute idée de présomption d’innocence.


Voilà le message que le CPS a adressé aux Britanniques : la Rule of Law est bel et bien morte pour votre sécurité, dormez en paix bonnes gens.



26.7.06

Vers un cadastre des fortunes

L’Etat belge disposera vraisemblablement en 2007 d’un inventaire des prix de l’immobilier. En d’autres termes, il se prépare à centraliser toutes les données patrimoniales de ses administrés. Contrairement aux dénégations la Documentation patrimoniale ("non, non, pas de Big Brother en perspective, rassure-toi bon peuple !"), il s’agit naturellement d’un pas supplémentaire en direction du cadastre des fortunes cher aux "forces de progrès".


Le simple fait que la Documentation patrimoniale constitue un département dépendant de l’administration des Finances devrait mettre la puce à l’oreille des propriétaires immobiliers. Ce projet de cadastre n’est pas un fantasme d’anarcap paranoïaque : il existe bel et bien, comme en témoigne cet inquiétant dossier documenté du magazine économique et financier Trends-Tendances.


La Belgique avait déjà basculé dans la social-démocratie, qui n’est jamais qu’un communisme "soft". Désormais, elle prend le cap du totalitarisme pur et dur "pour sauver la Sécu". Le tyran le plus absolu qui sommeille en chaque politicien est près de se réveiller... Espérons de notre côté que le réveil des citoyens, assoupis par les discours lénifiants et/ou les subventions, ne sera pas trop tardif. Qu’ils commencent déjà par refuser leurs votes aux partis au pouvoir : les socialistes corrompus et leurs fourbes laquais du MR. Quand on sait que le président de ce dernier est l’actuel ministre des Finances, on comprend qu’ils n’osent plus se nommer "libéraux". Je propose au MR de partager avec le PS l’appellation contrôlée "BelgSoc" - ça sonnera plus juste.





Encore de la politique de proximité !

Un ami m’a fait prendre connaissance du blog mirobolant de l’échevin MR ucclois de l’état civil, de la propreté et de l’embellissement des lieux publics ("décoration florale", précise-t-il) : Eric Sax. Si vous vous attendez à du débat d’idées, il vaut mieux passer votre chemin.


En effet, l’édile remplit son blog de considérations plus électoralistes les unes que les autres. Il semble, par exemple, avoir loupé sa vocation de jardinier lorsqu’il écrit :


"J'ai fait placer plus d'une centaine de bacs à fleurs sur notre commune et fais (sic) fleurir de nombreux petits espaces verts. Les trouvez vous à votre goût? Toutes vos propositions de nouveaux emplacements et vos conseils sont les bienvenus."

Et des (é)lecteurs de répondre avec enthousiasme à cet assaut de démagogie sirupeuse ! La politique-horticulture va certainement fleurir dans les prochaines semaines. Bien évidemment, personne ne se demande pourquoi c’est aux élus de décider quelles fleurs ou quels arbres doivent être plantés à tel ou tel endroit. Cela semble parfaitement normal à la plupart des gens. C’est tout bêtement en raison cette démission, voire de cette complicité des citoyens, que le pouvoir politique putréfie nos vies à la manière du mildiou. Car, là où la politique passe, l’herbe (du voisin) ne repousse pas.


Cette ingérence dans nos existences s’appuie évidemment sur un discours infantilisant et moralisateur, illustré par ce commandement saxien (qui s’adresse aux Ucclois comme s’il s'agissait de demeurés profonds) :

"La propreté est l’affaire de tous, respectez nos règlements, ne sortez pas vos poubelles avant l’heure, utilisez les sacs adéquats, balayez votre trottoir autant de fois que nécessaire et tenez votre chien en laisse et guidez-le vers la rigole."

Notons d’ailleurs ce paradoxe : les trottoirs sont considérés comme un bien public... mais il revient aux riverains de le nettoyer fréquemment. Les hommes politiques aiment donner leurs ordres aux propriétaires légitimes, comme toujours ! De même, les habitants payent des taxes pour la collecte des déchets, mais les pouvoirs publics les enjoignent de trier leurs immondices, devenant ainsi autant d’employés bénévoles de l’Etat.


Enfin, j’invite le lecteur à découvrir la section "humour" de ce blog au gabarit tellement exceptionnel qu’il pourrait servir de mètre-étalon de la sottise électoraliste.


PS : Climax a relevé un autre exemple de cette politique de bas-étage en la personne de Julie Fiszman, à la pointe du combat contre la privatisation "ultragigalibérale" du nettoyage de bureaux de l’administration régionale !


25.7.06

Un mandat de plus pour Di Rupo


L'archipel secret de la torture, suite (et pas fin)

La Jordanie est désormais reconnue comme l'un des maillons de la Question à la mode CIA. Lire cet article et le rapport d'Amnesty International.

Quant à savoir si la Belgique a accueilli les vols secrets de l'Agence, il y a gros à parier que nous ne le saurons jamais officiellement, si l'on en croit le journaliste Fabrice Grosfilley.


Indigestion de moraline socialiste

Tout est prétexte à augmenter le poids de l’État : l’obésité réelle ou supposée des citoyens en est une illustration devenue fréquente. J’ai ainsi découvert que deux sénateurs PS, Philippe Mahoux et Jean Cornil, avaient "entamé la lutte contre l’obésité". Lisant cela, vous pourriez croire qu’ils ont commencé une grève de la faim pour déplorer le "manque de moyens" des politiques de santé publique ou encore qu’ils ont incité les militants et caciques ventripotents du Parti à faire ceinture. Eh bien, vous auriez tout faux. Il s’agit plus banalement de s’occuper de ce que le citoyen ordinaire met dans son assiette. Les deux joyeux lurons vont même jusqu'à parler d’épidémie... comme si l’obésité était transmissible ! Belle preuve de l’effondrement total de la notion de responsabilité individuelle : "Si j’suis gros, c’est pas ma faute : je suis la victime d’une épidémie mondiale". Au passage, je signale que l’un des deux rédacteurs de cette proposition, Philippe Mahoux, exerce la profession de médecin. Qu’un praticien cautionne une telle niaiserie devrait rester au travers de la gorge de ses confrères. Ceci dit, cela ne devrait étonner personne, étant donné que le socialisme fonde une bonne partie de son emprise mentale sur la manipulation des mots. Pourtant, le site du PS présente l’auguste sénateur en notant : "À coup sûr, Philippe Mahoux n’a pas fait sept ans de médecine (et une spécialisation en chirurgie) pour s’occuper des malades imaginaires !" Qu’il nous soit permis d’en douter.



Citant force chiffres alarmistes, les deux élus applaudissent évidemment au plan nutrition-santé de R. Demotte, ministre de la Santé, passé maître dans l’art du collectivisme (faussement) souriant et (réellement) jargonnant. Sous couvert de cette tarte à la crème contemporaine qu’est la protection du consommateur, ne s’agit-il pas en réalité de permettre à certaines sociétés d’alimentation diététique d’écouler plus facilement leurs produits par le canal politique ? En tout cas, il est clair que le gouvernement s’apprête à distribuer de l’argent aux communes qui montreront le plus de zèle à faire le bonheur des gens malgré eux.


Comme d’habitude, dans ce genre de grande cause où prime le socialo-lacrymal, le vocabulaire guerrier est de rigueur : chacun est invité à se "mobiliser" pour "combattre" ce "fléau" qu’est la surcharge pondérale. Mais, bien sûr, le socialisme c’est la paix...


Autrefois, la démocratie ressemblait à un restaurant où 51 commensaux faisaient payer l’addition par les 49 autres clients. C’était déjà pénible. Désormais, la situation a empiré : elle est devenue un établissement où 51 convives font bombance dans la salle "cochonnailles et victuailles", repas payé par les 49 autres clients - cantonnés à la salle "cuisine light" - auxquels il auront fait servir un maigre radis et de l’eau plate... pour leur bien, évidemment.



24.7.06

Le musée des horreurs de la gauche, épisode 3

La Commune de Paris

(Remarque préliminaire : cette série ne suit pas nécessairement l’ordre chronologique des événements historiques qui y sont relatés. Elle est préparée au gré de l’inspiration des auteurs ou en guise de réponse à d’éventuelles commémorations officielles.)


Un épisode célébré à cor et à cri par toute la gauche, marxiste ou non, reste celui de la Commune de 1871, le rôle du salaud de service étant attribué à Adolphe Thiers, alors chef du pouvoir exécutif. C’est à travers ce genre de réécriture de l’Histoire que l’on s’aperçoit du caractère intrinsèquement liberticide de la vision du monde socialiste, et il est assez facile de le prouver.


Tout d’abord, la prise du pouvoir parisien par les Communards n’a rien d’un acte spontané. Quelques mois avant la proclamation de la Commune, des dépôts d’armes et des commissariats furent dévalisés de leurs arsenal. Ce sont des membres de l’Internationale, dont beaucoup étaient inspirés tout particulièrement par le fanatique révolutionnaire Blanqui (l’éternel factieux emprisonné sous tous les régimes, dispensant ses conseils depuis sa cellule), qui se sont emparés de la capitale. Ces individus attendaient leur heure. Elle est venue lorsque le gouvernement provisoire - "les Versaillais" de Thiers - a entamé des négociations de paix avec l’armée prussienne. Prétextant une "trahison de la Réaction" (... curieux réactionnaires, au demeurant, puisque Thiers et les autres ministres se réclamaient des principes de 1789), les émeutiers ont fait de Paris le siège de leur projet ultrasocialiste. Certains avaient déjà pris leurs quartiers, plusieurs mois auparavant, dans l’administration municipale : le fameux entrisme cher aux futurs trotskistes, en somme ! C’est d’ailleurs la Garde nationale qui fut le plus infiltrée par la subversion socialiste.


Ah, les fédérés ! Ces hommes que l’historiographie bien-pensante décrit comme autant de braves gars désintéressés et guidés par la liberté comme par le bien commun, eh bien, ces grands coeurs et redresseurs de tort n’eurent rien de plus pressé, le 22 mars 1871, que de tirer à vue sur la foule de Parisiens opposés à leur putsch. Par comparaison, notons que Thiers avait décidé de ne pas réprimer les émeutes fomentées par les communards en date du 18 mars.


Un autre fait d’armes imputable à ces bons "patriotes" est le lâche massacre de deux officiers qu’ils avaient préalablement désarmés et faits prisonniers : les généraux Lecomte et Thomas. Le maire de Montmartre, le très rouge Georges Clemenceau, serait arrivé trop tard sur les lieux pour empêcher leur assassinat... mais il reste des doutes sur la réalité de son empressement.


On nous bassine ensuite les oreilles avec l’amour communard pour la "démocratie participative". Voyons cela : quatre jours après avoir mitraillé nombre de leurs opposants désarmés, les socialeux organisèrent en effet des élections... mais 100 000 personnes n’avaient d’autre choix que de fuir la ville en état insurrectionnel, de sorte que seul près d’un demi million d’électeurs s’inscrivit. Victoire politique peu glorieuse pour le parti de l’envie.


Ce qui attire naturellement les idéologues socialistes - même ceux qui se targuent de ne pas succomber aux délires marxistes - est "l’actualité" du message de la Commune, aux fins, notamment, de lobotomiser les élèves en cours d’histoire.


Citons donc quelques unes des brillantes initiatives communardes :


- La séparation de l ‘Église et de l’État. Il s’agissait - bien avant les lois de 1882 et 1905, et dans la droite ligne de 1789 - de piller les biens ecclésiastiques ainsi que d’interdire l’enseignement religieux. La Commune n’autorisa à rester ouverts que les lieux de culte accueillant les meetings politiques du nouveau pouvoir - décision prise, à l’évidence, par souci du compromis. Officieusement, les églises devinrent autant de lupanars scabreux (bien que la prostitution fût prohibée par les insurgés...). Le lecteur l’aura noté de lui-même : les lieux de vie "festifs, solidaires et citoyens" prennent leur source dans cette collectivisation des lieux de culte.


- La suppression des dettes et de leurs intérêts, histoire de montrer aux vilains capitalistes et autres exploiteurs qui était désormais le maître.


- Dans la même veine, n’oublions pas l’expropriation des entreprises et leur prise en main par des conseils ouvriers.


- La remise aux locataires des baux qu’ils avaient versés les neuf derniers mois, que complétait l’interdiction faite aux propriétaires d’expulser leurs locataires indélicats. Rien de mieux que de telles sornettes pour ruiner les propriétaires et les mettre ainsi à la rue. "Vive la sociale !" Là encore, les socialistes "modernes" n’ont pas eu besoin de chercher bien loin leur inspiration, quand ils recommandent le blocage des loyers, telle L. Onkelinx, ministre de la Justice.


- L’abolition du travail de nuit dans les boulangeries. Les Parisiens affamés par la guerre et le siège de leur ville apprécièrent cette "réforme" à sa juste mesure, n’en doutons pas.


- Aux fins de contrôler les allées et venues de la population, fut instaurée la carte d’identité, nommée alors "certificat de civisme". Je ne serais pas surpris outre mesure que Ségolène Royal ou Sarko trouvent plus poétique cette appellation et la reprennent demain à leur compte.


En outre, des associations féministes avant la lettre prirent fait et cause pour ce chamboulement total et y allèrent de leur couplet devenu rituel : égalité de salaire entre les hommes et les femmes, droit à l’union libre en leur faveur (afin, évidemment, de rompre les chaînes maudites du patriarcat millénaire), etc.


Bref, il n’est évidemment pas étonnant que Marx et Engels aient vu dans cet épisode dramatique la première expérience communiste moderne.


Un personnage fortement emblématique de cette courte période reste le préfet de police nommé par les proto-bolcheviques : Raoul Rigault, un jeune psychopathe, qui avait pris comme modèles politiques Robespierre et Saint-Just, dont il connaissait les discours sur le bout des doigts. Fanatique entre les fanatiques ("nous ne faisons pas de la légalité, nous faisons la révolution" s’exclama-t-il), il envisagea une industrialisation de la mise à mort des "ennemis du peuple" en concevant une guillotine à vapeur (heureusement, il ne put mettre ce funeste projet à exécution, car il fut remplacé par un dénommé Cournet).


Autant attendri par son inséparable pistolet (auquel il chantait des berceuses, si l’on en croit le romancier Jules Vallès) qu’obsédé par l’héritage de la Révolution française, Rigault promulgua ainsi le "décret des otages du 2 priairal an 79", en vertu duquel il fit assassiner par ses escadrons de la mort Mgr Darboy, archevêque de Paris (lequel bénit ses tortionnaires juste avant de mourir) et d’autres innocents, tels qu’une quinzaine de dominicains, des prêtres (dont le curé de l’église de la Madeleine et un abbé dévoué au secours des miséreux), des civils et notables, parmi lesquels des magistrats. L’écrivain gauchiste Bernard Noël ose pourtant écrire avec un aplomb déconcertant dans son Dictionnaire de la Commune : "On a beaucoup parlé de son agitation, de son terrorisme, de sa légèreté aussi, mais il n’y eut d’outrance que dans son anticléricalisme, qui lui fit multiplier les perquisitions dans les églises et les vexations à l’égard du clergé." L’euphémisme est décidément la sortie de secours favorite des totalitaires honteux.


Enfin, il est toujours question de la "Semaine sanglante", entendez de "l’atroce répression anti-communarde", mais on oublie souvent de rappeler que Thiers fit seulement exécuter et arrêter les néo-jacobins, donc uniquement les fauteurs de troubles, et qu’il n’était pas question pour lui de s’attaquer aux Parisiens, en majorité effrayés par les partageux. Quelque 20 000 communards furent tués pendant le siège de Paris. Ensuite, la capitale ayant été reprise, Thiers insista pour que les membres de l’Internationale fussent jugés dans les règles (droit refusé par ces derniers à leurs prisonniers, remarquons-le). Ainsi, sur 40 000 communards arrêtés, environ 15 000 furent condamnés, dont 270 exécutés. En outre, rappelons que de nombreux révolutionnaires, et non des moindres, poursuivirent une seconde carrière littéraire (Jules Vallès, Henri de Rochefort, Paschal Grousset alias André Laurie, nègre de Jules Verne, etc.) et politique (Blanqui, père putatif de la Commune, resta encore brièvement en prison... avant d’être élu député de Bordeaux en 1879 !).


Malgré tant d’atrocités, les barbares partageux font désormais partie du patrimoine français, puisqu’il existe depuis l’an 2000 une place de la Commune dans le 13e arrondissement parisien. Quand on sait que c’est Jean Tibéri qui l’a inaugurée, on se dit que sa capacité à faire voter les défunts est décidément assez étourdissante ! C’est un peu comme si le maire de Munich allait commémorer le putsch commis dans cette ville par Hitler en allant rebaptiser la brasserie où il harangua ses partisans : "Au bon putsch".


C’est dans ce genre de manifestations que l’on se rend compte combien le subconscient collectiviste est encore puissant dans les esprits contemporains, trop de gens gobant les mensonges socialistes. Mais il faudra bien un jour que ce soit le tour des totalitaires de tout poil de raser les murs... (non, je ne pense pas à celui des fédérés !)


22.7.06

Le platonisme démocratique

Quand une démocratie bombarde des civils sous prétexte d’anéantir des terroristes, il est logique de condamner ce crime, en particulier quand on défend des idées libérales. Pourtant, de bons esprits invoquent une sorte de clause d’exception en faveur de ce type de régime. En particulier lorsqu’il s’agit d’Israël, présenté comme "le moins pire" des belligérants dans l’absolu, presque par essence.


Il est tout d’abord ironique que soit commémoré en grande pompe l’attentat anti-anglais du 22 juillet 1946 perpétré par l’Irgun, alors que les officiels israéliens ne cessent d’invoquer la nécessaire lutte anti-terroriste pour justifier leurs décisions les plus brutales (dont des centaines de civils innocents font les frais, sans compter les milliers d’autres devant opter pour l’exode). Mais il s’agit - bien évidemment ! - pour les autorités locales de fêter un acte de résistance, pas une action terroriste...


Ensuite, j’ai vraiment du mal à suivre cet argument de l’exceptionnalité : Israël est un État comme un autre qui n’a pas à se prévaloir d’une quelconque supériorité morale. Le double standard commence lorsque l’on minimise les crimes d’un régime en fonction de sa nature politique. Je l’avais déjà signalé à propos du bombardement d’Hiroshima par l’aviation américaine. Exonérer tout méfait commis par un gouvernement au motif qu’il serait démocratique ne vaut pas mieux que les ratiocinations des communistes justifiant l’occupation des "pays frères" au nom de la dictature du prolétariat. J’irais même jusqu'à écrire que cela appartient au même registre de néant moral et de bolchevisme juridique.


Plus généralement, c’est lorqu’une démocratie est en guerre que l’on s’aperçoit de sa nature liberticide, comme en témoigne par exemple l’emploi de la censure. De plus, le climat de guerre a pour effet d’empêcher les divisions idéologiques : chacun doit cautionner l’union sacrée ! Celui qui exprime la moindre tentative d’opposition est déjà un traître potentiel, un comploteur félon. Il est, du reste, consternant de voir que, parmi les libéraux, Israël a nécessairement toujours raison, quelle que soit l’équipe politique au pouvoir, et surtout comme si cet État était par vocation le summum du libéralisme appliqué. C’est d’autant plus étrange qu’il s’agit d’un pays dont les fondations idéologiques et la culture politique sont intrinsèquement socialistes ! Est-ce d’ailleurs un hasard si c’est un gouvernement de centre-gauche qui se montre aujourd’hui si belliqueux ? En outre, que dire de la dispendieuse aide américaine, augmentée continuellement, sinon qu’elle va à l’encontre des intérêts mêmes des États-Unis et qu’elle n’aide guère Israël à vivre normalement (mais est-ce le souhait de ses dirigeants ?).


Le rôle des libéraux n’est pas d’applaudir aux "exploits" guerriers d’une démocratie, mais au contraire de refuser de s’aveugler sur ses méfaits. Dans un conflit, le moins pire est celui qui évite de tuer des innocents, pas celui qui les sacrifie au nom de fariboles nationalistes et militaristes. Jugés à cette aune, le gouvernement israélien (ainsi que son armée) et le Hezbollah se valent bien.


21.7.06

Encore un boucher communiste mort dans son lit


Après Lénine, Staline, Mao, Pol Pot, ou encore Honecker, c’est au tour d’une autre ordure bolchevique d’échapper au jugement de ses crimes : Ta Mok, dernier chef khmer rouge. Puisse-t-il ne pas reposer en paix.


20.7.06

Les cultureux et le totalitarisme

La chaîne Arte diffusait mercredi soir un documentaire consacré à la mégalomanie architecturale de Hitler. De manière directe, les auteurs du film ont montré que, contrairement à une légende qui a encore la vie dure, le dictateur national-socialiste avait une conception "moderniste" de l’architecture.


En effet, quoi de plus semblable au Bauhaus, obsédé par la pureté et la netteté des lignes, que les bâtiments construits sous le IIIe Reich ? Du reste, un historien de l’art fit un sort au canard selon lequel les membres de cette école architecturale quittèrent l’Allemagne pour des raisons politiques. En réalité, Walter Gropius et Mies van der Rohe posèrent leur candidature à un concours organisé par le régime nazi destiné à réaliser un musée de l’art allemand (difficile de faire moins art officiel...), mais furent offusqués de ne pas voir leurs travaux choisis et partirent donc aux Etats-Unis. Vu que le Bauhaus était imprégné de socialisme, il ne faut, du reste, pas s’étonner de son cousinage avec les travaux exécutés plus tard par le national-socialiste Albert Speer.


J’ai noté cependant que les auteurs du documentaire tenaient absolument à opposer les projets architecturaux nationaux-socialistes et soviétiques - dans le but probable de nier toute ressemblance entre les deux régimes criminels. Si les premiers étaient très justement décrits comme autant de tabula rasa faisant fi du passé bourgeois de Berlin (le nihilisme et le constructivisme allant évidemment de pair), les seconds étaient, sans rire, dépeints comme une heureuse fusion de l’histoire architecturale mondiale... Le plus effarant fut que le réalisateur crut étayer de manière convaincante cette thèse en nous montrant l’extrait d’un film soviétique de 1938, dédié à la gloire du bolchevisme en art, et dans lequel le projet du futur siège du PCUS ressemblait à s’y méprendre aux monuments érigés en Allemagne nazie ! Ce déni de gemellité esthético-politique est d’autant plus invraisemblable que, quelques instants plus tôt, le reportage établissait une très nette comparaison entre les conceptions hitlériennes et celles de Le Corbusier, architecte notoirement communiste.


Je retiendrai surtout une remarque fugace d’un des intervenants. Celui-ci notait que les artistes avaient eu les mains bien plus libres sous le régime national-socialiste que dans le monde capitaliste. Notez bien que cette phrase semblait prononcée comme un réquisitoire antilibéral. En vérité, je crois qu’elle révèle surtout un fait avéré, peu flatteur pour le monde intellectuel : la plupart de ses membres sont des opposant rabiques au capitalisme et préfèrent se laisser tenter par les sirènes totalitaires. En effet, le marché les contraint à offrir au public ce que ce dernier est prêt à lui acheter, donc l’artiste doit parfois ravaler son orgueil créateur s’il souhaite vendre ses oeuvres. Le refus virulent et toujours bien présent, hélas, de la "marchandisation de la culture" ne témoigne pas d’autre chose : nombre d’intellectuels ont pour rêve plus ou moins avoué d’obliger le grand nombre à s’extasier devant ses produits plus ou moins inspirés. Pour ce faire, ils sont prêts à prêter allégeance au premier tyran qui flattera leur vanité. En présumant, par intérêt bassement matériel, que l’Etat serait le meilleur garant du "bon goût" (au motif qu’il subventionne leur supposé génie visionnaire), ils se montrent comme autant de despotes en puissance. Ils croient duper leur monde en pleurnichant contre la prétendue "dictature du marché", à l’instar de ce peintre raté qu’était Hitler, mais ils prouvent de la sorte qu’ils sont de la véritable graine de tyran.



19.7.06

Un lien assez documenté

Trouvé via le blog Abu Aardvark, une analyse des différentes prises de position des Etats arabes alentours sur le conflit actuel entre l'Etat d'Israël et le proto-Etat Hezbollah.


Les prismes sont déformants

Jadis j'avais écrit sous une autre identité un article concernant le fait qu'il n'existait pas de pratique humaine, sinon de science, qui étudie les conflits inter-étatiques. La principale conséquence étant que chaque spécialité en sciences humaines peut donner sa propre interprétation des évènements d'une région donnée, et partant, l'homme de la rue aussi. Ce que l'on appele la géopolitique est en général le terrain de jeu favori des gens, notamment en France, du poivrots de comptoir au plus illustre diplomate.

Et à chaque fois, on observe la même chose : manque d'informations, absence de raisonnements, déclamations de slogans, répétitions de concepts simples, etc....

C'est ce que l'on observe actuellement, sous toutes les plumes ou presque à travers la blogosphère. En témoigne par exemple cet article absolument hallucinant du blog Antiwar, un chef d'oeuvre de partialité absolue. Ou encore cette note de Loïc Le Meur parlant de deux de ses amis, lisez surtout les commentaires. Dans les deux cas, on ne voit que des outrances, d'un côté des gens clairement anti-israëliens, de l'autre des gens clairement pro-israëliens.

A chaque fois, ce n'est que l'expression de ce que les gens ont déjà dans la tête, aucune analyse n'est en générale faite. Et je m'inclus clairement dans cette catégorie, n'ayant que bien peu de temps à consacrer à la recherche d'informations, je me doute que ce que j'ai écrit (voir plus bas) relève de ce que je raconte dans ce billet.

Alors que faire? Simple, comme toujours, que ce soit l' ou l'autre des camps en présence, lorsque des propos caricaturaux et/ou outranciers sont tenus, il n'y a qu'un type d'action possible pour un homme de bien : couper le son, et laisser les ignorants blablater. Et c'est le conseil que je me donne, que je te donne à toi lecteur.
Ce qui se passe actuellement autour d'Israël nécessite, pour l'analyser, du sang froid et de la distance, pas de l'écriture émotionnelle et indignée, cette posture est beaucoup trop facile.


Terrorisme d'état

Ce à quoi nous assistons aujourd'hui au Liban est la prise en otage d'une population civile totalement innocente, qui ne se distingue en rien d'actions terroristes telles celle de Beslan, si ce n'est par son ampleur. Le gouvernement israélien et Tsahal annoncent benoîtement qu'ils poursuivront les exécutions d'otages tant que l'état libanais ne leur aura pas donné satisfaction, chose qui est d'ailleurs totalement impossible, le rapport de forces libanais étant ce qu'il est. Il y a donc fort à parier que des centaines d'innocents perdront encore la vie.

Il ne fait par ailleurs aucun doute que la destruction du Liban et le meurtre de Libanais innocents ne peut que renforcer, sinon le Hezbollah, du moins des mouvements radicalement anti-israéliens. Le gouvernement israélien est tellement obnubilé par l'obsession d'inspirer la terreur à tous ses voisins qu'il a perdu tout sens de la mesure et toute vision à moyen et long terme. Si Israël est incapable de vivre avec comme voisin une démocratie multi-confessionnelle et raisonnablement occidentalisée, avec qui peut-il s'entendre au Proche-Orient, hors quelques dictatures militaires et encore, tant qu'elles durent ? Le terrorisme d'état israélien offre la démonstration de l'exactitude de la propagande de ses pires ennemis, soit que l'état hébreu est un corps étranger dont seule la disparition peut ramener la paix dans la région.

Une fois de plus, l'Occident, Etats-Unis en tête, a fait la démonstration de sa profonde hypocrisie et du fait qu'en dernière analyse, il considère qu'Israël est "des nôtres" et que par conséquent tout lui est permis, tandis que la vie d'Arabes, même non-musulmans, même "occidentalisés" comme le sont nombre de Libanais, ne vaut pas qu'on se fâche avec un état ami. En témoigne par exemple la manie risible de mettre systématiquement sur le même pied les pertes israéliennes, insignifiantes et principalement militaires, et les pertes libanaises, énormes et quasi exclusivement civiles. C'est une erreur morale et politique qu'un jour ou l'autre nous payerons très cher, et les premiers à qui l'addition sera sans doute présentée seront précisément les Israéliens.

PS : à lire absolument: l'excellent éditorial paru aujourd'hui dans le quotidien libanais "L'Orient - Le Jour".


18.7.06

Les bonnes manières se perdent

Vous avez sans doute tous vu et entendu la dernière sortie de Bush au Congrès du G8. Elle peut paraître anecdotique, mais à mon sens elle est riche d’informations sur la personnalité véritable de W. En plus de montrer à qui en doutait encore que le président américain développe une vue on ne peut plus partiale de la tragédie du Proche-Orient, elle nous montre un trait de caractère qu'ont relevé plusieurs commentateurs américains (mais pas européens, à ma connaissance du moins) ; je veux parler de l'absence totale de savoir-vivre du président américain qui s'adresse à son proconsul Tony Blair la bouche pleine et dans un langage de charretier - c'est à peine s'il n'en profite pas pour lâcher une caisse ou roter.


Que ce soit affecté (censément pour faire "popu") ou pas importe finalement assez peu. Cela me paraît surtout témoigner d'un mépris profond des bonnes manières chez ces politiciens qui se targuent d'être "conservateurs". Cette vulgarité, de plus en plus visible chez les bushistes - pensons à l’ordurier Rush Limbaugh - est d'ailleurs relevée par une universitaire américaine, Anne Norton, dans un essai remarquable : Léo Strauss et la politique de l'empire américain (traduit chez Denoël).


Je me permets de citer un paragraphe saisissant de l’essayiste, car cet auteur a parfaitement décrit la trahison des valeurs conservatrices par nombre de ses prétendus défenseurs :



"Le respect des usages, la courtoisie ont cédé la place, avec l’ascension de Rush Limbaugh et ses prises de position plus polémiques et agressives. Des pratiques autrefois confinées à la radio sont devenues courantes dans les cercles plus huppés de la National Review et du Weekly Standard. Le journalisme politique, autrefois réputé pour son sérieux, a adopté le style sardonique des adolescents. De distingués juristes, autrefois parangons de bienséance, se défirent de leur souci des apparences. Antonin Scalia, juge à la Cour suprême, refusa de se récuser dans des affaires concernant son ami et compagnon de chasse, le vice-président Dick Cheney, soutenant avec un mépris des conventions qui eût fait la fierté d’un nihiliste que lui seul pouvait déterminer à quelle aune il devait juger. D’autres vertus ont disparu de leur canon. William Bennett a éliminé la frugalité du Livre des vertus. L’élégance vestimentaire d’antan et les bonnes manières sont tombées en désuétude chez les nouveaux conservateurs."

Ce refus de se soumettre à quelque code de savoir-vivre n’a rien d’étonnant de la part d’experts en savoir-tuer.


Destruction destructrice

Il y a quelques mois, je vous parlais d'un nouvel investissement de Intel à Gaza, il s'agissait de la création d'un centre de recherche et de formation. Intel est déjà implanté dans la région, notamment à Haïfa, cible des terroristes de Hezbollah, où se trouve son centre de R&D. Cette ville est désormais une sorte de no man's land.
Intel a également une unité de fabrication à Kyriat Gat.

Il s'agit d'un volet encore trop peu traité de ces affrontements : quid des différents investisseurs, entrepreneurs, qui ont misé sur la stabilité d'Israël, le retour à la normale du Liban? Quid de toutes ces richesses détruites, même si c'est très très loin d'être aussi grave et tragique que des morts d'hommes et de femmes, d'enfants?
Combien de temps mettra la région à se relever de cette tornade, du point de vue de ses infrastructures, de ses richesses? Sans même parler de la défiance entre les "nations", et in fine entre les individus, qui sera plus vive que jamais, défiance plus que jamais entretenue par les Etats, on le voit par exemple dans les manifestations "spontanées" qui ont lieu de-ci de-là en faveur du peuple libanais.


17.7.06

Le musée des horreurs de la gauche, épisode 2

La Guerre d'Espagne, comme le rappelle l'historien britannique Paul Johnson, a été l'évènement du 20e siècle sur lequel le plus de mensonges ont été écrits. La soirée Thema proposée hier soir par la chaîne d'État franco-allemande, Arte, nous le confirmait encore une fois.

Pour nous mettre d'emblée dans l'ambiance, on ouvrit le bal avec Fiesta, un film français de 1995, dirigé par un français et joué par des français. Bref, une référence dans la filmographie. On ne s'étonnera pas, d'ailleurs, de savoir que Jean-Louis Trintignant fut nominé pour le César 1996 du meilleur acteur pour son très représentatif rôle d'une tantouze cynique et sadique, accessoirement colonel dans l'armée nationaliste, et dont les dialogues qui étaient mis dans sa bouche révèlaient toute la médiocrité imbécile de la propagande de bas étage : « Cette guerre, nous la faisons pour le plaisir. Nous la faisons parce qu’elle est le seul moyen de ne pas s’ennuyer » ou encore « Cette guerre est une guerre des riches contre les pauvres ».

Certes, on eût pu faire un autre film pour nous montrer toute l'horreur que peut signifier une guerre fratricide. Par exemple, montrer comment un bon père de famille et catholique pratiquant devient un psychopathe et criminel officier de l'armée nationaliste, après que sa nièce, jeune novice chez les carmélites, se soit suicidé après avoir été violée par des anarchistes catalans, ou bien après que son cousin, prêtre, ait été achevé à coup de crosse de fusils par des militants des jeunesses socialistes alors qu'il était crucifié à la porte de son église, ou bien encore après que toute la famille de son frère ait été assassinée à Paracuellos de Jarama - le Katyn espagnol - par les tchékas communistes de Madrid dirigées par Santiago Carrillo, futur patron du parti communiste espagnol, aujourd'hui politicien à la retraite et docteur honoris causa de l'Université Autonome de Madrid. Pensez-vous, on risquerait d'éprouver de la compassion pour une raclure fasciste.

Vint ensuite un reportage censé nous éclairer sur la personnalité de la crapule espagnole par antonomase, Francisco Franco y Bahamonde. Là, pendant une heure, à coup de mensonges, de demies vérités, d'occultations des faits et de psychologisme de superette, on s'évertua à nous démontrer qu'avant d'être le grand criminel que tout le monde connaît (ou devrait connaître), Franco était un connard fini. Un exemple parmi d'autres : le documentaire commence sur les années de formation du jeune Franco en nous signalant que ce dernier ne put suivre la tradition militaire familiale - la Marine de guerre - parce qu'il « rencontra des difficultés à l'Académie navale de Ferrol ». Était-il décidemment trop petit, même pour rentrer dans la marine ? Puait-il vraiment si fort de la gueule ? Le téléspectateur aura compris que Franco était simplement trop bête pour devenir officier de l'Armada. Vous savez, c'est compliqué la marine : on ne dit pas droite, mais tribord, on ne calcule par en kilomètres par heure, mais en noeuds, il faut avoir de solides notions de trigonométrie, etc. Bref, Franco était tout juste bon pour rester fantassin.

Évidemment, celui qui veut vraiment savoir peut se renseigner et apprendre que si Franco ne devint pas officier de marine, c'est simplement parce que l'Académie navale de Ferrol ferma ses portes avant même qu'il puisse y entrer. (À l'époque, l'Espagne, après la désastreuse guerre hispano-américaine de 1898, avait bien des officiers de marine, mais ses navires de guerre gisaient par le fond au large des côtes de Cuba et des Philippines.) Le reste du reportage est de la même eau. Ce qui ne manque pas de nous laisser perplexe. Si Franco était si médiocre, nul et con, comment se fait-il qu'il fut le plus jeune général nommé en Europe durant l'entre-deux-guerres, comment réussit-il à s'imposer aux autres généraux insurgés, comment gagna-t-il la guerre civile, comment survécut-il à la Seconde Guerre mondiale, alors que personne ne misait un kopeck sur son régime, comment réussit-il à conserver le pouvoir durant 40 ans, sans pour autant faire de l'Espagne un camp de concentration et en laissant Espagnols et touristes y entrer et sortir à leur guise ? Faut-il comprendre que ses adversaires étaient-ils encore plus abrutis ?

Finalement cette riche soirée s'acheva sur un documentaire réalisé à base d'archives espagnoles, soviétiques, allemandes, anglaises et françaises. Cela aurait pu être intéressant. Mais cela débuta mal : en introduction, on eut droit à de bêtes images de films de propagande. Mais surtout, c'était sans compter avec le commentaire. Qui commença très fort, avec une menterie aussi grosse que pathétique : la Seconde République espagnole aurait été proclamée après que les républicains eussent remporté les élections municipales du 12 avril 1931. Or, rien de plus faux : lors de ces élections, les monarchistes remportèrent 22.150 sièges de conseillers municipaux contre 5.574 pour les républicains. Mais que sont les chiffres face à l'aube de l'espérance républicaine et du rêve socialiste ? Mentir pour la bonne cause est-ce vraiment mentir ?

Car une bonne partie des mensonges qui concernent la Guerre d'Espagne se centrent sur la description de l'époque qui la précéda, à savoir la Seconde République - proclamée en Espagne il y a 75 ans -, qui est généralement dépeinte avec les vives couleurs du Jardin d'Éden, afin de faire ressortir plus clairement le blanc et le noir de la guerre civile espagnole, avec ses bons, très bons, et ses méchants, très méchants. La gauche et la droite, pour être plus clair, pour que personne ne s'égare. C'est ainsi que la majorité des gens, lorsqu'on leur parle de la Seconde République espagnole, se remémore l'image projetée par une historiographie sinistrement politisée : un régime de gauche qui parvint au pouvoir avec la mission de résoudre une série de problèmes ancestraux nés de l'incurie et des privilèges de la droite. Jusqu'à Diane Cambon qui, le mois d'avril dernier, dans les colonnes du Figaro (même pas celles de l'Humanité ou de Libération), se sentait obligée de ressasser la niaise antienne :

[...] les cinq années que dura la République (de 1931 à 1936) sont reconnues internationalement comme l'âge d'or du XXe siècle espagnol. « Ce fut une période brillante d'un point de vue culturel, mais aussi d'une grande modernité sociale et politique », assure l'historien britannique Paul Preston dans le quotidien El Pais. La République fut certes marquée par une profusion d'oeuvres littéraires et artistiques (Lorca, Alberti, Buñuel, Picasso...), mais aussi par une volonté de vulgariser la culture et l'enseignement à travers notamment la construction de dix mille écoles publiques. Le régime républicain permit également d'instaurer le suffrage universel et le droit de vote pour les femmes ainsi que la séparation de l'Église et l'État.

La propagande ne pourrait être plus grossière.

Tout d'abord, ce furent des hommes politiques de la droite espagnole classique, Alcalá-Zamora et Maura, qui unirent les républicains et les poussèrent à prendre le pouvoir en 1931. Et ils le firent non pas avec l'objectif de remplir de supposées « missions », mais bien pour instaurer une démocratie normale, avec une possibilité d'alternance entre la droite et la gauche, afin que la résolution des problèmes s'effectue selon un vote majoritaire. Maura et Alcalá-Zamora connaissaient l'inquiétant messianisme révolutionnaire de la gauche espagnole et ses dangereuses monomanies antireligieuses, mais ils pensaient pouvoir les neutraliser via l'établissement de libertés générales, d'élections libres et la participation active de la droite dans le processus républicain. Ces espérances raisonnables allaient recevoir très rapidement un terrible coup avec ce que l'on a appelé l'« incendie des couvents ».

Le 11 mai 1931, les éléments les plus fanatisés de la gauche lancèrent à Madrid une vague d'incendies d'édifices religieux, après une tentative d'assaut avortée contre le journal monarchique ABC. Les incendies s'étendirent les jours suivants en Andalousie et au Levant, avec un bilan final de quelques cent édifices détruits, églises d'une grande valeur historique et artistique, centres d'éducation et de formation où des milliers de travailleurs et de fils d'ouvriers avaient reçus un enseignement de qualité, écoles salésiennes, laboratoires, etc. De même, des bibliothèques furent brûlées avec leurs centaines de milliers de volumes, parmi lesquels des incunables, des éditions originales de Lope de Vega, Quevedo ou Calderón, des collections uniques de revues,... ou encore les irrécupérables archives du paléographe García Villada, produits d'une vie entière de recherches. Furent également réduits en cendres des tableaux et des sculptures de Zurbarán, Valdés Leal, Pacheco, Van Dyck, Coello, Mena, Montañés, Alonso Cano, etc. Un désastre presque inconcevable.

Mais le plus révélateur fut la réaction du gouvernement républicain et de la gauche. Le ministre (et futur Président de la République) Azaña, considérant les incendies comme un acte de « justice immanente », paralysa toutes tentatives de mettre fin aux troubles en déclarant : « Tous les couvents de Madrid ne valent pas la vie d'un républicain ». La gauche, de manière générale, justifia les événements en les attribuant au « peuple », et en accusant la droite d'avoir « provoqué les travailleurs ». Une publication du parti socialiste menaçait : « Si les représentants de la révolution victorieuse ont pêché, c'est par une excessive indulgence envers les vaincus ». (Alors même que la gauche n'avait vaincu personne : ce furent les monarchistes eux-mêmes qui lui offrirent la République sur un plateau.)

L'Église et les catholiques protestèrent, mais pacifiquement. Cela ne calma pas la gauche, qui interpréta ce geste comme un aveu de faiblesse et maintint son attitude agressive. À l'encontre du bon sens, cette dernière continua d'accuser la droite de violence et d'intolérance et lui montra son mépris moqueur en soutenant - sans craindre de se contredire - que ce fut l'Église elle-même qui avait provoqué les émeutes afin de salir l'image de la République. À peine un mois après l'installation des républicains au pouvoir, la Seconde République espagnole portait déjà en elle les germes de la maladie mortelle qui allait l'emporter. Et cinq ans plus tard, ce ne seront plus seulement des bâtiments qui seraient brûlés, mais des milliers de religieux qui seraient cruellement torturés et assassinés.

C'est ainsi que, même si à la naissance de la République, nombreux furent les hommes politiques et les intellectuels espagnols qui désirèrent instaurer une démocratie libérale, l'initiative fut confisquée dès l'instant même de la rédaction de sa constitution par une gauche qui estimait que le régime était sa propriété exclusive et que la droite était une option politique sans légitimité pour exercer le pouvoir émanant des urnes. Aussi rapidement que commencèrent les incendies d'églises, de bibliothèques et de centres scolaires, la charte fondamentale fut imprégnée non pas de laïcisme, mais de haine de la religion. Pour donner un simple exemple, en 1933 furent supprimées les célébrations de la Semaine Sainte dans presque toute l'Espagne. Beaucoup plus grave, les quelques éléments libéraux que conservait la constitution furent réduits à néant avec l'approbation de la Loi de Défense de la République, qui permit au premier gouvernement de gauche d'interdire d'innombrables actes politiques de l'opposition, en plus de fermer quelques 100 journaux de droite. Voilà pour la « grande modernité sociale et politique » de Paul Preston.

Quant aux succès politiques des gouvernements républicains, rappelons que sous le premier gouvernement de la gauche augmentèrent les chiffres des grévistes, du chômage et même celui des personnes mortes de faim. La réforme agraire, étendard du programme de la gauche, fut exécutée avec plus d'efficacité par le gouvernement postérieur de Lerroux. Bien qu'en définitive, ce projet se solda par un cuisant échec. Par ailleurs, l'augmentation du nombre d'écoles publiques doit être mis en balance avec la fermeture des collèges religieux, mesure promulguée selon les critères du plus atroce sectarisme. Voilà pour la « séparation de l'Église et l'État » de Diane Cambon.

Durant la Seconde République, nombreux furent les secteurs politiques qui se soulevèrent contre elle. Bien sûr des monarchistes radicaux, Sanjurjo, etc. Mais surtout les anarchistes, durant toute la République, et, en 1934, après la victoire de la droite aux élections, la totalité de la gauche, menée par les socialistes, qui tenta un coup d'État avec lequel, comme l'expliqua très clairement le grand philosophe Salvador de Madariaga, « la gauche espagnole perdit jusqu'à l'ombre de toute autorité morale pour condamner la rébellion de 1936 ».

Vinrent les élections de 1936, les plus anormales de la Seconde République, qui donneront le pouvoir à la coalition des gauches du Front populaire. Par ce que, de manière extraordinairement suspecte, le gouvernement du Front populaire ne publia aucun chiffres officiels, encore aujourd'hui les résultats de ces élections ne sont que des estimations qui, selon les auteurs, peuvent varier d'un million de votes. Généralement, on estime que la gauche gagna plus de sièges, mais que la
droite recueilli plus de voix. La question était : la gauche avait-elle suffisamment modéré ses instincts insurrectionnels ou utiliserait-elle son succès au service de la revanche ?

Dès les premiers instants du nouveau gouvernement de gauche, ses membres les plus fanatiques imposèrent leur loi à partir de la rue. Les auteurs de la sanglante tentative du coup d'État de 1934 furent élevés au rang de héros, retrouvèrent avec honneur leurs anciens offices ou charges et les entrepreneurs se virent obligés de les réembaucher, ce qui, dans beaucoup de cas, signifiait le renvoi de travailleurs pacifiques qui avaient été engagés pour remplacer les putschistes. On vit même une veuve forcée de reprendre les triomphants assassins de son mari. Recommencèrent immédiatement les incendies d'églises et les attaques aux sièges des partis de la droite. Le 25 mars 1936, le syndicat socialiste, l'UGT, organisa l'invasion simultanée et violente de 3.000 propriétés dans la province de Badajoz. La situation ne fit qu'empirer les mois suivants. Le 1er mai, défilèrent dans différents villes à travers toute l'Espagne les milices paramilitaires gauchistes en uniforme et en formation.

L'insécurité généralisée paralysa l'initiative privée qui, pourtant, avait permis, lors des deux années du gouvernement de la droite, à l'économie de surmonter la crise apparue lors du premier gouvernement de gauche de la République. Augmentèrent ainsi rapidement le chômage et la misère. Toutefois, pour la gauche, cette situation n'avait rien à voir avec la violence déchaînée par ses membres, mais bien avec la méchanceté congénitale des propriétaires qui fuyaient avec leurs capitaux pour « saboter la République ». Ainsi, les révolutionnaires exploitaient le chômage pour exacerber chaque fois plus des masses désemparées et augmenter leurs exigences, dans un cercle vicieux que multipliaient les grèves et le chaos économique. En seulement cinq mois, on comptabilisa plus de 300 morts, des milliers d'incendies et d'attaques contre le domicile de membres de la droite, ainsi que d'immenses dégâts causés au patrimoine artistique.

Finalement, fut commis le crime qui allait sceller le destin de cette République. Après avoir été plusieurs fois menacé de mort par différents membres du Front populaire - lors de la séance parlementaire du 16 juin 1936, par Casares Quiroga, le Ministre de la Guerre du Front populaire, lors de la séance parlementaire du 1er juillet par le député socialiste Ángel Galarza ou encore le 13 juillet par la Pasionaria, député communiste pour les Asturies -, le monarchiste José Calvo Sotelo, un des principaux chefs de l'opposition au gouvernement du Front populaire, est assassiné par des membres de la Garde d'Assaut - la garde républicaine créée et dirigée par le gouvernement de gauche - et des militants socialistes. Après avoir pris d'assaut la résidence de Calvo Sotelo, les assassins l'emmèneront avec eux pour le tuer à l'intérieur d'une fourgonnette de police. Son corps sera ensuite amené et laissé au cimetière par les membres de la police républicaine elle-même.

Ce crime d'État et le silence complice du gouvernement républicain précipiteront l'Espagne dans la tragédie : quelques jours plus tard, le 17 juillet 1936, il y a aujourd'hui 70 ans, la garnison espagnole de Melilla, sous le commandement du général Franco, se soulèvera contre le gouvernement républicain mettant ainsi fin, cinq ans après sa naissance, à l'agonie de la Seconde République espagnole. Commença alors une guerre qui ne pouvait se conclure, hélas, que par une dictature, militaire ou « du prolétariat ».


15.7.06

Crisis, government and history

Tom Palmer propose en téléchargement une petite présentation proposant une analyse concernant l'augmentation de la taille des Etats, en parlant du gouvernement fédéral des USA. Deux choses simples, bien connues par ailleurs, sont à retenir :
  • ce sont les "crises" (guerre, dépression économique, etc...) qui sont le prétexte de la boulimie de dépenses publiques,
  • lorsqu'un "saut" dans la dépense publique est fait, on ne revient plus jamais en arrière.
Que du classique, mais ça va mieux en le disant.


Bolcho un jour, bolcho toujours

Il semble que David Horowitz, le célèbre commentateur néoconservateur, ait conservé de son passé communiste le goût pour l’invective infamante. En témoigne ce billet d’humeur où il nous refait le coup du " avec nous ou contre nous " cher à tous les révolutionnaires totalitaires. Plus particulièrement, il s’en prend ici au Saint-Siège, qu’il accuse de se livrer à l’antisémitisme le plus odieux. Or le Vatican n’a fait que déplorer les victimes civiles causées par l’attaque militaire israélienne que le Saint-Siège juge disproportionnée. Pour le polémiste néocon, c’est déjà trop : exprimant une telle opinion, l’Eglise se met forcément au service de nouveaux Hitler, pas de doute là-dessus ! De surcroît, il laisse entendre que ce ne serait pas la première fois ; comme si le Vatican s’était réellement rendu complice des bourreaux nazis.

Pour rappel : le torchon de l’idéologue national-socialiste Alfred Rosenberg, Le Mythe du XXe siècle fut mis à l’index en 1934 ; l’encyclique Mit Brennender Sorge (à l’élaboration de laquelle participa le cardinal Pacelli, futur Pie XII) condamna dès 1937 le racisme d’Etat, comme le fit deux ans plus tard Summi Pontificatus ; pendant la guerre, Pie XII intervint discrètement pour sauver des dizaines de milliers de juifs traqués par les nazis (lesquels avaient d’ailleurs préparé un plan pour enlever le Saint-Père, devenu trop gênant à leurs yeux). Enfin, à travers l’Histoire, n’oublions jamais que les politiques les plus criminelles contre le peuple juif furent le fait des princes civils, non de l’Eglise.


Préférant fustiger le "peu recommandable" bilan du Vatican, D. Horowitz feint d’oublier que, peu après la fin de la 2e guerre mondiale et la découverte du génocide perpétré par les totalitaires nationaux-socialistes, le grand Rabbin d’Israël et le secrétaire général du Congrès juif mondial manifestèrent une reconnaissance infinie à celui qu’ils considéraient comme un Juste. Plus encore, le grand Rabbin de Rome se convertit au catholicisme en choisissant comme nom de baptême "Eugenio" (prénom civil de Pie XII-Pacelli) pour témoigner de sa profonde gratitude. Seulement voilà : à la différence de ce folliculaire bolchevique, ces personnalités étaient motivées par la manifestation de la Vérité. Le polémiste de FrontPage, semblable à Staline et son célèbre "Le Pape, combien de divisions ?", ne comprend pas ce qu’est la force morale, tant il est habitué à se prosterner devant la puissance étatique implacable et la loi du plus fort. Bolcho un jour, bolcho toujours.


Le péché originel de l'égalitarisme

Quand le millionnaire par voie fiscale François Hollande déclare tout de go qu’il n’aime pas les riches ou que le très "bourge-maître" molenbeekois Flupke Moureaux désigne à la vindicte populaire les "rupins", ils expriment tous deux le vice moral intrinsèque à l’idéologie socialiste : la confusion malintentionnée entre inégalité et injustice, motivée par l’envie.


La faute première de l’égalitarisme - moteur du socialisme - est de dénoncer de l’injustice dans le simple fait objectif de la diversité humaine. Aujourd’hui, on cherche par exemple à faire pleurer dans les chaumières progressistes sur les inégalités entre hommes et femmes, comme hier (et encore maintenant, voir paragraphe précédent) les mêmes déclaraient la guerre aux capitalistes au nom des "travailleurs" (comme si un entrepreneur était une feignasse, entre parenthèses). Demain, on opposera les chauves aux chevelus, les maigres aux gros, les unijambistes aux ingambes, les petits QI aux gros QI, etc.


Les égalitaristes voient dans les différences entre individus autant de raisons de se rebeller contre le monde objectif, auquel ils veulent substituer leurs lubies haineuses. C’est une conception primitive de la vie en société qu’ils défendent, car supposer que cette diversité serait inique revient à présumer que de diaboliques biologistes, terrés dans un QG secret (sans doute financé par la World Company), auraient comploté à cette fin ! En effet, rappelons qu’une injustice ne peut être que le fait de l’action d’êtres humains (ex : X déleste Y de son portefeuille), pas un fait de nature (ex : manger trop gras fait grossir). Nous le voyons, le socialisme est une philosophie politique de charlatans - qui serait risible si elle était restée cantonnée dans l’éther des idées.


Une autre hypothèse, d’ordre plus métaphysique, est que la croyance égalitariste incrimine la nature comme foncièrement néfaste, de sorte que le monde dans lequel nous vivons est décrit comme forcément invivable. Nous ne sommes alors pas très éloignés de la vieille hérésie cathare qui voyait dans la vie terrestre et matérielle une création du Démon. Le socialisme n’est donc qu’une version actualisée de thèses gnostiques complètement obsolètes. De plus, en prêtant au monde une origine maligne, les égalitaristes considèrent que seuls des démiurges pourraient établir l’ordre (chaotique) qu’ils appellent de leur voeu. Et qui seraient ces braves porteurs de lumières désintéressés ? Eux, pardi ! Comme par hasard, les socialistes seraient des demi-dieux ayant échappé au Mal qui ronge le monde naturel. Le Bien s’incarnerait donc dans le vol infligé aux "possédants", l’asservissement à Big Brother, l’extermination des "ennemis de classe", etc. En somme, pour établir l’impossible égalité absolue et intégrale entre les hommes, le socialisme se veut nécessairement tyrannie.
C’est en se fondant sur tous les sophismes métaphysiques et pseudo-scientistes examinés ici que le culte de l’Etat tout puissant et omniscient s’est développé et qu’il continue d’ailleurs de séduire tant d’adeptes - au détriment, lui, de victimes authentiques. Le socialisme est une idéologie de Possédés.



Désolidarisé

Ce blog est le fait de plusieurs auteurs aux opinions parfois divergentes, et aujourd'hui je me vois obligé de réagir sous la forme d'un article tant il est pour moi nécessaire de me désolidariser de la vision partielle et partiale qu'illustre la présence du drapeau libanais sur ce blog.

Le drapeau d'un Etat sur un blog libertarien, ce serait risible si ce n'était pas l'illustration des lourds a-priori qui sont plutôt la règle que l'exception concernant le conflit au proche-Orient. Je dois dire qu'entre ça et ceux qui auraient affiché le drapeau d'Israël sans hésiter, il y a de quoi désespérer de la nature humaine.

Nous avons des individus agressés, pas un pays, et surtout pas un Etat. Les Etats, ou proto-Etats (merci Chitah) sont ici les agresseurs, et chacun s'illustre par sa capacité, semble-t-il infinie, de sacrifier les esclaves de l'ennemi mais aussi ses propres sujets au prestige que confère une victoire aussi temporaire que stratégiquement inutile. Les leçons de 14-18 sont encore à digérer.


14.7.06

Sur le terrain...

.... à Nahariya, en Israël. Un reportage d'un envoyé du media Al Jazeera :
Just a few kilometres south of the Lebanese border, Nahariya was hit by 15 Katyusha rockets on Thursday, leaving one woman dead and dozens more injured.
Some of Nahariya's 57,000 residents have left their homes, heading south. The remainder have been advised to stay in underground shelters.
[..]
The injured 60-year-old friend, Danny, had just come out of the toilet, next to his shop, when the rocket struck.[..] He had his foot amputated at Nahariya's Western Galilee hospital, where patients have been moved to an underground ward, hastily equipped on Wednesday night.
The hospital received 121 injured people, mostly from Nahariya and nearby village Majdal Qrum.
The attack killed one woman, who was sitting on her fifth-floor balcony drinking coffee when the rocket struck her.
[..]
"I'm sad; it hurts," says Ilana Blitz Blau, a 58-year-old mother of three who has a scissors and knife shop opposite the coffee grinders where a rocket landed.
"My children were raised on Katyushas," she says. "I would prefer for our government to sit down and negotiate a solution. I hope in the end there will be someone to negotiate with."
Frapper des cafés, des bourgades comme Nahariya ne me semble pas correspondre à l'idée que je me fais des opérations militaires régulières, si tant est que cela puisse exister; je n'ai pas d'attente particulière envers l'Etat d'Israël, ni envers Hezbollah, ni envers quelque Etat que ce soit : les manifestatisons de ces entitès sont de toutes façon nuisible puisque non solicitées.

Fidèles à la tradition de leur principal soutien l'Etat iranien, Hezbollah ne parvient pas à poser ses fesses autour d'une table de négociation, comme le souligne ce micro-trottoir de Ilana Blitz Blau. D'ailleurs, il semble de plus en plus avéré que le soutien de l'Etat iranien correspond désormais à une fourniture de matériel spécifiquement conçu pour des frappes à distance à moyenne portée.
Depuis la sortie de l'Etat syrien du Liban, Hezbollah a été repris en main par l'Etat iranien, et spécifiquement par le guide suprême Ali Khamenei, et ce parti reste une carte très important pour l'Etat iranien, tant qu'il n'aura pas lui-même résolu ses petits soucis actuels concernant ses vélléités à développer des technologies nucléaires. Un jouet dans la main des mollahs pour poursuivre leur propre agenda, sur le dos des populations d'individus.

Les populations d'individus sont prisonnières des bastons entre:
  • l'Etat d'Israël qui cherche in fine à pousser l'Etat libanais à déployer sa propre armée au Liban sud et à reprendre le contrôle de son territoire, et qui est beaucoup trop sous l'influence de Tsahal, depuis sa création,
  • Hezbollah, proto Etat qui développe un agenda que bien peu de personnes comprennent,
  • l'Etat iranien qui a son propre agenda régional, lié a sa volonté de puissance absolument déclarée par tous les leaders de cet Etat depuis la révolution islamique de 1979,
  • Hamas, qui ne parvient toujours pas à transformer sa victoire électorale en un bienfait pour les palestiniens, mais le pourra-t-il un jour? Ce parti a pour le moment été extrêmement décevant en terme de réalisations concrètes.
Tous ces crimes et ces massacres, ces enlèvements, ces frappes, ces attaques, ces attentats, ces blocus, cesseront, non pas lorsque l'Etat d'Israël disparaîtra, ou quand l'Etat iranien disparaîtra, ou quand Hezbollah disparaîtra, mais lorsque TOUTES ces entités disparaîtront. Il n'y a pas lieu de condamner les attaques des uns plutôt que les attentats des autres : toutes ces saloperies doivent être condamnées, avec la plus grande vigueur. Le delta concernant les possibilités matérielles des uns ou des autres ne doit pas être une excuse, il est bien évident que, pour le moment et pour le moment seulement, l'Etat d'Israël dispose dans la région de la plus lourde et la plus cruelle force de frappe. Ce n'est pas, à mes yeux, un élément à prendre en compte puisque nul ne sait ce que ferait Hezbollah si ce groupe disposait des mêmes capacités militaires que Tsahal. Tous ces acteurs utilisent leurs capacités respectives au maximum, modulo leurs objectifs politico-diplomatiques.

Le problème fondamental vient de là : on ne peut pas résoudre un problème avec ceux qui l'ont créé, on ne pourra pas résoudre le problème au Proche-Orient sans remettre sur la table la question cruciale qui taraude tous les libéraux. Aucun Etat, aucun proto-Etat, ne peut décider à la place des individus, ce sont les individus iraniens, palestiens, israëliens, libanais, syriens, qui doivent décider chacuns pour eux-mêmes.

Je n'ai de sympathie particulière ni pour Hamas, ni pour Hezbollah, ni pour les Etats israëlien, syrien, iranien, américain, russe, français, ou je ne sais quel Etat encore. Je n'ai de sympathie que pour les individus, tués sous les bombes israëliennes, tués par les groupes terroristes tels que Hezbollah, assassinés, enlevés, estropiés, poussés à l'exil, ou tout simplement terrorisés. Je n'aurais qu'un message pour eux : faites le dos rond en attendant des jours meilleurs, protégez vos familles, qu'elles soient israëlienne, syrienne, iranienne, libanaise. Eveillez-vous aux valeurs libérales, travaillez à la limitation des pouvoirs des Etats ou des proto-Etats qui vous écrasent.
Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Dieu et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injuste.


Solidarité avec le peuple libanais injustement agressé


13.7.06

Sic transit à la rue Comte de Flandre

Mehmet Koksal, une valeur sûre de la blogosphère bruxelloise, relate l'entretien d'embauche d'une jeune femme avec le parlementaire PS Emin Özkara, dont la vilaine bobine orne les vitrines de tous les snack-bars de Schaerbeek. Edifiant. Ne pas rater l'énumération des réalisations de ce titan de la pensée !

Remarquons par ailleurs que, contrairement à ce qu'avait promis le Stal du canal, Özkara n'a pas été viré du PS mais figure sur la même liste que fifille, celle sur laquelle on retrouvera également Jean-Pierre Van Gorp, l'homme qui retourne sa chemise plus vite que son ombre et que conduit la Lasno-Litchwèse Laurette Onkelinx. Décidément, les oukases molenbeekois ne sont plus ce qu'ils étaient. Flupke Moustache n'avait-il pas promis qu'il quitterait le PS si Jean-Pierre De Clercq y restait ? Aux dernières nouvelles, ça ne s'est pas tout à fait passé comme ça. Vieillir, c'est mourir un peu.


J'aime les pauvres !


A trip down Memory Lane

Ces derniers temps, j'ai été relire mes premiers posts sur mon ancien blog, the melodius thunk. Je suis assez satisfait de voir que ça n'a pas trop mal vieilli. J'ai retrouvé notamment un petit truc d'avril 2003 qui m'avait valu à l'époque un concert de vociférations dénonciatrices et imprécatoires des acharnés de la guerre tous azimuts. Le lecteur jugera, trois ans plus tard, qui avait raison.

Certains de mes adversaires de l'époque ont nuancé leur point de vue, d'autres par contre ont hardiment choisi la fuite en avant et la surenchère dans l'injure et la propagande de bas étage. Tant pis pour eux. La rationnalité et la bonne foi sont des maîtresses exigeantes qui demandent notamment qu'on se débarrasse de ses préjugés identitaires, et il n'est sans doute pas donné à tout le monde de pouvoir se mettre à leur service.

En attendant, ce qui était prévisible est arrivé: l'occupation de l'Irak est un fiasco et celle en Afghanistan à peine moins, l'état n'étant pas plus efficace hors ses frontières qu'en dedans. Israël ne parvient pas à abandonner sa sale habitude d'appliquer la loi du talion au centuple et à très mauvais escient, comme en témoignent ses récentes agressions contre les civils de Gaza et maintenant de Beyrouth. Le dingo de Pyong-Yang pourra bientôt menacer le territoire américains de missiles nucléaires, l'Inde et ce parangon de stabilité et de modération qu'est le Pakistan (allié américain) ont eux aussi "la" bombe et, quoi qu'on fasse, seront bientôt suivis par l'Iran. Tout cela, évidemment, est arrivé malgré les louables et très intelligents efforts du camarade W, aucun "libéral" digne de ce nom oserait en douter...

Mais à part ça, Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien !


12.7.06

Excuses à nos lecteurs

Suite à une erreur de manipulation du soussigné, les commentaires n'apparaissaient plus. En ayant été averti par un lecteur, j'ai modifié le template et publié tous les commentaires "bloqués". Je prie tous nos aimables lecteurs d'excuser cet incident.


11.7.06

Le musée des horreurs de la gauche, épisode 1

La logique totalitaire de 1789

Depuis près de deux siècles, les socialistes sont passés maîtres dans l’art de réécrire l’Histoire à leur avantage. Après tout, cette stratégie reflète le cœur même de leur idéologie néfaste, fondée sur la subordination de la morale et du droit à l’accomplissement du "progrès". L’un des épisodes ayant façonné le canon idéologique de la gauche - pas seulement marxiste, du reste - est la Révolution française.


Il est devenu habituel de distinguer deux grandes phases chronologiques dans la Révolution : la première, "libérale" et démocratique ; la seconde totalitaire et terroriste. C’est d’ailleurs la "seconde" phase qui a toujours enthousiasmé les bolcheviques purs et durs, hier comme aujourd’hui. Pourtant, cette césure me paraît on ne peut plus artificielle, au vu d’ailleurs des travaux d’historiens aussi divers que Jacob L. Talmon, François Furet ou Jean Tulard (Melodius ajoutera Simon Schama, que je n’ai pas encore lu). En effet, s’il y a eu en 1789 des révolutionnaires de tendance libérale, ce ne sont malheureusement pas eux qui ont donné le ton. Pour s’en apercevoir, il suffit de remarquer la coïncidence chronologique de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (rédigée durant l’été 1789 et mêlant les principes de la Déclaration américaine de 1776 à des thèmes plus rousseauistes) et des premiers massacres pour relever que la Révolution développait, dès le début, une politique de la Terreur.


L’épisode de la prise de la Bastille est, à cet égard, emblématique : en réalité, il ne s’agit nullement du soulèvement d’un peuple opprimé contre l’arbitraire, mais bien d’une sauvage jacquerie fomentée par une bande de soudards sans une once de sens moral. Le gouverneur de la célèbre prison, le marquis de Launay, ouvrira ainsi la porte aux émeutiers... qui le remercieront en retour en l’assassinant illico, avant de promener sa tête au bout d’une pique ! Et ceci, non pour délivrer des prisonniers politiques, mais quelques bandits de grand chemin. D’autres lâches exécutions suivront et s’en prendront à ceux que les idéologues au service du nouveau pouvoir dénonceront comme les "privilégiés". En réponse aux protestations publiques, le député Barnave prononcera cette phrase lourde de conséquences : "On veut nous attendrir, messieurs, en faveur du sang qui a été versé hier à Paris. Ce sang était-il donc si pur ?" Tout le fanatisme totalitaire des jacobins et de leurs descendants communistes ou nazis est déjà contenu dans cette phrase qui soulève le cœur. L’ironie de l’histoire étant que le même Barnave fut très vite éliminé par ses amis Montagnards lors de la dictature robespierriste.


Ce 14 juillet, les Français s’apprêtent donc, une fois encore, à commémorer le triomphe du crime sur la paix et le bon droit.


D’autres signes ne trompent pas sur l’éthique révolutionnaire. Ainsi, cette légende de la nuit du 4 août qui aurait vu l’abolition des "privilèges" (décrétée officiellement une semaine après, pour être précis). En vérité, les divers orateurs avaient préparé un festin orgiaque, où ils burent plus que de raison, puis ne firent que dégoiser quelques poncifs sur les droits seigneuriaux - dont beaucoup avaient déjà disparu - pour mieux attaquer ceux qu’ils considéraient comme des "nantis" : les propriétaires fonciers. D’ailleurs, s’il est devenu habituel de saluer comme des mesures libérales bienvenues la loi Le Chapelier et le décret Allarde en 1791, le dirigisme économique des révolutionnaires n’est pas douteux, comme en témoigne l’étatisation des biens ecclésiastiques (2 novembre 1789), qu’entérinera la politique des assignats (17 décembre de la même année). Ainsi que le rappelle Florin Aftalion (dans son Economie de la Révolution française), lors des débats relatifs aux questions financières, Mirabeau - souvent présenté comme un esprit modéré - appela de ses voeux une spoliation des gens fortunés :

"Deux siècles de déprédations et de brigandages ont creusé le gouffre où le royaume est près de s’engloutir (...) Il faut le combler, ce gouffre incroyable. Eh bien ! voici la liste des propriétaires français. Choisissez parmi les plus riches, afin de sacrifier le moins de citoyens. Mais choisissez ! car ne faut-il pas qu’un petit nombre périsse pour sauver la masse du peuple ? Allons, ces deux mille notables possèdent de quoi combler les déficits."

Tous les Lénine, Staline, Hitler, Mao et Pol Pot qui suivront feront leurs de telles paroles.


Un élément qui ajoute au caractère tyrannique de cet événement alors sans précédent est la déchristianisation forcée de la France, à l'époque un pays catholique à plus de 90%. L’Etat tentaculaire substitue son organisation aux traditions locales et religieuses, ainsi que l’atteste le remplacement administratif des paroisses par les communes. De nombreux ordres religieux sont interdits. Les prêtres doivent prêter allégeance au nouveau régime et devenir, à peu de choses près, des fonctionnaires contraints et forcés de servir la religion d’Etat. Humiliation suprême, les curés sont obligés de lire en chaire les décrets de l’Assemblée ! La loi des suspects - autre initiative des "amis du genre humain" antérieure à 1793 - sanctionnera les prêtres réfractaires en les privant de toute rémunération, les condamnant à se soumettre ou bien à mourir de faim. Ces décisions ne sont rien d’autre qu’une application des préceptes anticléricaux des auteurs des Lumières, et en particulier du fanatisme anticatholique du "doux" Jean-Jacques, pour qui un homme d’Eglise était un traître à la patrie en puissance - donc déjà coupable...


De même, faut-il rappeler que la politique extrêmement agressive des révolutionnaires français, cherchant à "libérer les peuples opprimés" - rhétorique réutilisée peu après par Bonaparte ou, aujourd’hui, par les néoconservateurs - fut soutenue premièrement par les Girondins, que l’on continue pourtant de dépeindre en "libéraux" ou "démocrates modérés" ? Poussés par leur sentiment d’obsidionalité, les brissotistes voulaient non seulement imposer la liberté par décret (celui du 19 novembre 1792, promettant fraternité et assistance aux peuples "voulant" se délivrer de la "tyrannie"), mais de surcroît ils étaient favorables à une guerre totale avec le reste de l’Europe, puisque le même décret fut radicalisé : tout peuple "libéré" qui n’adoptait pas les principes de la souveraineté populaire ainsi que les institutions révolutionnaires était considéré comme ennemi de la France. Un discours du type "avec nous ou contre nous" qui a fait fortune depuis, de Trotski jusqu'à Bush...


Au demeurant, cette obsession de la conspiration "antipatriotique" était déjà bien présente dès les premiers mois révolutionnaires, Joseph Guillotin n’a-t-il pas soumis sa célèbre invention dès l’automne 1789 ? L’idéologie sous-jacente à la guillotine témoigne, du reste, d’un égalitarisme fort peu libéral, puisqu’elle devait servir à raccourcir tout délinquant, quelle que soit la gravité de sa faute (si faute il y avait, du reste, puisqu’elle passa à la postérité pour son utilisation contre les "ennemis de la patrie".) On reconnaît au passage l’influence profonde de la démocratie à la sauce athénienne, où pas une tête ne devait dépasser.


Pour finir, à l’instar du putsch de 1917, la voie révolutionnaire de 1789 n’avait rien d’inévitable : c’est un coup de force de fanatiques cherchant à détruire la nature humaine pour censément la reconstruite selon leurs "lumières", un complot contre la liberté de chaque être humain. La "guerre contre les tyrans" préconisée par les Conventionnels et leurs successeurs n’est , au demeurant, qu’une formule pré-orwellienne, servant à imposer à tous le règne du despotisme le plus inhumain et impitoyable.